INTERVIEW : Le procureur de Limoges revient sur les chiffres de la délinquance

Gilbert Emery, procureur de la République de Limoges / © AFP
Gilbert Emery, procureur de la République de Limoges / © AFP

Les chiffres de la délinquance en Haute-Vienne ont officiellement été présentés vendredi 9 février. Le procureur de la République de Limoges nous livre son regard sur ces derniers et nous révèle que 2 affaires de meurtre à Limoges sont liées aux trafics de stupéfiants.

Par Franck Petit

Globalement, ce bilan est-il positif ?
On constate la baisse d’un certain nombre d’infractions, mais je suis toujours assez méfiant avec les chiffres. Il faut les analyser finement et ne pas se laisser impressionner par les grandes données. En Haute-Vienne, la délinquance est d’une manière générale très contenue. Le département et la ville de Limoges sont assez calmes.

Les atteintes aux biens semblent stables en Haute-Vienne ?
Nous sommes impactés par des bandes de cambrioleurs originaires des pays de l’Est. Ils partent de région parisienne et se rendent dans des territoires moins surveillés. Il faut être vigilant là-dessus.

Les saisies de stupéfiants sont importantes.
Il ne faut pas se contenter de faire du chiffre. Il faut lutter en profondeur contre la drogue en démantelant les réseaux. Il faut aller au fond des quartiers et des halls d’immeubles, saisir la drogue, l’argent, le patrimoine immobilier et les voitures. On ne peut pas se contenter de traiter que l’écume.

Les saisies de cocaïne sont en forte augmentation.
Les chiffres de saisies distribués par la préfecture ne correspondent pas à la réalité. Sur la cocaïne, 800 grammes sont annoncés. Nous, on a intercepté 3,5 kilos à Orly qui auraient dû arriver à Limoges. Ces chiffres n’apparaissent pas dans les tableaux. Des quantités importantes rentrent en Limousin de manière incontestable.

Ces chiffres sur les drogues dures sont-ils inquiétants ?
On a moins d’héroïne qu’il y a quelques années, mais on commence à avoir un peu de cocaïne, qui se revend entre 80 et 100 euros le gramme. Ca attise les convoitises. Limoges n’est pas une agglomération gigantesque. On a des rivalités. C’est pour cela qu’on a eu deux homicides cette année, à La Bastide et au Val de l'Aurence.

Vous nous confirmez que ces deux meurtres sont liés à des affaires de stupéfiants ?
Oui, c’est incontestable.
A propos de l’affaire de la Bastide, j’ai entendu une absurdité :


Il a été tué pour 20 euros 


Les gens qui se font tuer dans une affaire de stupéfiant, c’est soit qu’ils ont trahi quelqu’un, soit qu’ils n’ont pas payé leur marchandise. C’est aussi des rivalités d’occupation du terrain, des gens qui veulent aller vendre dans le quartier d’à côté.

On se rend compte que les saisies se multiplient chez les cultivateurs de cannabis amateurs.
Oui, ça pousse très bien et ça se vend bien. Vendre de l’herbe que l’on cultive chez soi peut rapporter largement autant que de vendre de la résine qu’on est obligé d’aller acheter et qu’on paie au prix fort. Mais les peines encourues doivent aussi faire réfléchir.

Faut-il s’inquiéter des braquages ?
Depuis que je suis à Limoges, je n’ai pas vu un braquage de banque mené par une organisation criminelle. Nous avons à faire à de petits braquages commis par des minables, ce qui ne change absolument rien pour les victimes.

Les chiffres de la préfecture montrent-ils toute la délinquance ?
Ces chiffres prennent en considération la délinquance qui se voit. Il y a toute une quantité d’autres infractions comme la délinquance économique et financière qui nous occupent beaucoup au parquet. Je veux parler de dossiers de fraudes qui nécessitent beaucoup de travail. C’est le parquet qui impulse ces investigations.

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