Comment parler aux enfants de la guerre en Ukraine : 5 questions à la psychiatre Marie-Michèle Bourrat

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Alors que la guerre en Ukraine fait rage, les enfants n'échappent pas non plus à ce contexte d'informations anxiogènes. Alors, comment aborder ce sujet avec eux ? Faut-il leur en parler ? Les réponses de la psychiatre Marie-Michèle Bourrat.

Conversations entre adultes, couverture médiatique ou encore réseaux sociaux, les enfants sont, eux aussi, exposés aux informations relatives à la guerre en Ukraine. La psychiatre Marie-Michèle Bourrat nous donne ses conseils pour les préserver sans leur mentir.


- Faut-il leur en parler ?

Je dirais qu’on ne peut pas leur cacher parce que c’est partout. Donc, si vous ne leur en parlez pas, ils vont l’apprendre à l’école, ils vont en entendre parler ailleurs. Si vous n’en avez pas parlé ça veut dire que c’est dangereux. Donc, il vaut mieux leur en parler, mais je dirais, qu’il ne faut pas mettre le sujet sur la table. C’est à l’occasion, parce que la radio est allumée, que vous allez répondre à leurs questions.

- Comment leur expliquer le conflit ?

Bien sûr, les choses sont extrêmement différentes quand on pense aux très jeunes enfants et si on pense aux adolescents. […] Je pense que si on prend la tranche des enfants d’âge scolaire, le plus intéressant avec eux, c’est d’aller chercher des cartes géographiques et de regarder comment est fait le monde et où est ce que ça se passe. Comme ça, ils verront aussi la distance avec nous. [Leur montrer que] Ça ne se passe pas exactement chez nous, même si on est prêt, on n’est pas au même endroit et que nous ne sommes pas en guerre nous.

- Faut-il les laisser regarder les informations ?

[Il ne faut] pas laisser la télévision allumée sur les chaînes d’information en continu qui diffusent en boucle les mêmes images. Pensez à la formule « le choc des photos » : quand on dit « choc », on veut dire traumatisme, c'est-à-dire quelque chose qui ne s’élabore pas. C’est très important, d’avoir quelque chose qui s’élabore, c'est-à-dire une parole qui vient. Je pense que la radio est moins ennuyeuse que la télévision. Ça n’empêche pas que vos enfants vont sûrement voir des images à la télévision et, à ce moment-là, il faut être avec eux.

- Comment leur en parler sans générer d’angoisses ?

Il faut leur expliquer et essayer de trouver par quel biais on va pouvoir montrer le côté positif des choses (comme les initiatives solidaires mises en place). C’est intéressant aussi, pour ceux qui sont un peu plus grands, de leur dire : « Regarde, les pays sont unis, ils n’ont jamais été unis comme ça ! » […] Ce qui est important, c’est de leur dire qu’on cherche des solutions. Qu’il y a des gens au-dessus de nous. Alors, pour l’enfant, on peut lui dire que les parents seront toujours là, que cela ne va pas le priver de ses parents. C’est la première réassurance à faire. C’est aussi leur montrer que ça, c’est valable aussi à l’échelon des nations et à l’échelon de l’Europe et que ça va beaucoup plus loin. De leur montrer tous ces fils qui se tissent.

Pour le plus petit, il ne faut pas sécuriser à tout prix. Le malheur existe et la mort existe. Alors ça pourrait être aussi l’occasion, de parler de la mort, parce que je crois qu’il ne faut pas cacher la mort aux enfants. Plus on cache des choses aux enfants, plus c’est dangereux donc il faut en parler avec des mots simples.

- Comment reconnaître les signes d’angoisse chez son enfant ?

Les signes d’angoisse ça sera la difficulté essentiellement d’endormissement. Chez les enfants, c’est le premier signe, sauf qu’il faut faire aussi attention parce que ça peut être une excuse bateau pour ne pas aller se coucher. […] C’est pour ça qu’il faut arbitrer les choses. Il peut y en avoir, en particulier quand il y a une angoisse, ça veut dire que l’enfant est déjà insécurisé sur autre chose et que ce phénomène extérieur vient lui créer cette insécurité. Nommer ce dont on a peur est bien plus préférable que de garder une angoisse qui vous tombe dessus et que vous ne savez pas pourquoi et vous ne savez pas la nommer. Et la guerre, c’est une angoisse normale pour tout être humain comme la mort, comme la disparition des parents…

C’est des sujets qu’il faut pouvoir aborder et conclure en disant oui, mais là, on est bien là, on va aller boire un chocolat chaud, on va faire quelque chose ensemble, tous les deux, tu n’as pas de raison de t’inquiéter, tu vas pouvoir dormir après, il n’y a pas de bombe ici… Je crois que c’est vraiment, une façon à la fois de prendre conscience de la réalité de la vie qui n’est pas drôle, et puis aussi de les sensibiliser, sur la violence.