Islande : "Je pense raisonnablement que d'ici à trois semaines, il va y avoir une nouvelle éruption", selon ce volcanologue

Une nouvelle activité volcanique est en cours en Islande depuis le mois de novembre dernier. Rien de surprenant dans cette zone tellurique mouvementée qui compte 130 volcans. Toutefois, une petite ville a dû être évacuée. C'est la première fois depuis 1973 qu'une ville islandaise est menacée par une éruption. À Limoges, un volcanologue passionné s'y intéresse et nous éclaire.

"J'ai envie d'y aller. Mais les éruptions durent à peine 48 heures. Le temps d'aller à Paris et de prendre l'avion pour Reykjavik, c'est fini." Faute de pouvoir l'observer sur place, Claude Grandpey suit depuis Limoges, sur son ordinateur, l'activité sismique et volcanique qui s'est déclenchée depuis le mois de novembre dans la péninsule islandaise de Reykjanes.

Passionné de volcanologie, Claude Grandpey est président d’Honneur de L’Association Volcanologique Européenne (L.A.V.E.). Ce Limousin parcourt le monde pour observer les volcans actifs. Les éruptions actuelles en Islande, il s'y intéresse avec acuité, et en propose comptes-rendus et éclairages dans des publications régulières sur son blog. 

"L'Islande se trouve à la verticale d'un point chaud où la lave est entre 1 200 et 1 300°C, et à la limite de deux plaques tectoniques qui s'écartent. Ça crée un réseau de fracture, et le magma emprunte ces fractures pour se disperser", explique-t-il.

Une ville évacuée

L'Islande est une terre de volcans, 130 y sont recensés, dont une trentaine d'actifs. Ceux qui se manifestent actuellement étaient en sommeil depuis 800 ans. Les premières éruptions ont été observées dès 2021.

Depuis le mois de novembre 2023, l'activité sismique est quasi permanente. La terre ne cesse de trembler, ouvrant d'impressionnantes fractures dans la croûte terrestre, d'où le magma peut jaillir à tout moment. "Où va sortir la lave, on ne le sait pas" précise Claude Grandpey.

Menacés, les habitants de Grindavik, petit port de pêche de 3 800 habitants dans le sud-ouest de l’Islande, ont été évacués une première fois le 10 novembre, par précaution. Ils ont pu regagner leurs domiciles en fin d'année, avant d'être évacués à nouveau. "Il y a un spa géothermique pas très loin, très fréquenté par les touristes, qui a dû fermer aussi. Il a rouvert le 17 décembre, mais dès le lendemain, il y avait une nouvelle éruption, et il a fermé à nouveau.", précise Claude Grandpey. "Et le 14 janvier, il y a encore eu une éruption, et cette fois trois maisons de Grindavik ont été détruites par la coulée de lave et tout le monde a dû partir. La ville est interdite d'accès."

Une centrale géothermique menacée

"La source de l'éruption n'est pas très loin de la centrale géothermique de Svartsengi. Des digues de terre ont été érigées, comme à Grindavik, pour dévier les coulées de lave. Si cette centrale est touchée, ce sont 30 000 personnes qui seront privées d'eau et d'électricité" s'inquiète Claude Grandpey. Cette centrale alimente Reykjavik, la capitale islandaise située à une quarantaine de kilomètres de la zone éruptive.

Je pense raisonnablement que d'ici à trois semaines, il va y avoir une nouvelle éruption.

Claude Grandpey

Volcanologue émérite installé en Limousin

Les relevés sismiques de l'office météorologique islandais indiquent une activité toujours très intense. "La chambre magmatique est en train de se recharger. Mais où va sortir la lave, on ne le sait pas", indique Claude Grandpey.

"Les derniers événements sismiques et éruptifs confirment la réactivation d’une ligne de fractures sur la péninsule de Reykjanes. Les volcanologues sont persuadés que la péninsule de Reykjanes est entrée dans une nouvelle période d’activité éruptive qui pourrait dure plusieurs années, voire plusieurs décennies.", décrit-il encore, pessimiste quant à l'avenir du petit port de pêche de Grindavik.