Un projet de ferme aquacole en attente d'études complémentaires sur l'eau dans le Médoc

Le projet Pure Salmon qui doit être implanté au Verdon-sur-mer dans le Médoc en Gironde fait polémique. Des associations s'inquiètent toujours des conséquences sur l'environnement. Des études complémentaires sur l'eau doivent être effectuées par l'entreprise qui va devoir fournir des garanties notamment sur la provenance de l'eau.

Si elle voit le jour, la ferme usine aquacole du Verdon-sur-Mer, à la pointe du Médoc, serait le plus grand élevage de saumons d'Europe.

Elle serait implantée sur des terrains désaffectés du port de Bordeaux. Vingt-quatre bassins pour une production de deux millions de saumons par an. Un projet de plus de 275 millions d'euros porté par l'entreprise Pure Salmon adossée à un fonds d'investissement des Émirats arabes unis.

Projet "suspendu"

Le projet est "suspendu" apprend-on chez nos confrères de La Tribune. La raison ? Le dossier de l'éleveur industriel de saumons "ne serait pas complet", des études complémentaires sur l'eau nécessaire pour les bassins doivent encore être réalisées. "Pure Salmon a donc retiré son dossier et travaille à la constitution d'un nouveau dossier plus complet", explique la préfecture de Gironde. Même ambiance du côté du Grand Port Maritime de Bordeaux : "il faut poursuivre les études pour répondre aux enjeux environnementaux en eau". Mais le port se dit optimiste. Il faut dire que le site trouverait ainsi une nouvelle activité.

D'où vient l'eau ? Quels rejets ?

L'utilisation de cette ressource en eau pose de nombreuses questions parmi les associations environnementales et les habitants. 

La militante Esther Dufaure, porte-parole de l'association Eaux Secours Agissons! n'est pas surprise de cette suspension. "Le risque de salinisation des nappes phréatiques d'eau potable sur la pointe nord du Médoc a été identifié depuis près de 20 ans par les autorités compétentes (commission locale de l'eau en juillet 2022, ndlr)".

Elle explique que le risque est géré de telle façon que le Nord du Médoc est alimenté en eau potable provenant du centre de la presqu'île pour ne pas fragiliser la ressource. Car "la couche qui protège les nappes phréatiques d'eau potable est très fragile, très fine. Il y a un risque qu'elle se fracture et que de l'eau saumâtre s'infiltre dans les nappes phréatiques d'eau potable."

Et ça viendrait polluer la ressource d'eau potable pour tout le bassin aquitain ! Ce qui est quand même un gros risque.

Esther Dufaure, porte-parole de l'association Eaux Secours Agissons!

France 3 Aquitaine

Esther Durfaure évoque aussi le problème des rejets qui vont se faire dans une zone protégée pour sa faune, sa flore à préserver. Une zone Natura 2000 qui a bénéficié de soutiens financiers français, européens et de mesures de protection.

On viendrait rejeter de l'eau potentiellement chargée en antibiotiques, en nitrates, en pesticides, en sel ? Pourquoi est-ce qu'on autoriserait ce type de rejets ?

Esther Dufaure, porte-parole de l'association Eaux Secours Agissons!

France 3 Aquitaine

Et la militante d'ajouter que "tout le monde est en attente de solutions alternatives (de la part de Pure Salmon, ndlr) pour se fournir en eau". Elle comprend bien qu'avec, derrière, un fonds d'investissement, il y a une forte "pression financière" pour les porteurs de projet. En revanche, elle compte sur les institutions publiques pour mettre des limites, dire "là où c'est possible, là où ce n'est pas possible".

Une eau saumâtre

Pour Pure Salmon, c'est une eau saumâtre, chargée de sel et donc inutilisable pour la population, qui servirait à remplir les bassins. L'entreprise a mené durant l'été une campagne de forages d'études pour compléter son dossier. Frédéric Carlier, Directeur de projet Pure Salmon, explique que "c'est une zone relativement peu cartographiée", que les échanges se font avec l'administration au fur et à mesure des avancées de l'hydrogéologue. Le but étant, pour ces études, "de justifier du non-impact sur les nappes profondes". 

Notre but est de ne pas impacter la partie eau douce qui alimente Bordeaux.

Frédéric Carlier, Directeur de projet chez Pure Salmon

France 3 Aquitaine

L'idée, selon le projet, c'est d'aller chercher l'eau saumâtre qui se trouve en dessous de l'estuaire de la Gironde, "qui n'est utilisé par personne, pour alimenter nos différents bassins d'élevage". Cette eau servirait de base "pour produire une eau douce pour notre partie nurserie, mais également pour alimenter notre usine de transformation. On ne souhaite pas utiliser la ressource en eau potable du nord Médoc mais produire notre propre eau douce".

Une ferme aquacole qui fait polémique

Ce n'est pas la première vague de ce projet qui fait polémique en Gironde. L'objectif de Pure Salmon est de monter cette "ferme-usine" aquacole en Médoc de façon à produire dix mille tonnes de saumons chaque année.

Pour les opposants, le projet est surdimensionné et mal placé. Les bassins d'élevage sont "équivalents à 80 piscines olympiques".

Pure Salmon promet la création de 250 emplois avec l'ouverture en 2026 de son site industriel au Verdon-sur-Mer. Un chiffre qui intrigue les opposants : le projet similaire du même investisseur à Boulogne-sur-mer (62), qui n'a finalement pas vu le jour, prévoyait d'embaucher 160 personnes.

Le vendredi 27 janvier, des élus écologistes, européens et aquitains, accompagnés du collectif "Eaux Secours Agissons !" s'étaient rendus sur le site d'implantation potentielle du projet. 

Ensemble, ils avaient affirmé leur opposition au projet, dénonçant son impact environnemental et le manque de garanties apportées par le porteur de projet à proximité d'une zone naturelle protégée.

Les nouvelles études réclamées par la préfecture devraient pouvoir répondre à ces interrogations tant sur la provenance que sur les rejets. En attendant, le projet est donc suspendu... provisoirement.

Tous les jours, recevez l’actualité de votre région par newsletter.
Tous les jours, recevez l’actualité de votre région par newsletter.
choisir une région
France Télévisions utilise votre adresse e-mail pour vous envoyer la newsletter de votre région. Vous pouvez vous désabonner à tout moment via le lien en bas de ces newsletters. Notre politique de confidentialité