Emploi. Les crèches du Limousin manquent de personnel

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Écrit par Nicolas Chigot .

La colère gronde dans les crèches. Il manque du personnel et les structures ont du mal à recruter. Pour résoudre cette crise, depuis le 31 août, un arrêté les autorise à embaucher du personnel sans diplôme. Exemple dans une crèche associative parentale de Couzeix en Haute-Vienne.

La vaste salle est plongée dans la pénombre. Il est 14h, et pourtant tous les bambins ne sont pas à la sieste. Ici, les petits ont la possibilité d'aller dormir quand ils le souhaitent. Irène et Basile sont blottis contre Audrey. Ils savourent l'histoire du Doudou de la maîtresse. A l'extérieur, deux fillettes et un petit garçon se sont emparés de camions à roulette et dévalent à toute allure une petite pente herbeuse. Le manège enchanté est une crèche parentale. C'est à dire une association gérée par des parents. Elle accueille une vingtaine d'enfants et emploie 8 adultes. Un effectif théorique bien difficile à atteindre ces derniers mois. En cette rentrée, la crèche cherche encore une assistante petite enfance. 

On a la chance d'être en début d'année, donc on a eu quelques candidatures, mais en cours d'année, c'est nettement plus compliqué. Il y a tellement de remplacements à faire dans toutes les structures du département qu'il n'y a plus de candidatures spontanées donc malheureusement, des fois, on est obligées de faire sans remplacement.

Audrey Perrier-Faucher, éducatrice jeunes enfants, responsable adjointe de la crèche "Le manège enchanté" . 

Une situation critique que la structure a dû affronter l'hiver dernier. Au gré des arrêts maladies (Covid ou non) et des postes non comblés, l'effectif a parfois été réduit de moitié. Ceux qui étaient encore là ont eu un énorme surcroît de travail et  il a fallu réduire les heures d'ouverture. Un casse-tête pour les parents et moins de rentrée d'argent pour la crèche. Une assistante petite enfance a pourtant été recrutée, mais elle a jeté l'éponge au bout de trois jours. 

Ça demande beaucoup d'investissement psychologique, personnel, et oui les gens déchantent souvent, et on peut se trouver confronté à des situations comme il n'y a pas très longtemps. Au bout de quelques jours, la personne ne revient pas parce qu’elle s'est rendue compte que c'est fatigant, ça fait mal au dos, c'est bruyant...

Céline Chêne, assistante petite enfance, titulaire du CAP petite enfance.

Une réalité du terrain parfois donc méconnue des titulaires du CAP qui n'incite pas la responsable à faire appel à des non-diplômés. Une solution pourtant préconisée dans l'urgence par le gouvernement. 

Un arrêté publié début août assouplit effectivement le recrutement. Si elle peut prouver qu'elle a échoué à faire venir quelqu'un de qualifié (une annonce pôle emploi restée sans réponse pendant plusieurs semaines fait foi), une crèche peut se tourner vers une personne non diplômée.  

Nos confrères de France Info précisent : "L'établissement devra privilégier un candidat qui a une expérience avec les enfants et avant de se retrouver face à des bébés, les nouveaux embauchés devront être formés en interne pendant 120 heures, soit environ 3 semaines. Ils ont ensuite un an pour faire une formation avec, cette fois, un diplôme à la clef. Le texte limite aussi le recours à ces recrutements de personnel non-qualifié, ils ne doivent pas représenter plus de 15% des effectifs de la crèche". 

Une solution jugée beaucoup trop dévalorisante par Elodie, la directrice.  

On se bat aussi pour la reconnaissance de notre profession. D'autant qu'au sein de la structure, il y a des projets pédagogiques propres mis en place. On a envie de maintenir une qualité d'accueil importante et riche pour les enfants

Elodie Mialon, éducatrice jeunes enfants, directrice de la crèche "Le manège enchanté".

Comment expliquer cette désaffection pour les métiers de la petite enfance ? Il y a bien sûr le problème des salaires qui revient dans toutes les discussions avec les employées de la crèche. Mais il y a aussi un problème d'image. Même combat que dans l'Éducation nationale. Pour beaucoup, travailler en crèche c'est encore "torcher des bébés et faire mumuse avec eux". Il suffit d'avoir passé plus de deux heures avec un enfant en bas-âge pour comprendre à quel point c'est faux. Autre souci, le CAP petite enfance permet désormais de travailler dans d'autres structures où le rythme est moins exigent et les horaires moins contraignants. Ceci explique la quasi disparition des candidatures spontanées ces deux dernières années. 

Dans la crèche de Couzeix, les entretiens d’embauche débutent le mardi 6 septembre. 5 candidatures à examiner, rassurant pour la crèche. En France, près de 9000 postes ne sont pas pourvus d'après une enquête de la caisse nationale des allocations familiales.

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