Ligne Saint-Yrieix - Nexon rénovée : soulagement et attente d'autres travaux

Les travaux de rénovation terminés, la voie ferrée entre Saint-Yrieix-la-Perche et Nexon reprend des couleurs. La crainte d'y rouler à 40km/h pour des raisons de sécurité s'éloigne, la circulation à 60 redonne le sourire, mais l'espoir d'y voir les TER monter à 75 km/h n'est pas pour tout de suite
Voyage inaugural entre Saint-Yrieix-la-Perche et Nexon
Voyage inaugural entre Saint-Yrieix-la-Perche et Nexon © France Télévisions

Cela fait 37 ans que Jean-Robert Delage, habitant de Saint-Yrieix, emprunte la ligne TER 23 entre Saint-Yrieix et Nexon, pour ensuite se rendre sur son lieu de travail à Limoges, à savoir les voies de la SNCF. Autant dire qu'il retrouve le sourire aujourd'hui avec la réouverture de cette ligne, après quatre mois de chantier pour la rénovation de 6,3 km de voie ferrée. Son épouse qui le dépose le matin à 7h10 aussi.

Y en a eu du folklore avec cette ligne en 37 ans !

Marie Delage, habitante de Saint-Yrieix-la-Perche

Il y a eu l'horaire de 16h55 qui a obligé son mari - qui débauchait à 17h - à devoir s'organiser autrement, en commençant plus tôt le matin. Il a bien déposé une réclamation, lui qui travaillait pour une entreprise sous-traitante de la SNCF, mais il n'a jamais eu de réponse.

Il y a eu aussi toutes les alertes qui tombaient régulièrement sur le téléphone "train supprimé" "agent absent" "retard 30mn" puis "retard 1h"... avec l'obligation de se réorganiser à la dernière minute. Sauf que le couple n'a qu'une voiture, gardée par madame, ce qui explique qu'il n'était pas facile tous les jours de dépendre ainsi d'un service ferroviaire aléatoire.

Alors la voie ferrée vieillissante l'inquiétait. L'espoir est revenu lorsque les travaux ont commencé. Un chantier de quatre mois pendant lequel il a pu bénéficier du taxi à la demande, proposé par la SNCF.

Du côté de la mairie de Saint-Yrieix, Daniel Boisserie se montre extrèmement reconnaissant envers la région Nouvelle-Aquitaine et son Président, Alain Rousset

Cette dernière rénovation on la doit uniquement à la volonté politique du Président de notre région, très soucieux de l'avenir de nos communes rurales

Daniel Boisserie, maire de Saint-Yrieix-la-Perche

Car le financement de ces cinq derniers millions d'euros, débloqués en urgence, est à 100% régional. Rappelons que le 27 février 2018, la ligne a été interrompue entre Pompadour et Objat suite à un affaissement de la voie sur une vingtaine de mètres aux environs de Vignols, puis jusqu'à Saint-Yrieix-la-Perche jusqu'à la fin 2018. En octobre 2019, la région Nouvelle-Aquitaine s'est engagée à hauteur de 41,4 M€ pour la régénération des tronçons abîmés. Un montant qui s'ajoutait aux 4,01 millions de SNCF Réseau et 1,79 million de l'État, pour s'élever au total à 47,2 M€11. En mars 2020, la région a rajouté cinq millions d'euros en urgence pour éviter une limitation de vitesse des TER à 40km/h pour raison de sécurité.

Sauf qu'il reste encore des travaux à faire. 13 autres kilomètres sont d'ores et déjà programmés pour 2023. Une mise en conformité totale de la ligne qui permettra non seulement aux trains de circuler - alors que planait la disparition de cette ligne - mais en plus de monter leur vitesse en toute sécurité à 75km/h contre 60 actuellement.

Pour Daniel Boisserie, maire de Saint-Yrieix, cette ligne est vrai souffle pour les bassins d'emplois que sont notamment Pompadour et Objat. La population a pris le réflexe de la voiture face à la désaffection du ferroviaire. Mais les jeunes générations posent un autre regard sur le transport et l'environnement. Et le troisième volet de travaux attendu vers 2025 - tout dépend des financements qui seront débloqués - est tout aussi important pour retrouver une liaison totale jusqu'à Brive dans de bonnes conditions.

Mais c'est très très lourd pour la région, il faudra que l'Etat s'engage

Daniel Boisserie, maire de Saint-Yrieix-la-Perche

La liaison Limoges-Brive est pour le maire de Saint-Yrieix un arc économique conséquent qui ne demande qu'à se développer encore. Jusqu'en 1893, la ligne Nexon - Brive accueillait l'important trafic voyageur et fret de l'axe Paris - Toulouse - Espagne, avant d'être supplantée par la ligne Limoges - Brive via Uzerche

J'attends de connaître le nouveau contrat-plan entre l'Etat et la région

Alain Rousset, Président de la région Nouvelle-Aquitaine

Pour Fabrice Gerville-Reache, maire de Nexon, l'avenir passe forcément par l'intermodalité. Avec deux lycées, un hôpital qui donne des opportunités de rendez-vous et des industries comme Safran à Nexon ou Fabrègue à Saint-Yrieix, les allers-retours domicile-travail sont nombreux entre Nexon et Saint-Yrieix-la-Perche ou Nexon et Limoges.

Si on veut que la vie persiste sur cet axe, il faut absolument miser sur cette ligne. Nos communes ont des intérêts communs, elle est un vrai sujet de développement économique.

Fabrice Gerville-Reache, maire de Nexon

L'innovation est également au coeur de la réflexion des élus. Le TER est-il le véhicule le plus adapté ? Pourquoi ne pas envisager des navettes plus légères ? La perspective du train à hydrogène, déjà développé en Allemagne et véritable révolution à zéro émission de co2 puisque n'émettant que de la vapeur d’eau et de l’eau condensée, est également un terrain d'expérimentation.

Si pour Fabrice Gerville-Réache, le préalable est bien évidemment de sauver les infrastructures, reste que c'est la qualité de l'intermodalité qui permettra un cercle vertueux avec les entreprises. Elles pourront alors parier sur la valeur ajoutée qu'elles peuvent générer et là on pourra penser développement économique.

 

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