Culture, permaculture : Christophe Gatineau offre un livre gratuit et en profite pour égratigner un phénomène de mode

L'agronome haut-viennois Christophe Gatineau profite du confinement pour vous parler culture et permaculture... Il vient d'écrire un livre disponible en ligne, gratuitement, qui traite des buttes de culture et qui donne a réflechir sur notre mode de fonctionnement. Étonnant.

© Christophe Gatineau

Il n’est pas soignant, il ne nourrit pas la France, il est agronome, cultivateur, auteur ("L’éloge du ver de terre”, “L’éloge de l’abeilleFlammarion, “Aux sources de l'agriculture, la permaculture : Illusion et réalité”, “La permaculture de 1978 à nos jours”...). I
ll voulait participer à l’effort collectif durant ce confinement, donner de lui même… Alors il a écrit. Un livre sur la culture, la permaculture pour employer un terme à la mode.

Parce qu’il cultive la terre depuis toujours, avec respect…

Un livre entièrement gratuit pour occuper un moment de ce confinement et donner à réfléchir.
 
Le jardin de Christophe Gatineau à Compreignac en Haute-Vienne
Le jardin de Christophe Gatineau à Compreignac en Haute-Vienne © Christophe Gatineau
 

Le monde d'avant (le confinement), le monde d'après...


En cette période où l’accès aux supermarchés n’est plus si aisée, où la laitue ne court pas les rues, où l’on surveille nuit et jour les rayons virtuels du drive le plus proche pour accaparer les rares choux-fleurs et les quelques poireaux... Où l’abondance et le "tout de suite maintenant" sont un (pas si lointain) souvenir et un espoir rendu à un futur (trop?) proche.

En ce moment où beaucoup se posent, à raison, des questions sur le mode de fonctionnement de notre société, de toute l’humanité, sur leur propre mode de consommation.

En cet instant de repos où l’on se dit que finalement on est pas si mal chez nous en Limousin à cultiver notre jardin

Certains ont des envies de retour aux choses simples, mettre les mains dans la terre. Manger des légumes du jardin… Et autant les faire pousser le plus naturellement possible…

Les radios, les journaux, les réseaux sociaux font depuis quelques années résonner un nouveau mot, un terme très écolo… La permaculture… Ou comment cultiver son potager, en accord avec la nature… 

Ouais…

Notre permaculteur sur sa butte perché, tenait en son bec… la providence ?…
Maître Gatineau en agronome expérimenté allait bien vite l’en faire dégringoler…


La butte de culture c’est tout l’objet de cet ouvrage. 
 
Une butte de culture c'est cela.
Une butte de culture c'est cela. © Sepp Holzer


Transformer un savoir ancestral en produit à la mode...

“Buttes de cultures, buttes de permaculture, sont-elles une alternative à la crise agricole?”
C’est le titre de ce livre. Gratuit. Disponible sans sortir de chez vous par un simple téléchargement via le blog de l’auteur Le Jardin Vivant.
 
Livre a télécharger gratuitement sur le blog du Jardin Vivant.
Livre a télécharger gratuitement sur le blog du Jardin Vivant. © Christophe Gatineau


Préfacé par un autre ponte de l’agroécologie, Xavier Mathias, auteur, maraîcher bio, chroniqueur radio (France Inter). Son introduction met les choses à plat et donne le ton :

Observer et interagir ou  copier/coller ? Comment l’un des tout premiers des douze grands principes de la permaculture a-t-il pu à ce point glisser ? Comment d’observer et interagir sommes-nous passés à copier/coller ? Mystère.


L’idée est d’expliquer que la permaculture, la vraie, c’est faire pousser son manger, en accord total avec la nature. Ce n’est pas livrer des recettes en kit pour recréer un pseudo espace naturel, en éradiquant ce qui existe… 

Dans le monde d’avant, les perma-prédicateurs vous vendez la butte de culture comme le Saint Grall, aujourd’hui Christophe Gatineau vous offre l’opportunité de réflechir : 

L’important est de se pencher sur les réserves de nourriture. Nous avons dépassé les quotas depuis bien longtemps. Dès le début du vingtième siècle, l’agronome américain Cyril G Hopkins tirait la sonnette d’alarme à ce sujet. Nous prenons trop à la nature, nous l’épuisons. Nous artificialisons tous les sols. Nous nous adapterons sans doute aux changements climatiques mais pas à l’épuisement des sols. 

Hors ces fameuses buttes de culture c’est aussi une artificialisation du sol, pour en recréer un nouveau.


Inventées il y a des siècles dans des pays ou le sol était trop pauvre pour imaginer le cultiver (Chine, Amérique du sud), elles n’ont aujourd’hui en France, en Limousin, aucune utilité.

La butte de culture l’une des plus anciennes inventions humaines, elle a permis a des générations de cultiver dans des milieux qui auparavant ne le permettaient pas. 
Ce concept a aujourd’hui été détourné à d’autres fins. Des fins juste esthétiques parfois. On bouleverse le système pour en recréer un … L’humain a toujours besoin de modifier la nature, de créer… De lui demander de produire plus qu’elle ne peut… 

On dope la nature. On va surfertiliser même naturellement… On surnourit pour dénourrir. Or on ne crée pas l’énergie. La nourriture de tous les êtres vivants vient des sols, plantes, animaux…. Sans cette nourriture vivante plus de vie. Ajoute Christophe Gatineau.

Ceux qui veulent aller plus loin sur le thème des sols se (re)plongerons dans L’Eoge du ver de terre… Un régal.
 
Une forme de butte pour la culture des asperges, la seule dans le jardin de Christophe Gatineau.
Une forme de butte pour la culture des asperges, la seule dans le jardin de Christophe Gatineau. © Christophe Gatineau


Plutôt que recréer un sol artificiel et lui demander d’être fertile, là, tout de suite. L’auteur nous propose d’observer et de réflechir.

Les ressources nutritives terrestres sont comme l'énergie, elles ne cessent de changer d'état, c'est un cycle. Et il faut très longtemps pour en créer de nouvelles à partir du processus biochimique de la photosynthèse, un processus qui n'est pas à l’échelle humaine.

Comme perte de cette ressource indispensable à la reproduction de la vie, on parle souvent d'artificialisation des sols.
Mais c'est surtout l'érosion des sols qui peut être comparée à la fonte des océans.
Et nos déchets corporels qui ne sont pas recyclés, c'est à dire qui ne sont pas remis dans le cycle.
C'est énorme. Tous les ans, l'humanité exclut du cylcle de la fertilité 600 millions de tonnes de matière fécales (fertilisants) et 700 millions de tonnes d'engrais (urine)...

Et personne ne veut en parler. C'était un des axes forts de l'éloge du ver de terre, mais il est passé à la trappe, car on pense que les sols sont éternels.... comme la vie

Mis à disposition dimanche 19 avril 2020 le livre déjà eté téléchargé plus de 1200 fois en 48 heures.

 

Le jardin vivant, à Compreignac (Haute-Vienne).
Le jardin vivant, à Compreignac (Haute-Vienne). © Christophe Gatineau
EXTRAITS
- "Le trait commun à tous ces nouveaux jardiniers en quête d’alternatives dites innovantes, pour récolter beaucoup avec un minimum d’efforts, c’est de vouloir apprendre des techniques comme on apprend une table de multiplication ou une recette de cuisine. Ou la peinture à un peintre en bâtiment. Cet apprentissage a fait leur succès, Internet et les réseaux sociaux véhiculant de nombreux plans divers et variés. Et les auteurs ne tarissent jamais d’éloges sur l’abondance engendrée par leur création. Or, on n’implante pas une butte de culture comme un abri de jardin. Et à l’image de l’agri-culture, la perma-culture réclame de la culture, car c’est un art qui pose des actes créatifs en partenariat avec la Nature."

- "Avant de tourner la clé de contact de votre pelleteuse, vous devez savoir que chaque coup de pelle détruira probablement un système qui fonctionnait très bien jusque-là, mais qui avait faim ! Alors, commencez déjà par vérifier le niveau du carburant, car dans un sol, son gasoil est la nourriture disponible pour nourrir les animaux qui fabriquent celle pour nourrir les plantes qui nous nourrissent."

-  "Par ailleurs, cette idée de gaver le sol, comme on gave un canard ou dope un sportif pour accroître ses performances, est une idée moderniste où tout progrès doit en entraîner un autre... Mais la dose faisant le poison, le dopage finit toujours par dégrader plus la santé qu'il ne l’améliore, et cet empilage de matières organiques pour doper le sol aurait asphyxié ses êtres vivants, outre de chambouler durablement son écosystème souterrain. Tout ça en croyant bien faire. "
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