Coronavirus : les huiles essentielles pour lutter contre le coronavirus ?

Plusieurs sites internet ont alerté sur l'utilisation des huiles essentielles en raison de leur caractère anti-inflammatoire. Des professionnels spécialisés dans le traitement des huiles essentielles sont vent debout contre ces déclarations et défendent leur cause. Alors huiles essentielles ou pas ?

© Françoise Couic Marinier
Si de nombreuses recherches sont actuellement menées pour trouver un remède au coronavirus, aucun traitement n’a été trouvé pour soigner complètement les malades.

Les autorités sanitaires recommandent davantage la prise de paracétamol pour tenter de soulager les symptômes. Elles ont alerté sur la prise d’anti-inflammatoires non-stéroïdiens en cas de symptômes (fièvre notamment). En effet, ces derniers pourraient aggraver les infections chez les personnes symptomatiques et engendrer plusieurs complications notamment au niveau respiratoire. Parmi ces médicaments, le Ponstyl, Nurofen ou encore l’Advil. Un autre élément contre-indiqué crée le débat : les huiles essentielles anti-inflammatoires.

Les huiles essentielles sont-elles à bannir pendant le coronavirus ?

Suite à l’annonce du ministre de la Santé, de rester vigilant quant à l’utilisation des produits anti-inflammatoires non-stéroïdiens (AINS), les huiles essentielles et leur utilisation en période de coronavirus ont été pointées du doigt par plusieurs sites internet.

Le site Naturatopia a répondu en quelques lignes sur les bienfaits des huiles essentielles et fait le point sur les différences existantes entre les anti-inflammatoires non-stéroïdiens de synthèse et les huiles essentielles.

Pour éclaircir cette polémique, nous nous sommes entretenus avec Françoise Couic-Marinier, docteur en Pharmacie, diplômée de la faculté de Limoges et aromathérapeute.

Ce débat part de sites internet ont relayé le fait que les huiles essentielles pourraient être anti-inflammatoires. Certains vendeurs des sentiers, pour ne pas les citer, ont extrapolé en disant que les huiles essentielles pouvaient masquer l'arrivée des premiers symptômes comme la fièvre.
 

Françoise Couic Marinier et ses huiles essentielles
Françoise Couic Marinier et ses huiles essentielles © Françoise Couic Marinier

Une information que le Dr. Françoise Couic-Marinier réfute : "Le 19 mars dernier, l’OMS est revenue sur ce qu'il avait été dit à propos de l’ibuprofène : aucune donnée montre que prendre de l’ibuprofène diminuerait les symptômes. Prendre de l’ibuprofène et du paracétamol peut masquer la fièvre, les huiles essentielles n'ont pas cet effet-là."

"Les huiles essentielles ne peuvent pas être brevetées"

Selon Françoise Couic Marinier, une des raisons pour laquelle les huiles essentielles ne sont pas favorisées quant à l'élaboration d'un remède pour soigner le coronavirus, c'est parce qu'elles ne peuvent pas être brevetées, au même titre que les mélanges d'huiles essentielles.

Quel laboratoire, quel biologiste ferait des recherches sur les huiles essentielles alors que nous sommes en retard et qu'il faut agir rapidement et que nous n'avons pour le moment pas de traitement contre le covid-19 ? Travailler sur une huile essentielle signifie ne pas pouvoir la breveter et ne rien gagner dessus.

La spécialiste en aromathérapie pense d'ailleurs que les huiles essentielles seront utilisées en "dernier recours" si aucun traitement contre le virus n'est trouvé.

Pour Françoise Couic Marinier, les huiles essentielles, pourtant considérées comme le "parent-pauvre" de la médecine pourraient aider "à limiter les grosses inflammations" conséquences du virus dans les poumons.
Les huiles essentielles : quelle utilisation en période de coronavirus ? ©France 3 Limousin


Les huiles essentielles, notamment celles à l'eucalyptol agissent in vitro sur les mêmes médiateurs de l'inflammation que la chloroquine, par exemple. A l'inverse et sans pour autant lancer d'étude, l'ensemble des personnes qui s'intéressent aux huiles essentielles sont d'accord sur le fait qu'elles peuvent aider à limiter l'inflammation.

Une aide préventive pour certains soignants

"A ce jour, des centaines de soignants sont déjà morts." déplore Françoise Couic Marinier. Alors, pour prévenir ces décès survenus dans l'exercice professionnel et pour protéger le personnel soignant, elle élabore des mélanges, en fonction des demandes de ces soignants et médecins, et uniquement pour répondre à leur demande, afin de leur permettre de travailler dans les meilleures conditions possibles.

Les huiles essentielles sont d'abord efficaces au niveau préventif : elles stimulent les défenses immunitaires pour ne pas tomber malade. Elles aident aussi les soignants à se relaxer en cette période extrêmement anxiogène.

"Bien sûr, il ne faut pas jouer les apprentis-sorciers" Françoise Couic-Marinier répond à certaines demandes de soignants qu'elle a formé en aromathérapie. Pour autant, il est inconcevable pour cette Docteur en Pharmacie de proposer des protocoles à des patients lambda atteints du coronavirus. Selon elle, l'intérêt de l'utilisation des huiles essentielles est de prévenir la maladie. Et les résultats sont là :

J'ai donné des mélanges à trois médecins et praticiens qui ont eu le covid-19 et qui ont vu la différence. On a des études sur le sars-cov1, le virus survenu en Asie. On sait que les huiles essentielles sont anti-virales.

Des huiles essentielles : un remède préventif pour les soignants ©France 3 Limousin

Pour aider les soignants, Françoise Couic Marinier formule des sticks inhaleurs ou suggère à de verser quelques gouttes d'huiles essentielles dans leurs masques pour qu'ils soient "plus zen".

Quand un soignant apprend qu'il est malade, il se pose la question du manque de soignants et de la santé de sa famille avant même de penser à la sienne. Je leur fais don de mes mélanges et conseils, bénévolement, c'est ma petite contribution pour qu'ils puissent se détendre.

Françoise Couic Marinier travaille notamment avec des soignants de Savoie et du Limousin. "Dans la région, tout le monde se prépare." Elle propose notamment ses services à des soignants et dentistes de Haute-Vienne et aide également du personnel soignant d'hôpitaux du département.

Mise en garde contre certaines huiles essentielles

Françoise Couic Marinier rappelle que de nombreuses huiles essentielles sont anti-inflammatoires par différents mécanismes. Si elle ne contre-indique pas leur utilisation pour prévenir du coronavirus, elle met en garde contre l'utilisation de certaines d'entre elles.

Il faut faire attention à certaines plantes comme l'échinacée, le curcuma, le sureau, etc. Plusieurs études ont été faites concernant l'inflammation.

La docteure en Pharmacie donne également l'exemple de la gaulthérie qui possède une molécule appelée la salicylate de méthyle. "C'est une molécule extrêmement proche de l'aspirine. Un flacon de gaulthérie couchée de 10 ml équivaut à 14 grammes d'aspirine".

Ce que je critique dans les articles allant en l'encontre des huiles essentielles, c'est qu'ils citent des éléments non-documentés, en en oubliant d'autres qui le sont. En cette période anxiogène, le tout est de ne pas affoler les gens !

La France a légiféré sur les huiles essentielles pour que les doses soient respectées, etc. Dans le cadre d'une bonne pratique, je pense que l'on peut vraiment aider. Attentions à tous ces "pseudos-savants" qui proposent des formules dangereuses sur le Net.

Les huiles essentielles à travers l'histoire

"L'Histoire est là pour éviter de la répéter, malheureusement, souvent, elle balbutie et on réitère les mêmes erreurs." Françoise Couic Marinier tient à rappeler les bienfaits des huiles essentielles sur des épidémies passées, notamment en période de la Peste.

Lors d'une épidémie de Peste, Hippocrate, dont tous les médecins font le serment, faisait des fumigations de plantes aromatiques et dans les rues, notamment grâce à un mélange aromatique. Au Moyen-âge, les médecins portaient des masques avec de longs becs, ils y incorporaient également des plantes aromatiques pour se protéger."

Le terme "aromathérapie" est utilisé pour la première fois en France par René Maurice Gattefossé, dans les années 1930. Si les huiles essentielles sont utilisées depuis des siècles dans le milieu de la médecine, Françoise Couic Marinier tient à rappeler le regain de popularité de celles-ci dans les années 1970, après qu'elles ont été mises sous cloche au cours de la Seconde Guerre mondiale.
 

© Françoise Couic Marinier

En parallèle, Françoise Couic Marinier, confinée elle aussi rédige un nouveau livre sur les huiles essentielles et le sport. Sport qu'elle pratique à domicile. Elle s'occupe également de sportifs de haut niveau à distance. "Il a fallu gérer l'annulation ou le report des Jeux olympiques, les arrêts des entraînements, etc."

Elle voit en les huiles essentielles une utilité sur le long-terme, notamment en raison des symptômes post-traumatiques que pourrait causer le coronavirus.

Nous sommes face à une situation que notre cerveau ne connaît pas, dans quel état psychologique serons-nous demain ? Nous n'avons jamais connu de telle situation. L'aromathérapie peut nous aider à rassurer notre cerveau.

 

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