Limoges CSP : on vous explique pourquoi l'ouverture du capital du club semble être une impossible équation pour Céline Forte

Le maire de Limoges, Emile Roger Lombertie, a fixé un ultimatum à la présidente du conseil de surveillance de la SASP Limoges CSP et propriétaire, Céline Forte, pour l'obliger à ouvrir le capital du club "à hauteur minimum de 1 million d'euros" sous peine de ne pas recevoir les 400.000 euros de subventions municipales encore prévues d'ici au mois d'avril. Mais cette ouverture de capital pourrait signifier pour Céline Forte une perte de contrôle du club qu'elle a repris en 2019.

En ce jour de Saint-Valentin, l'histoire d'amour entre le maire de Limoges et la propriétaire du Limoges CSP a semblé virer à la procédure de divorce.

En lui imposant d'ouvrir le capital du club à de nouveaux actionnaires, sous peine de non-versement du reste de la subvention annuelle d'environ 400.000 euros, Emile Roger Lombertie semble bien décidé à contraindre Céline Forte à lâcher les commandes.

Un risque de dépôt de bilan

Déjà en proie à des déficits répétés ces trois dernières années, le club risque en effet, selon un ancien membre de la direction, "de devoir déposer le bilan, faute de trésorerie, sans la subvention municipale, avant la fin de la saison, en raison des salaires et des charges, mais aussi des différentes factures des fournisseurs à honorer, et cette procédure pourrait conduire le club à la liquidation et à la relégation en Nationale 3". 

Même si Sylvie Rozette, maire adjointe en charge de sports, précise que "le versement de la seconde moitié de la subvention n'est prévue qu'au mois d'avril, et qu'il n'y a donc pas de risque immédiat", la menace du maire de Limoges n'est donc pas à prendre à la légère et semble contraindre la propriétaire à faire ce qu'elle a toujours refusé depuis sa prise de contrôle : laisser entrer de nouveaux actionnaires au risque de perdre le pouvoir.

Car aujourd'hui, Céline Forte contrôle le capital du club, grâce à ses parts en son nom propre, et à celles des membres de sa famille.

Un capital de 1,154 million d'euros

Le capital de la SASP Limoges CSP est aujourd'hui de 1.154.000 euros, et il se divise en 11.540 actions de 100 euros.

Selon les données du registre national du commerce, Céline Forte en détient 28,29%, le reste se partageant entre plusieurs membres de sa famille, ses filles, son frère et son père.

À l’origine de la création de la SASP, début 2007, par Frédéric Forte, après l'accession du club en Pro B, le capital n'était que de 354.000 euros, détenu à 95% par lui-même, à la fois en son nom personnel et par le biais de l'association Limoges CSP Elite, crée par lui de toutes pièces pour justement "avoir un contrôle total et une pleine propriété de l'équipe première", selon un ancien cadre du club.

Le 11 juillet 2022, au cours d'une assemblée générale extraordinaire, le capital de la SASP a été augmenté une première fois de 200.000 euros, par l'intermédiaire de l'achat d'actions par le père de Céline Forte.

Une augmentation de capital de 600.000 euros en juin 2023

Et lors d'une nouvelle assemblée générale, une nouvelle augmentation de capital de 600.000 euros a été réalisée le 16 juin dernier, portant le capital à son montant actuel.

Selon, notre confrère du Populaire du Centre (édition du 20 janvier), cette somme a été financée à hauteur de 300.000 euros par l'intermédiaire de l'association Limoges CSP Elite détenue en quasi-totalité par Céline Forte, par des membres de sa famille et de nouveaux actionnaires privés déjà partenaires commerciaux du club et proches du directeur commercial Guillaume Lanave.

Selon un ancien dirigeant du club, "ces recapitalisations effectuées par la famille Forte n'ont servi qu'à injecter de l'argent frais dans la comptabilité du club, afin de couvrir les déficits d'exploitation et boucher les trous des deux dernières années, mais elles n'ont pas servi à construire ou à renforcer le projet à long terme".

"Céline Forte ne veut pas partager le pouvoir"

En juin dernier, avant cette dernière recapitalisation, Céline Forte, par l'intermédiaire de son gendre Guillaume Lanave, avait refusé une offre d'un montant équivalent portée par l'ancien dirigeant du club André Sardain, avec un panel de chefs d'entreprise locaux, ce qui l'avait conduit à déclarer sur l'antenne de France Bleu Limousin : "Céline Forte ne veut pas renoncer à sa toute-puissance, mais la situation dans laquelle elle se trouve aujourd'hui est tout ce qu'elle mérite".

Contacté aujourd'hui, André Sardain semble très perplexe sur cette ouverture de capital exigée par la mairie : "Céline Forte ne veut pas partager le pouvoir alors qu'elle a pourtant fait la démonstration de son incompétence dans la gestion des finances et des hommes, et aucun repreneur ne voudra s'engager sans connaître la situation financière du club et l'ampleur du déficit. Le club ne vaut rien et la vente du capital par Céline Forte et sa famille est donc impossible, personne ne voudra payer pour racheter ses actions. Et l'apport de nouveaux investisseurs ne pourra se faire qu'à la condition qu'ils prennent le contrôle".

Trouver des actionnaires alliés

En déclarant hier à la sortie du bureau du maire, "j'ai déjà anticipé une ouverture du capital, et je lui ai confirmé que le capital sera ouvert", Céline Forte a semblé prête à faire entrer de nouveaux investisseurs, à condition sans doute qu'ils soient ses alliés et qu'ils ne l'obligent pas à passer la main.

Car le CSP n'est pas condamné à perdre de l'argent. Un ancien dirigeant affirme qu'en 2015, l'année du dernier titre de champion de France, "le CSP a dégagé un résultat net de 800.000 euros et Frédéric Forte disposait alors de 1,8 million d'euros d'actifs".

"Le risque, c'est de tout perdre, l'argent et le club"

Pour un fin connaisseur de l'histoire du CSP, "la seule solution pour Céline Forte serait de rétablir, sur les deux ou trois prochaines saisons, une situation financière positive, afin de ne pas perdre tout l'argent investi par elle-même, ses filles et sa famille. Mais la situation est devenue tellement intenable, et le déficit cumulé en trois ans dépassant maintenant les 2 millions d'euros avec en plus 750.000 euros de prêt garanti par l'état pendant le Covid à rembourser d'ici à 2027, que cette option semble désormais écartée, et le risque aujourd'hui, c'est de tout perdre, l'argent et le club".

En ce début 2024, Céline Forte, présentée comme la "sauveuse" du club à son retour en mai 2019, dix-huit mois après la mort de son ex-mari, semble rejetée par tout le peuple de Beaublanc, en raison de son "mutisme suicidaire", selon un ancien dirigeant qui ajoute : "Céline Forte n'a pas à démontrer son attachement viscéral à ce club, mais elle paye aujourd'hui de ne pas avoir su communiquer et de s'être retranchée dans un silence qui confine au mépris alors qu'elle promettait d'écrire une nouvelle page de l'histoire du club. Pour vendre le CSP à de nouveaux investisseurs, il est indispensable de changer de discours et de retrouver le lien avec le cœur de Beaublanc".

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