"Des centaines de milliers de personnes veulent vivre de cette façon-là" : ils construisent des habitats écologiques étonnants

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La maison en pétales est un chantier-école : les participants ont déboursé 450 euros pour une semaine de formation à ce type de construction écologique. ©Antoine Jégat / Valérie Agut - France Télévisions

À Marval (Haute-Vienne), Jonathan Attias et Caroline Perez expérimentent de nouveaux types d'habitats légers sur un terrain baptisé le "Croissant fertile". Leur dernière construction : une maison en pétales unique en France. Des habitations réalisées sans demande de permis de construire, tolérées, mais illégales.

De loin, sa forme ressemble à celle d'une yourte. Sauf que la "maison en pétales" est un prototype unique en France. Jonathan Attias, Caroline Perez et leurs deux filles en sont les futurs occupants.

"Nous, en tant que famille, on en avait marre de vivre dans un seul espace en habitat léger, donc on avait envie que l'habitat léger puisse être un imaginaire déployé par d'autres familles", explique Caroline Perez, activiste et mère de famille.

Un habitat léger, c’est-à-dire sans fondation, imaginé comme une fleur par un autodidacte : Yves Desarzens. Pour un prix défiant toute concurrence : 40 000 euros.

Le "pistil" central, c'est la pièce de quarante mètres carrés qu'on a à l'intérieur. Il paraît arrondi, mais tous les bords sont plats : c'est un dodécadôme. Ensuite, cinq pétales viennent s'y agglomérer qui vont correspondre à chacune des chambres et à la salle de bain.

Caroline Perez

Co-fondatrice du mouvement Désobéissance fertile

Un chantier sans artisans professionnels, 100% participatif : ces bricoleurs amateurs ont déboursé 450 euros en échange d’une formation d’une semaine. Aurélie Goaer est venue spécialement de Montpellier : "J'ai le projet de m'installer en yourte, mais à terme, j'aimerais bien construire ce genre de maison, participer à d'autres chantiers, aider, continuer à transmettre et partager."

Marie-Christine et Alain, nouveaux dans la région, ont, eux aussi, choisi de vivre en habitat léger : "On trouve, par notre expérience, l'habitation classique en pierres, etc. trop lourde au niveau énergétique et financier. Avançant dans l'âge, on a aussi envie de s'alléger de ce côté-là."

Une vie en collectif

Neuf personnes vivent en collectif sur cette ancienne prairie de dix hectares. Un lieu baptisé « Croissant fertile ». Cette association expérimente différents types d’habitats légers, comme une maison isolée en carton, ou encore une « figue » géante, faite de rebuts industriels en peuplier destinés à la fabrication de boîtes de fromages. La figue est née il y a huit ans de l'esprit d'un inventeur rêveur. La maison en pétales, c'est la même chose, explique Jonathan Attias.

On pense qu'on est à l'aube d'un nouveau temps où on va voir éclore, dans les prochaines années, tout un tas d'habitats légers qui vont permettre de vivre à la fois en bonne intelligence avec les écosystèmes, et en même temps, en utilisant tous les déchets qu'on a aujourd'hui pour en faire des ressources.

Jonathan Attias

Co-fondateur du mouvement Désobéissance fertile

Démarche revendicative

Pour la figue, comme pour les autres habitations, aucune demande de permis de construire n’a été déposée en mairie. Elles sont tolérées, mais parfaitement illégales. Une démarche revendicative, que Jonathan Attias qualifie de "désobéissance fertile" :

"Il y a des centaines de milliers de personnes qui veulent vivre de cette façon-là et il y a très peu de permis qui sont accordés. Donc plutôt que d'attendre qu'il y ait une éventuelle évolution des lois, comme on l'espère inlassablement, sans jamais que ça ne se présente, on prend ce droit-là, en disant à la société politique : à vous d'évoluer de façon à faire évoluer la loi pour prendre en compte ces nouvelles formes d'habitat."

La loi Alur de 2014 a instauré un début de cadre juridique, mais ce mode de vie se heurte encore très souvent à la législation en vigueur (fiscalité, intervention des secours, traitement des eaux usées, etc.). Dans certaines communes, des chartes commencent à être élaborées pour que tout le monde puisse cohabiter en harmonie. Jonathan Attias et Caroline Perez espèrent en proposer une prochainement à la municipalité de Marval...