DOSSIER. La ferme-usine de Berneuil (Haute-Vienne) : un cas d’école de l’agriculture industrialisée

La ferme de Berneuil élève 2500 bovins. / © France 3 Nouvelle Aquitaine
La ferme de Berneuil élève 2500 bovins. / © France 3 Nouvelle Aquitaine

La société agricole du domaine de Berneuil s’étend sur 1200 hectares. Une ferme industrielle dont on parle peu et qui provoque des nuisances pour les riverains. Le projet d’installation d’un méthaniseur fait craindre aux habitants encore plus de pollution.

Par Anouk Passelac

On parle souvent de la ferme "des mille veaux", à Saint-Martin-le-Vieux, qui accueillera bientôt 800 bovins, et qui crée la polémique. Pourtant, il existe d’autres fermes industrielles bien plus massives, telles que la ferme de Berneuil, un élevage de 2500 bovins.

Aymeric Mercier, membre du syndicat de la Confédération paysanne Haute-Vienne, est formel :

Là, on est vraiment sur un cas d’école de l’industrialisation de l’agriculture en France.

 

Ferme-usine de Berneuil en Haute-Vienne : un cas d’école de l’agriculture industrialisée (volet 1/2)
Intervenants: Maria Brunier, secrétaire Association "Eaux les Coeurs" / Marcel Bayle, Limousin Nature Environnement / Aymeric Mercier, confédération paysanne Haute-Vienne / Margaret Mercier, habitante de Saint-Junien-les-Combes depuis 43 ans. Reportage: Cécile Descubes, Noëlle Vaille, Marion Haranger.

Une extension "en silence"


La société agricole du domaine de Berneuil s'étend sur 3 communes – Berneuil, Saint-Junien-les-Combes et Le Dorat – soit une surface de 1200 hectares de terres et de forêt. L’entreprise agricole a été créée il y a plus de 30 ans et a augmenté petit à petit. Elle a été rachetée par un gros investisseur français, Georges Delachaux, puis agrandie en 2014.

"Tout s’est fait en silence, témoigne Maria Brunier, de l’association Eaux les Coeurs. Petit à petit l’entité a pris possession des terres. Elle a augmenté uniquement par des autorisations données très rapidement, sans que la population soit au courant."

Nuisances pour les riverains


Depuis son élargissement il y a quatre ans, les riverains se plaignent de nuisances : l’eau, polluée, n’est pas buvable, et les odeurs parfois insoutenables empêchent de sortir prendre l'air.

L’association d’habitants Eaux les Coeurs, s’est créée en juillet dernier à Saint-Junien-les-Combes, en réaction à un nouveau projet du propriétaire de la ferme. Ce dernier souhaite construire un gros méthaniseur, à 200 mètres des plus proches habitations de la commune. Les riverains craignent que les nuisances s’accentuent.

Capture écran du site de l'association Eaux les coeurs.
Capture écran du site de l'association Eaux les coeurs.

Un méthaniseur bon pour l’environnement ?


Or ce projet est soutenu notamment par la préfecture, qui estime que ce projet, validé, est vertueux pour l’environnement. La méthanisation, c’est-à-dire le traitement naturel de déchets organiques, permet de produire du biogaz. C’est l’un des modes de production d’énergie soutenu par la loi de transition énergétique pour la croissance verte.

Ferme-usine de Berneuil en Haute-Vienne : un cas d’école de l’agriculture industrialisée (volet 2/2)
Intervenants: Margaret Mercier, habitante de Saint-Junien-les-Combes depuis 43 ans / Aymeric Mercier, confédération paysanne Haute-Vienne / Jean-Louis Grappy, membre de l'association Eaux les Coeurs / Michel Moreau, président de l 'association Eaux les Coeurs / Maria Brunier, secrétaire de l'association Eaux les Coeurs. Reportage: Cécile Descubes, Noëlle Vaille, Jean-Marie Arnal, Marion Haranger.

Mais pour Aymeric Mercier, de la Confédération paysanne, sous couvert d'écologie, on touche à l'aberration du système : "Le lait ou la viande qui sont produits par ces bovins deviennent des sous-produits de l’électricité. Cela nuit aux revenus des autres agriculteurs qui n’ont pas la possibilité d’accéder à ces investissements."

Le site de La Barassat, racheté par la ferme de Berneuil est destiné à recevoir le résidu ultime du futur méthaniseur : "Tous les déchets et résidus, avec la pluie, vont s’écouler sur La Basine, la rivière qui coule en contrebas.", alerte Michel Moreau, le président de l’association Eaux les Coeurs.

Malgré nos demandes d'interviews, les refus de communiquer sur ce sujet sont nombreux, notamment de la part des défenseurs du projet.

Un investisseur discret


Qui est Georges Delachaux, le propriétaire de cette ferme ? Contacté par France 3, l’homme a refusé de s'exprimer. Cet industriel gère ou co-gère 27 sociétés diverses de promotion immobilière, de commerce de gros, de culture de céréales, etc.

Selon Aymeric Mercier, il s’agit d’un investisseur :

C’est quelqu’un qui n’est pas agriculteur et qui a pris le statut d’agriculteur pour s’installer. Il avait quelques dizaines de milliers d’euros à investir, en sachant que la ferme n’était pas rentable en l’état. Et il a décidé d’investir là-dedans pour faire fructifier son argent sur la base de l’électricité d’origine agricole.

Les opposants au méthaniseur ont déposé un recours devant le tribunal administratif. Mais en attendant, le projet peut se concrétiser car il n'est pas soumis au régime de l'autorisation, qui impliquerait notamment une étude d'impact.

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