Santé : les infirmiers-anesthésistes se sentent oubliés

Un infirmier-anesthésiste du centre hospitalier de Libourne a écrit une lettre ouverte au ministre de la Santé Olivier Véran pour faire part de son incompréhension et du manque de reconnaissance de sa profession alors qu'un projet de loi est en préparation . 

Hôpital de Libourne, service de réanimation.
Hôpital de Libourne, service de réanimation. © FTV

« Nous avons une spécialité et nous ne sommes pas reconnus pour ce travail » C’est ce que ressent William Dauga, qui exerce à Libourne. Il est le porte-voix d’autres infirmiers-anesthésistes qui ont découvert la dernière version du texte adopté par l’Assemblée nationale le 18 mars 2021.

Cette proposition de loi, aussi appelée « loi Rist », a pour but d’« améliorer le système de santé par la confiance et la simplification » comme l’indique le texte. Or, William Dauga constate que l’article 1er bis AA a été supprimé. Ce dernier aurait permis aux infirmiers-anesthésistes d’être reconnus comme « auxiliaires médicaux de pratique avancée ». Autrement dit, cela leur aurait garanti la reconnaissance de leurs compétences qui vont au-delà de l’anesthésie. « Dans les SMUR , les réas, les soins critiques, les blocs, les salles de réveil, les salles de travail, mes compétences sont indispensables » détaille William Dauga dans sa lettre ouverte.

« Croyez-vous vraiment que mon métier se limite à l’anesthésie ? »

La suppression de l’article passe mal car « cela fait des années que nous travaillons en autonomie supervisée médicalement et donc des années que notre pratique quotidienne correspond à une pratique avancée » estime l’infirmier-anesthésiste.

« Des médecins anesthésistes à moindre coût »

Anne Geoffrey-Wernet, médecin anesthésiste-réanimateur, présidente du Syndicat national des praticiens hospitaliers anesthésistes-réanimateurs élargi (Snphare), est favorable à une revalorisation du salaire de la profession. Elle reconnait leurs « nombreuses responsabilités ». 

Mais le syndicat a par ailleurs demandé le retrait de l’article 1er bis AA. Il considère que les infirmiers-anesthésistes ne rentrent pas dans la catégorie de pratique avancée de la médecine. « Cela va tendre à remplacer les médecins anesthésistes [par des infirmiers-anesthésistes] à moindre coût » explique la présidente. Le docteur Anne Geoffrey-Wernet souligne aussi les responsabilités supplémentaires que ce statut induirait : « Tous les infirmiers-anesthésistes n’ont pas envie d’être responsables à 100% des patients. » 

Pour ce syndicat, la solution serait de créer des passerelles pour que les infirmiers qui le souhaitent puissent intégrer des études de médecine et ainsi devenir médecin anesthésiste-réanimateur. 

Un travail en binôme

« En tant qu’infirmer-anesthésiste, je suis juridiquement responsable de toutes les décisions que je prends envers les patients. Le médecin l’est de l’ensemble de la prise en charge » note William Dauga. 

Les deux syndicats s’accordent sur l’importance du travail en binôme que forment médecin et infirmier anesthésiste. « Nous n’avons jamais voulu nous émanciper des médecins, poursuit William Dauga, c’est une collaboration étroite avec eux qui permet d’avoir cette qualité d’anesthésie. Nous n’avons pas les compétences médicales mais nous avons les compétences paramédicales. » 

Sur les réseaux sociaux, les professionnels infirmiers anesthésistes font part de leur déception ou leur colère. 

Ils rappellent combien ils sont au coeur de la crise sanitaire sans pour autant obtenir la reconnaissance qu'ils estiment méritée d'autant plus depuis cette bataille contre le virus. 

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