Décès de Joël Nivard : l'un des maîtres du polar en Limousin s'en est allé

Ce dimanche 19 février 2023, le romancier limougeaud Joël Nivard est subitement décédé. Il avait 71 ans.

"À quoi ça tient la vie ? Et la liberté ? Quand elle retrouve le sang de la veine, le souffle du poumon, les battements sourds du cœur et la caresse du vent sur la peau ? C’est juste cette ivresse passagère qu’il voudrait conserver en lui. La légèreté de son pas encore hésitant. La sérénité qui peu à peu prend tout l’espace de son corps." (Les rebelles meurent à l'aube, Joël Nivard 2021).

Joël Nivard est parti ce dimanche 19 février 2023. Brusquement, brutalement. Emporté par une crise cardiaque. Trahi par un coeur gros comme ça, selon la formule consacrée. 

Joël Nivard c'est d'abord un pur Limougeaud, amoureux de sa ville où il a vu le jour le 22 juillet 1951 :  "je suis né au 93 faubourg Montjovis, et j'en suis fier."

Amoureux des livres également. Une passion transmise par son père. "Mon père était quelqu'un qui lisait beaucoup. D'ailleurs, si je lis, c'est parce qu'il y avait toujours des livres chez moi. D'ailleurs, il faut toujours se méfier d'une maison où il n'y a pas de livre."

En 2012, Joël Nivard expliquait à notre journaliste Jean-Martial Jonquard, qu'il avait toujours écrit, "depuis la plus petite enfance". Des poèmes notamment. Et puis à la trentaine, en parallèle d'une carrière d'agent commercial, Joël Nivard passe aux choses sérieuses avec un premier polar "Loser" en 1983.

Suivra "On dira que c’est l’été deux ou trois jours avant la nuit" en 1986.

Un écrivain prolifique

Avec une épouse comédienne, Joël Nivard s'essaie également, avec succès, à l'écriture de pièces de théâtre. Des pièces qui mettent Limoges au premier plan : "Limoges avril 1905",  "On pourra pas dire qu’il a pas fait beau aujourd’hui", "Rien n’arrive pour rien", " T’avais qu’à prendre le trolley" ou encore « Faut-il abattre les tringleurs de rideau ? »

Et puis, c'est avec les éditions Geste Noir que l'auteur se jette dans le roman noir. "Dernière sortie avant la nuit" (2011), "Le linceul de l'aube" en 2013, etc (retrouvez ICI toute la bibliographie de Joël Nivard). 

En 2016 naitra, sous sa plume, un personnage à son image, un flic qui aime le rock, le vin, sa ville de Limoges et puis les gens : le commissaire Varlaud ("Solo pour une nocturne", "Sans-cible", "N'oublie pas de nous dire adieu", "Les rebelles meurent à l'aube").

Un commissaire qui va unir ses talents à ceux de l'inspecteur Dumontel, imaginé par Franck Linol. Les deux auteurs limougeauds régalent leurs lecteurs dans deux opus, "La route des mortes" en 2020 qui nous emmène sur le plateau de Millevaches, puis "Mourir au soleil" l'an dernier. Le troisième tome doit sortir dans un mois.

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Joël Nivard, auteur de talent, mec bien, et ami total Dans ce reportage : Franck Linol, ami de Joël Nivard et auteur ; Christian Viguié, ami de Joël Nivard et poète ©Jean-Martial Jonquard, Carole Maillard, Sébastien Bugeaud

Un mec bien

Nivard et Linol, indissociables. Même goût pour l'écriture, pour leur région, pour le vin, le rock, la bonne chère. "Il nous surnommait Tif et Tondu," confie Franck Linol. Une amitié indéfectible depuis 2011 et cette rencontre à la foire du livre de Brive : "On s’est dit bonjour, il était 10h-10 h 15, on ne se connaissait pas, à 11h on a regardé notre montre, on s’est dit que c’était l’heure d’aller boire du blanc. Et là, on a dit que l’on était fait pour s’entendre."

Une admiration profonde et réciproque unissait les deux hommes.

C’était un amoureux du style. Joël Nivard disait volontiers « je suis de la syncope, et pas de la syntaxe ». Il utilisait les mots comme un boxeur utilise les uppercuts. C'était des coups, brefs. Joël Nivard, un des maîtres du roman noir français, je le dis tel que je le pense. Quelqu’un qui écrivait avec sincérité, sans concession. À l’instinct.

Franck Linol, auteur

"Joël était un mec bien. Et ça devient rare. Il était solidaire, il était dans l'empathie, il était toujours positif. Il aimait les autres," poursuit Franck Linol. "C'était un écrivain complice, c'était un compagnon de route, c'était un frère, un ami et un vrai."

Il sera toujours dans les bibliothèques, chez les gens qui l'aiment. Mais moi, je sais que ma vie, y compris d'auteur, va changer, je ne sais pas en quoi mais c'est certain.

Franck Linol, auteur

Ensemble en 2012, ils créent le festival Vins Noirs à Limoges.

Bons vivants, les deux compères nous ont même régalé avec un livre de recettes et de bonnes adresses : "Deux flics aux petits oignons" en 2021. Du 100% Limoges.

Un ami total

Christian Viguié, poète et ami du romancier, extrêmement ému aujourd'hui, confie : " Quand on tombait en amitié avec Joël, il semblait qu’on le connaissait depuis 2000 ans et qu’on allait vivre avec lui pendant plus de 2000 ans. C’est l’ami, c’est pas le copain, c’est l’ami total. L’ami total, c'est l’homme que l’on a envie de rencontrer chaque jour dans la rue, avec qui on va s’assoir à la terrasse d’un café, et on va parler de tout, politique, poésie, etc, et avec une ouverture totale. Et c’est une journée qui n’est pas perdue.

Joël, c'était un être lumineux qui a écrit du noir. C’était ce magnifique paradoxe qui était feutré par la gentillesse.

Christian Viguié, poète

Pour Christian Viguié, le style percutant de Joël Nivard n'appartenait qu'à lui : "Lorsque l’on ouvre un livre de Joël, on sait qu’il y a un entonnoir, on est dans les films des années 40-50, c’est fabuleux, on voit où est la caméra. C’est du magnifique noir et blanc. Et à un moment, le ou les personnages vont faire des gestes extraordinaires. Désespérés, mais extraordinaires. C’est une des signatures de Joël."

Le dernier livre de Joël Nivard vient tout juste de paraitre, "La révolte des vaincus" (14 février 2023). Moi qui écris ces mots, je me régalais à l'avance à l'idée de me plonger dans la lecture de ce nouveau polar, teinté de jazz, mais ce lundi, je sens que c'est le blues qui rythmera ma lecture. Et je n'aime pas du tout ce blues.