La préfecture de Haute-Vienne nie avoir connaissance de mineurs dormant dans la rue à Limoges

On peut être jeune, scolarisé et dormir à la rue. Dans le centre-ville de Limoges cet hiver, plus de dix enfants dormiraient dehors. Alors que les températures ont avoisiné les 5 degrés ces dernières nuits, ils sont de plus en plus nombreux à ne pas obtenir de places en hébergement d'urgence. La préfecture de la Haute-Vienne dit ne pas avoir connaissance de ces mineurs. Rencontre avec Rabab, 17 ans, sans papiers.

Une jeune femme de 17 ans, scolarisée dans un lycée limougeaud, d'origine algérienne, que nous appellerons Rabab*, passe ses nuits dehors, au pied de la gare de Limoges, avec son frère de 11 ans et ses parents. "Nous n'avons pas d'argent pour payer une maison ou un hôtel. Nous ne dormons pas parce qu'il y a des clochards, des punaises, des cafards. C'est très difficile, il fait très froid la nuit et il n'y a pas de couverture, pas de vêtement chaud", nous raconte Rabab.

Sans travail, sans papiers et sans argent, sa famille qui préfère rester dans l’ombre rêve d’un avenir meilleur. Arrivés en France il y a 8 mois, ils dorment dans un squat avant d'être expulsés. Après huit jours en hébergement d’urgence, ils sont contraints de quitter les lieux.

Les bénévoles alertent sur la situation que conteste la préfecture

Selon l’association Les Autres, 13 mineurs dormiraient dehors en ville. "J’ai rencontré le préfet, il me dit  que le budget n’est pas élastique, mais on ne peut pas laisser les enfants dehors, surtout en ce moment, il fait froid ! Ça a été dit par le président de la République : aucun enfant dehors...", déclare Jean-Pierre Orfèvre, président de l'association Les Autres.

Contactée, la préfecture de la Haute-Vienne n’a pas souhaité être enregistrée pour répondre à nos questions. Par téléphone, celle-ci nie la situation : "L’État n’a pas connaissance de personnes dormant à la rue."

Pourtant, depuis le mois de décembre, des bénévoles alertent les élus et voient la situation empirer. "Notre première mission est l'aide alimentaire aux plus démunis, sauf qu'elle se retrouve depuis deux mois à être dans l'hébergement d'urgence. On se retrouve à devoir aller nourrir des gens qui n'ont pas mangé depuis deux à trois jours, qu'on loge dans des hôtels pour éviter qu'ils dorment dehors" s'insurge Tarik Ali Benali, bénévole de l'association Les Autres. "À part attendre une situation dramatique, notre mission aujourd'hui est d'alerter. Mais rien ne bouge."

"Plus vous créez d'hébergements d’urgence, plus vous faites un appel d’air"

La préfecture assure qu'"au niveau de l’État, on suit de très près cette problématique et l’ensemble de l’hébergement d’urgence. Plus vous en créez, plus vous faites un appel d’air. Notre objectif, c'est de pouvoir fluidifier l'entrée au niveau de cet hébergement d'urgence pour que ces personnes connaissent leur droit, y compris l'aide au retour, car on n'entre pas dans un hébergement d'urgence pour s'y installer pendant des années. Ça permet d'accueillir d'autres personnes."

Une réponse très loin de l’article 3 de la déclaration universelle des droits de l’homme (1948) : "Tout individu a droit à la vie, à la liberté et à la sûreté de sa personne".

À Limoges, ces mineurs sans abri qui ne sont pas hébergés par les services de l’État sont âgés de 24 mois à 17 ans.

*Le prénom a été modifié.

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