Justice : coup de balai au parquet de Limoges

Le parquet de Limoges a connu une situation très tendue qui a engendré de la souffrance au travail. Un nouveau procureur est arrivé. 5 nouveaux magistrats ont été nommés.
 

La cité judiciaire de Limoges
La cité judiciaire de Limoges © André Abalo
C’est un monde feutré, très discret, dans lequel on ne rentre que très rarement : celui des magistrats. Lors de son arrivée au parquet de Limoges en juin 2019, celui qui venait alors d’être nommé procureur de la République déclarait sur le plateau de France 3 :
 

Avant d’être des techniciens du droit, les magistrats, les procureurs, sont des êtres humains.

Jean Philippe Rivaud, ex-procureur de la République de Limoges – le 24 juin 2019


Jean Philippe Rivaud ne sera resté qu’un an à Limoges. Une situation anormale et très rare dans un parquet. Nous avons tenté de comprendre les raisons de ce passage éclair en Haute-Vienne.
 

Personnalité atypique

L’ex-procureur de la République de Limoges est un professionnel expérimenté. Avant son arrivée en Limousin, il est passé par différents grands tribunaux français avant d’être nommé magistrat de liaison au Brésil. En revenant en France, il a souhaité prendre la direction d’un « parquet de taille départementale et humaine ».

Dès son arrivée, il a montré une personnalité atypique en créant un compte twitter sur lequel il communiquait très librement, quitte à choquer. Il a fini par fermer définitivement ce compte.
 

Souffrance au travail

En janvier 2020, l’inspection des services judiciaire s’est rendue à Limoges pour « un examen  des relations interpersonnelles entre les magistrats du parquet et des risques psychosociaux ». L’ensemble de ces derniers ont été auditionnés.

On peut en conclure que les relations n’étaient pas au beau fixe entre les membres de ce service. Et d’après nos informations, cette situation est bien antérieure à l’arrivée de Jean Philippe Rivaud. Entre claquages de porte ou discussions crispées sur les réseaux sociaux, les anecdotes sont nombreuses.

Jean Philippe Rivaud aurait demandé l’intervention d’un psychologue de la médecine du travail, sans résultat. Le procureur général de Limoges, qui a refusé de s'exprimer dans cet article, ne nous a pas confirmé cette information.

Du côté des avocats, rien n’a réellement transpiré selon le bâtonnier, Frédéric Olivet. Si ce n’est des « audiences rendues très délicates par des arrêts maladie à répétition », symptomatiques d’un mal être.

Le parquet de Limoges est composé de 7 magistrats. Il est arrivé que 4 d’entre eux soient simultanément arrêtés par leur médecin.

Bruno Robinet est l’ancien vice-procureur de Limoges. Il est aujourd’hui avocat général à la cour d’appel. Il relativise ces faits en notant :
 

Il arrive aux magistrats du parquet de travailler 50 à 70 heures par semaine. La magistrature n’échappe pas à la dégradation des conditions de travail. Il n’est donc pas surprenant que des difficultés relationnelles soient venues se greffer à ça.

Bruno Robinet, avocat général à la cour d’appel de Limoges.

Renouveau

La chancellerie a fini par réagir. Sur les 7 parquetiers de Limoges, seuls 2 restent en poste. 3 ont été mutés et 2 ont bénéficié d’une promotion à la cour d’appel.

Un nouveau procureur de la République est arrivé il y a quelques semaines. Baptiste Porcher, 43 ans, était auparavant en poste à Laon, dans l’Aisne.

Les 5 nouveaux substituts du parquet de Limoges sortent de l’école de la magistrature. 2 d’entre eux étaient auparavant avocats.

Quant à Jean Philippe Rivaud, il est aujourd’hui avocat général d’assises à Paris.

 
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