Confinement : le quotidien délicat des familles d'accueil du Limousin, entre patience et tensions

Comment les assistants familiaux qui s'occupent d'"enfants placés" vivent-ils la difficile période du confinement ? En Limousin, la situation est "sous contrôle" selon les services départementaux mais elle pourrait s'avérer tendue si les mesures devaient s'installer dans la durée.
Le confinement, un défi supplémentaire pour les assistants familiaux qui accueillent des enfants placés
Le confinement, un défi supplémentaire pour les assistants familiaux qui accueillent des enfants placés © Pixabay
Pour la mère de cette famille d'accueil de Haute-Vienne qui a souhaité garder l'anonymat, le maître-mot, c'est l'OR-GA-NI-SA-TION. "On est 7 à la maison : mon conjoint et moi ainsi que 5 enfants âgés de 8 à 18 ans (3 sont les nôtres et 2 sont placés chez nous, un frère et une soeur âgés de 9 et 14 ans)

Le jeune garçon placé a 9 ans, il est en CE2, et il a des difficultés d'apprentissage. C'est très difficile de le garder concentré pendant 3 heures, il faut beaucoup de patience. Ce matin, par exemple, il n'y arrivait pas, il se fermait, alors j'ai dit stop, j'ai lâché prise et on est allés faire un tour dans le jardin : c'est un peu la soupape, l'après-midi, on y fait des parcours "sportifs", du trempoline...


Cette mère de famille d'accueil s'estime chanceuse d'avoir un jardin et des enfants qui s'entendent bien. En outre, le frère et la soeur qui sont placés chez elle n'ont que des contacts téléphoniques avec leur mère, ce qui ne change pas en période de confinement. Mais pour ses collègues avec qui elle échange régulièrement, la situation peut vite devenir tendue :

Chez mes collègues qui ont des enfants avec des troubles du comportement, toutes les visites chez les parents ou en point-relais sont annulées, ce qui créé de grosses tensions.
Avec le confinement, on est là 7 jours sur 7, on est à la fois psy, éducateur, lingère, cuisinière, infirmière, prof de sport, ça finit par peser. Avec ce confinement, on nous en demande encore plus, et je ne serais pas surprise qu'il y ait beaucoup d'arrêts-maladie ou de burn-out une fois que ce sera terminé".


 

Le travail scolaire à la maison peut s'avérer difficile pour des enfants habituellement scolarisés dans des structures adaptées
Le travail scolaire à la maison peut s'avérer difficile pour des enfants habituellement scolarisés dans des structures adaptées © Pixabay



"Pas de difficulté majeure" selon les responsables en Haute-Vienne et en Corrèze



Pour Pascale Caquant, directrice du service de protection de l'enfance au département de la Haute-Vienne, "aucune difficulté particulière ne nous a été signalée pour l'instant, les assistants familiaux (soit 190 familles d'accueil) font preuve d'engagement et de mobilisation". 

Les familles ont besoin de soutien, les éducateurs sont disponibles au téléphone, ils ont pour mission d'appeler, quotidiennement si nécessaire, et peuvent même se déplacer en cas d'urgence. Ce qui m'inquiète, c'est la durée de ce confinement, avec la fatigue des professionnels, la tension, le stress


En Corrèze, Carmen Linford, responsable des mesures de placement familial, fait le même constat rassurant : "globalement, ça se passe bien chez nos 175 familles d'accueil, qui maintiennent le lien avec les parents ou les éducateurs par téléphone ou par visio.

Le plus gros souci, c'est l'école à la maison, qui est compliquée pour des enfants qui d'habitude étudient en ITEP (Institut thérapeutique éducatif et pédagogique) ou en IME (Institut Médico-Educatif), ou qui sont accompagnés par des AVS (Auxiliaires de Vie Scolaire). Malgré cela, plusieurs familles nous rapportent que les enfants se posent, apprécient de passer plus de temps avec la famille, de ne pas avoir à courir à droite, à gauche, de trouver un rythme plus calme.




Pour les jeunes placés en famille d'accueil qui deviennent majeurs durant cette période, la prise en charge se poursuit jusqu'à la fin du confinement
En cas de Covid-19 dans une famille, la consigne est de rester confinés à domicile, en lien avec le médecin. Si les symptômes s'aggravent, ou s'il y a un arrêt maladie, alors il faudrait "envisager de trouver un autre lieu de placement"


 

En France, 300 000 enfants font l'objet de mesures de placement
En France, 300 000 enfants font l'objet de mesures de placement © Pixabay



Un dispositif fragile et des tensions au niveau national


Le dispositif d'aide sociale à l'enfance (ASE) est du ressort des Départements. La Haute-Vienne comme la Corrèze, ont du mal à maintenir le nombre d'assistants familiaux et doivent faire face à des départs en retraite qu'il est compliqué de remplacer. Mi-2019 déjà, le nombre de jeunes placés était en augmentation constante alors que le nombre de familles d’accueil est en baisse

Trente départements, parmi lesquels la Creuse, doivent bénéficier, en 2020, d’un soutien financier en faveur de la protection de l’enfance. Ces collectivités ont été choisies pour leurs projets innovants en matière de prévention, de détection ou de prise en charge des enfants maltraités. Le 3 février 2020, Adrien Taquet, secrétaire d’État chargé de la Protection de l’enfance avait annoncé la conclusion "d’ici à juin 2020", d'un contrat avec l’État concernant des projets et des priorités en matière de prévention et de protection de l’enfance.


En France, 300 000 enfants font l’objet d’une mesure de protection (en famille ou en foyer) dans des conditions qui varient beaucoup d'un département à l'autre, comme on peut le lire dans cet article du site Guiti News.

Lyes Louffok, membre du Conseil National de la Protection de l'Enfance et lui-même ancien enfant placé (auteur du livre «Dans l'enfer des foyers») ne cesse d'alerter les autorités afin de dénoncer les dysfonctionnements dans la prise en charge de ces jeunes, une prise en charge rendue encore plus difficile dans ce contexte de confinement.


   

 

Depuis quelques années déjà, plusieurs reportages ont révélé les dérives et les défaillances d'un système pourtant supposé protéger les enfants, le dernier en date est, en septembre 2019, le magazine Zone Interdite qui avait même amené le président de département de Côte d'Or à saisir la justice.
 
Poursuivre votre lecture sur ces sujets
coronavirus/covid-19 santé société