Témoignage. Après son agression, Philippe Bécheau veut "porter son combat contre les incivilités au niveau national"

Le 4 août dernier, Philippe Bécheau, le maire de Saint-Philippe-d’Aiguille en Gironde, était agressé par un homme de 26 ans. Aujourd’hui, le maire veut devenir le “porte-parole” d’un combat qu’il livre, contre les incivilités. 

Après son agression, le maire a décidé de lutter contre les incivilités en portant le dossier aux parlementaires, à la rentrée.
Après son agression, le maire a décidé de lutter contre les incivilités en portant le dossier aux parlementaires, à la rentrée. © PHOTOPQR/SUD OUEST/MAXPPP
Saint-Philippe d’Aiguille, un village en Gironde “sans histoire”, selon le maire, qui a pourtant été le théâtre d’une agression, comme on les voit se multiplier ces dernières années. Depuis le début de l’année, 233 agressions envers des maires ont été enregistrées. Un chiffre déjà important : en 2019, 383 maires avaient subi ces actes de violence. 

Des incivilités intolérables pour le maire de la commune de 418 habitants. Après son procès, il a décidé de “faire bouger les choses”, en organisant une mobilisation à la fois locale et nationale. 

C’est assez récent, les lignes sont encore floues. Mais je veux que ce combat soit entendu au niveau national, car ces incivilités ne sont plus acceptables.

Philippe Bécheau, maire depuis 2014 de Saint-Philippe-d'Aiguille

 


"Il faut une justice forte"

Si le maire se dit satisfait de la décision de justice concernant son agression, il regrette que ce ne soit pas une généralité. “Ma réaction au départ était surtout liée aux impunités et aux décisions de justice. Beaucoup d’agressions ne sont sanctionnées que par un rappel à la loi ou quelques jours de travaux d’intérêt généraux. Il faut que la justice soit forte et qu’elle envoie un message explicite pour ne pas que ces faits se reproduisent”, regrette Philippe Bécheau.

Après son agression, le président LR de la commission des lois du Sénat, Philippe Bas, a envoyé une lettre au Premier ministre afin que “toute forme de violence à l’égard des maires soit sanctionnée de manière rapide et proportionnée”.  Un geste salué par Philippe Bécheau, qui souhaite porter son combat dans les hautes sphères politiques. “J’ai plusieurs rendez-vous à Paris à la rentrée avec des parlementaires qui ont très bien compris mon engagement. Je sais que je serai entendu. Je travaille déjà avec Nathalie Delattre, la sénatrice de la Gironde et je sais que d’autres m’aideront à porter ce combat”, espère le maire de Saint-Philippe-d'Aiguille.

A la suite d'un questionnaire envoyé à 3 812 maires de France, 92 % d’entre eux ont déclaré avoir été victimes d’incivilités, d’injures ou de menaces. Parmi eux, 14 % assurent avoir été victimes, à l’instar de Philippe Bécheau, de violences physiques. 

Mais à la question du dépôt de plainte, seuls 37 des maires affirment avoir fait la démarche. Un chiffre trop faible pour l’Association des maires de France qui demande désormais la prise en charge automatique des frais de justice par l’Etat.


"Il y a une forme d'abandon de l'éducation civique"

Un combat judiciaire mais surtout éducatif pour Philippe Bécheau qui veut traiter le problème à la racine. “C'est un chantier énorme, car il y a une forme d’abandon de l’éducation civique depuis des années qui donne lieu à ces faits inacceptables en démocratie”, assure le maire de Saint-Philippe-d'Aiguille.

Lors de son procès, l’avocat de la défense a plaidé le manque de culture de l’accusé. “Je suis désolé, mais l’école est prévue pour tous et nous avons l’obligation de leur apporter l’éducation, qu’on soit des gens du voyage ou non. Pour moi, ils se sont eux-mêmes exclus”, confie le maire, qui regrette la disparition du service militaire, une véritable “photographie de la jeunesse et des manques qu’elle pouvait avoir”
 

Mon agresseur avait déjà été condamné à 16 ans pour des faits de violence. S’il avait fait le service militaire ou du moins, si on lui avait rappelé les valeurs de la démocratie, peut-être n’aurait-il pas suivi le même parcours et n’aurait pas commis ce geste.

Philippe Bécheau, maire de Saint-Philippe-d'Aiguille

Une éducation qui passe par l’école, mais aussi l’environnement familial. “Il faut qu’on retrouve d’une part une éducation à la maison, mais aussi à l’école. Il faut rappeler l’importance de respecter les règles dans notre société. Mais il faut surtout expliquer pourquoi ces règles sont là”, précise Philippe Bécheau.
 

"Je fais tout ça et on me casse la gueule ?"

Attaché à ces valeurs de “vivre ensemble” et de “respect mutuel et de l’autorité”, Philippe Bécheau souhaite également que le rôle des maires soit de nouveau visible. “J’aimerais que les journalistes viennent voir ce que font les maires pour leurs habitants. Nous travaillons sur le long terme, avec cette idée de vouloir construire une commune”, explique Philippe Bécheau. 

Se définissant comme un “maire bâtisseur”, Philippe Bécheau a ainsi de nombreux projets pour sa commune. Des projets qu’il a questionné, suite à son agression. “A la fin de l’année, va se construire une résidence accessible aux petits revenus, dans un cadre magnifique. Après ce qu’il s’est passé, j’ai eu peur que parmi les gens qui viendront habiter ici, certains soient comme mon agresseur, et que ça recommence”, confie le maire. 

Une peur que le maire et viticulteur refuse de ressentir. 

Je donne tout mon temps à ma commune. Si les gens voyaient ce que mon équipe a fait pour notre commune... Je travaille du lundi matin au dimanche soir, sans relâche. Je fais tout ça et on me casse la gueule ?

Philippe Bécheau, maire de Saint-Philippe-d'Aiguille


Proche de ses administrés, il veut aussi rendre visibles les actions de ces maires multitâches. “Quand la gardienne de l’école est malade, c’est moi qui suis en charge des enfants. Je n’ai ni police municipale, ni services sociaux : c’est mon équipe qui s’en charge. Mais ce sont des actions que l’on ne voit pas toujours”, regrette Philippe Bécheau.

Pour l’heure, le maire est résolu à aller jusqu’au bout de son combat. “Je suis même prêt à abandonner mon métier pour que cette situation cesse”, glisse-t-il à demi-mot. Il espère que les lignes bougeront à la rentrée. Il a déjà prévu d’évoquer le sujet en septembre prochain, lors d’une réunion avec la préfète de la région. 

 
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