Legrand s'explique sur le maintien de son activité en Russie

C'est l'une des plus grandes entreprises françaises. Le groupe Legrand, côté au CAC 40 et dont le siège est à Limoges, maintient toujours sa production en Russie. Là-bas, plus d'un millier de salariés œuvrent encore pour ce spécialiste mondial des infrastructures électriques. Un choix qui soulève quelques interrogations.

La direction du groupe Legrand a confirmé le 16 juin 2022 aux membres de son comité européen d'entreprise qu'elle maintiendrait sa production en Russie, malgré l'invasion de l'Ukraine.

"On nous a dit que la production continue pour le moment parce que le groupe se soucie du travail de ses salariés, des 1300 personnes qui travaillent en Russie," précise Cristina Filipelli, secrétaire du comité européen d'entreprise du groupe Legrand.

À Limoges, au moment de l'ouverture des services du siège de l'entreprise, les salariés rencontrés ne souhaitent, en revanche, pas s'exprimer sur le sujet : "Moi j'en pense rien du tout, parce que je ne suis pas au courant," "je n'ai aucune information au sujet du maintien d'activité," sont les seules réponses que notre équipe parvient à obtenir.

Le maintien de l'activité, mais pas n'importe comment pour la direction

De son côté, la direction explique que si l'activité est maintenue, les nouveaux investissements sont en revanche stoppés en Russie, et que les embargos internationaux sont respectés.

"Concernant la présence de Legrand en Russie, ses activités représentaient en 2021 moins de 2% du chiffre d'affaires du groupe.

Le groupe y a stoppé tout nouvel investissement et respecte très strictement depuis le début du conflit les sanctions et embargos internationaux.

En conséquence, les activités du Groupe dans le pays connaissent une réduction très significative," assure la directrice de communication du groupe.

Interrogé à ce sujet par notre équipe, voici la réponse du ministère de l'économie et des finances : "Bercy ne communique pas sur les cas particuliers. Nous demandons à toutes les entreprises françaises de respecter strictement les sanctions."

Une source interne assure que certaines pièces électroniques ne sont plus fabriquées sur place, par crainte d'un double usage militaire, visé par les sanctions européennes.

"La direction nous a rassurés sur le fait qu'elle n'a pas l'intention ou l'envie de produire des appareils qui peuvent alimenter la guerre," confirme Cristina Filipelli.

Pour le fondateur de l'ONG Sherpa, l'entreprise a une responsabilité morale

Pourtant, de nouveaux investissements ont bien été effectués, avec notamment un nouveau bâtiment dans la ville russe d'Oulianovsk. 

Pour l'avocat William Bourdon, fondateur de l'ONG Sherpa, (qui aujourd'hui ne fait plus partie de l'association), mais qui œuvre toujours pour "une mondialisation plus juste", et qui a initié la procédure visant le cimentier Lafarge en Syrie, cette présence en Russie engage malgré tout la responsabilité de l'entreprise : "On se maintient sur le territoire russe parce qu'on fait comme si de rien n'était, parce que c'est une perte de profit colossale, etc, etc. Et là on endosse non pas une responsabilité juridique, mais on endosse une responsabilité morale, politique, vis à vis des consommateurs et vis à vis des actionnaires," argumente l'avocat.

Depuis l'invasion de l'Ukraine, les responsables syndicaux du groupe - en France et en Italie - expliquent n'avoir eu aucun contact avec les 1300 salariés travaillant en Russie.

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