Crues : un phénomène naturel en Limousin

Les crues survenues dans la nuit du 1er au 2 février 2021 en Corrèze font figure d'exception. Cependant au fil du temps, le Limousin a connu plusieurs inondations, parfois spectaculaires. Et c'est justement grâce à ces phénomènes qu'on peut surveiller les cours d'eau et prévenir les risques. 

C’est en se penchant sur notre passé que nous pouvons préparer notre avenir. Voici une phrase qui pourrait servir d’adage à ceux qui surveillent nos cours d’eau.

"Ce sont les inondations marquantes sur les 100 dernières années qui nous permettent de savoir jusqu’où l’eau peut monter. Ce sont ces observations qui ont permis d’établir les plans de risques inondations." Explique Vincent Moog, adjoint au chef du service interministériel défense et protection de la Haute-Vienne.

Et si l’on se penche sur notre histoire récente, de juillet à décembre 1992 le Limousin avait connu 6 mois de pluies abondantes, mais c’est l’année suivante que survinrent les dernière crues marquantes. Celles-ci datent de fin 1993, début 1994. A l’époque la Corrèze fut touchée, inondations, éboulements. La Haute-Vienne le fut tout autant.

Ces risques d’inondations ont commencé à être mesurés à cette époque, les premiers plans de prévention des inondations, classant certaines zones comme non-constructibles datent des années 90. Même si la prise de conscience et la machine réglementaire s’étaient mises en branle une quinzaine d’années auparavant.

"On évite de construire dans les zones d’aléas déterminés d’après les crues centennales." Précise Vincent Moog.

Aujourd’hui les préfectures disposent d'outils leur permettant d’identifier ces zones à risques, exemple de la Creuse sur la carte ci-dessous, ou les secteurs d’Aubusson, Felletin, Chambon-sur-Voueize sont les plus problématiques.

Un territoire à risques modérés

Si l’on exclut les problématiques de lâchers d’eau de retenues ou barrages, le Limousin est une zone ou le risque reste modéré.

"En Haute-Vienne il n’y a pas de zone de risques majeurs, parce que la configuration des terrains fait que les habitations sont épargnées par les débordements". Explique Stéphane Loriot, directeur de l’Etablissement Public Territorial du Bassin de la Vienne. "Les risques se concentrent sur la partie aval de la Vienne, à partir de la Charente Limousine, à la confluence avec l’Issoire, jusqu’à la Loire."

C’est d’ailleurs pour cela que l’amont des cours d’eau est moins surveillé que l’aval. De toute façon sur l’amont les prévisions sont bien plus compliquées. "Plus on est en aval d’un cours d’eau, plus on peut mesurer la création des ondes de crues et modéliser ces ondes. En amont les prévisions dépendent uniquement de l’eau qui tombe." Précise Vincent Moog.

Des outils de surveillance

L’outil de surveillance essentiel est le dispositif Vigicrues qui modélise les risques pour chaque cours d’eau ou presque. Vigicrues est un dispositif officiel qui permet d’alerter les collectivités et d’enclencher les dispositifs de prévention. "Hier  [01.02.20] à midi Vigicrues nous alertait sur un risque de débordement sur la commune d’Aixe-sur-Vienne, indiquant que la Vienne pouvait monter jusqu’à 2m50. Finalement au maximum elle n’a pas dépassé 1m70, les pluies ont cessé plus tôt que prévu en amont." Précise Vincent Moog.

Les spécialistes travaillent actuellement à l’élaboration d’un autre outil, à destination des communes. Il sera très précis, au-delà des plus hautes crues possibles il prendra en compte également les crues intermédiaires potentielles. Ce qui permettra d’établir des cartographies très fines. Les élus de chaque commune pourront ainsi établir des plans de prévention encore plus précis.

Un phénomène naturel

Sur notre territoire Limousin, comme ailleurs, les crues sont naturelles.

"Elles permettent un bon fonctionnement des cours d’eau, elles permettent de brasser les rivières." Explique Stéphane Loriot.

Pour chaque cours d’eau il existe d’ailleurs une zone d’expansion de crue. Un milieu naturel riche en biodiversité et nécessaire à la vie des rivières.

"Il s’agit de zones humides, qui accueillent des plantes adaptées à ces successions de mise en eau et mise au sec. Pour se reproduire, le brochet par exemple a besoin de ces périodes d’inondation des berges car il va frayer dans ces zones herbeuses, et sa période de reproduction correspond naturellement à la période des crues."

Ces zones humides sont particulièrement importantes chez nous en Limousin puisque nous manquons de nappes phréatiques.

Malheureusement si elles se renforcent durant ces périodes, elles ne vont cependant  pas stocker suffisamment d’eau pour contrer les périodes de sècheresse aussi rudes et longues que celles connues de juillet à septembre ces dernières années.

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