Haute-Vienne : PRESSTALIS en redressement judiciaire, des bureaux de Tabac sont privés de journaux

© Christophe Morin - IP3 PRESS/MAXPPP
© Christophe Morin - IP3 PRESS/MAXPPP

Malgré un plan de reprise, plus de 500 emplois ont été supprimés en province chez le plus grand distributeur de journaux français. Conséquence d'un mouvement de grève, il devient impossible, depuis quelques jours de se procurer des quotidiens et certains magazines.
 

Par Ali Martiniki avec AF


À Limoges, des buralistes commencent à s’inquiéter. Les quotidiens et les magazines nationaux ne sont plus livrés comme nous l’explique une commerçante :

 Depuis une semaine, nous n’avons plus de journaux nationaux. Nos clients sont mécontents.

Un autre buraliste nous confie : «  Chaque matin, on nous livrait au moins une centaine de quotidiens et de magazines.  Aujourd’hui, Plus rien. Il ne reste que le Popu (Populaire du Centre). C’est un manque à gagner évident qu’il  m’est difficile d’estimer pour l’instant ».

Ces commerçants craignent pour la suite.  Peu ou pas informés sur l’issue de la situation, ils se sentent démunis. Ils disent ne pas être en mesure de se projeter.


La faillite de Presstalis


Le 15 mai dernier, le tribunal de Commerce de Paris a prononcé le redressement judiciaire de Presstalis, le principal distributeur de journaux en France. Une décision assortie d’une observation de deux mois. Pour rappel, la société a connu en une décennie trois épisodes de cessation de paiement. 

La direction dit regretter la situation. D'ailleurs ses filiales régionales SAD et Soprocom ont été  liquidées sans reprise d’activité. 

En Haute-Vienne, c'est un coup dur puisque 14 emplois directs ont, par conséquent, été supprimés.  Une cinquantaine au total avec les prestataires.

Cela ne va pas s’arranger en zone rurale. Arnaud Raffier, secrétaire Générale CGT en Haute-Vienne

En effet, après la fermeture des 16 SAD répartis sur le territoire national, la direction de Presstalis confirme qu’une nouvelle organisation est à l’étude. Des dépositaires indépendants en charge de la préparation des commandes en vue de leur distribution sur les points de vente (Relay, Bar-Tabac...) seront sollicités. L’activité de distribution devant se poursuivre conformément à la décision prise par le Tribunal de commerce de Paris.
 

Pour Arnaud Raffier, les conséquences sont encore plus lourdes en zone rurale. « Pour rentabiliser encore plus, ils vont désormais faire appel à des prestataires indépendants  peu protégés socialement, en situation de précarité. Le problème c’est que le territoire rural est vaste. Des bureaux de tabac pourraient être livrés en quotidiens et magazines en fin de matinée, voire en début d’après- midi. Une véritable catastrophe pour l’avenir de certains distributeurs ».
 

Un repreneur choisi in extrémis le 12 mai

Trois jours avant la décision de justice, la Coopérative de distribution des quotidiens, présidée par Louis Dreyfus du groupe "Le monde" a été retenue pour mettre en œuvre son plan de reprise faute d’accord commun avec celle des magazines. Un plan qui prévoit de sauvegarder un peu moins de 300 salariés sur les 900 que compte Presstatlis. Des emplois essentiellement localisés en région parisienne. 

Comme nous le précise un responsable de l'entreprise, "268 emplois seront conservés en 2020. Il n’en restera que 215 en 2021. Des postes basés au siège parisien de Presstalis et sur le site de Bobigny".  Ce sont donc les sites de Province qui  payent un lourd tribut avec 512 salariés laissés sur le carreau....


Remontés, les syndicats du Livre de la Haute-Vienne entendent organiser dans les prochaines semaines, des mobilisations d’envergure.

Nous ne nous contenterons pas de protester contre la casse de l’emploi. Nous voulons aussi et surtout proposer une autre manière de travailler dans le domaine de la distribution des journaux. Arnaud Raffier, secrétaire Générale CGT en Haute-Vienne

En 10 ans (2007-2017), sur le plan national, le chiffre d’affaires de la presse écrite aurait reculé de presque 30%. Passant de 10,8 à 6,8 milliards d’euros. Une baisse qui s’explique notamment par la chute de revenus publicitaires et du volume de ventes aux lecteurs. 


 

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