"La course va durer trois heures", les ambulanciers sceptiques face au projet de décret sur les transports sanitaires

Un patient devra partager avec d'autres malades son ambulance ou son taxi sanitaire, selon un projet de décret qui sera publié dans les prochains jours, selon France Info. Un vote du Parlement a eu lieu en automne dernier sur le sujet. La mise en place d'une telle mesure interroge chez les ambulanciers, notamment en zone rurale. Réactions en Limousin.

Des temps de trajet rallongés en ambulance, c'est ce qui pourrait arriver, selon le projet de décret consulté par Franceinfo. L'objectif : permettre à la Sécurité sociale de faire des économies. Le remboursement des transports sanitaires a coûté 5,7 milliards d'euros en 2022, en forte augmentation.

Réactions mitigées

Le partage des transports sanitaires existe déjà en pratique. "Je ne le vois pas forcément d'un mauvais œil, reconnaît Julien Negraud, gérant d'Express Ambulance à Limoges. Ça peut nous arranger : on économise du gasoil, c'est plus écologique. On n'a pas attendu le décret pour le faire, quand c'est possible."

Ce sont les médecins qui fournissent à leurs patients une prescription médicale de transports "donc ça me dérange un peu qu'on tape sur les ambulanciers", avoue Martin Tommy, représentant de la Fédération nationale de mobilité sanitaire (FNMS) en Creuse. 

Une logistique complexe pour les transports sanitaires

Le transport sanitaire nécessite une logistique et une organisation importante. Selon les ambulanciers interrogés, c'est cette organisation qui pourrait être affectée. "Pourquoi nous l'imposer ? On le fait déjà quand c'est possible, se demande Julien Negraud. On est très attentif. On connaît le métier, on sait dans quelles conditions et dans quelles mesures faire du transport simultané. Là, on ne sait pas ce qui risque de nous être imposé."

C'est un ressenti que partage Martin Tommy : "Il faut être efficient. Est-ce qu'on a besoin d'avoir un couteau sous la gorge ? Surtout qu'ils comptent y ajouter des malus pour les patients et peut-être pour les entreprises."

Le décret prévoit un détour de dix kilomètres possible par passager, et dans la limite d'un détour total de 30 kilomètres. "Si on nous demande d'aller d'un bout à une autre d'un CHU, il faut que les patients aient les mêmes horaires, qu'ils finissent en même temps, la médecine n'est pas une science exacte, les retards, ça arrive. Donc, ça me paraît assez compliqué. L'idéal serait d'avoir des salons de sorties, mais les CHU n'en ont pas les moyens", déplore le gérant de l'Express Ambulance.

Problème de la ruralité

S'ajoute à cela la problématique de la ruralité. La Creuse compte un bassin de population âgé, certains avec des troubles cognitifs et physiques, qui impliquent souvent des fauteuils roulants. "Ici, lorsqu'une ambulance est déclenchée, la course va durer trois heures entre le moment où on part de l'entreprise, on récupère le patient, on le dépose à ses soins", détaille le représentant de la FNMS.

Pour récupérer un patient à Aubusson et un autre à Auzances, la durée de transport du premier patient serait rallongée de quinze à trente minutes, selon l'ambulancier. "C'est beaucoup plus compliqué à mettre en place en Creuse".

Enfin, les ambulanciers interrogés insistent sur les effets que pourrait avoir ce transport partagé sur les patients. Le transport sanitaire fait intégralement partie du parcours de soins et pourrait affecter leur moral. "Quand vous sortez de quatre heures de dialyse, vous avez une seule envie, c'est de rentrer chez vous. Ces patients peuvent être à cheval sur les horaires et ça se comprend", souligne Julien Negraud.

"Certains patients créés des liens avec leurs chauffeurs, ça participe à ce parcours de soins et ça joue sur le mental, complète Martin Tommy. Pour un début de maladie, la chimio, par exemple, ça peut être dur mentalement. Il y a un côté humain qui se perd. Il ne faut pas que ce décret se fasse au détriment du patient." 

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