Limoges : Le poète Christian Viguié, lauréat du Prix Mallarmé a encore du mal à réaliser

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Écrit par Cécile Descubes, avec Nassuf Djailani

C'est un grand poète, aussi grand que discret qui va recevoir à l'occasion de la Foire du Livre de Brive, le prix Mallarmé. Un prix que l'on peut comparer au Goncourt, mais pour la poésie. Il s'appelle Christian Viguié, et s'il est originaire de l'Aveyron, il vit en Limousin depuis plus de 20 ans.

 

Le prix Mallarmé, c'est le Graal des poètes. Après une quarantaine d'ouvrages, il vient d'arriver dans la vie de Christian Viguié, auteur à la fois discret et prolifique.

« Honnêtement, je suis très heureux de l’avoir, confie ému Christian Viguié, et en même temps, je suis surpris, je ne réalise pas trop encore. »

Damages est le nom de son recueil primé. Dans ce livre, qui n'est pas le dernier publié, il parle beaucoup de la perte, des absents, de l'amour, de la mort. Celle de ses parents en particulier. Il parle aussi de l'étrangeté de l'absence, et d'une communication sans barrières. 

« Les morts parlent autant que les vivants. Ils parlent beaucoup plus. Si vous êtes devant quelqu’un que vous aimez, que ce soit les parents, votre compagne, votre compagnon, souvent je me rends compte qu’on ne dit pas tout. Et il semblerait qu’avec les morts, on a envie de se dire tout. C’est le paradoxe ».

(…)

Maintenant, tu vis avec le monde du dehors, Avec le vent, avec les pommes accrochées à l’arbre, Avec ce chemin qui monte et descend, sans la leçon que donnent les mots,

Christian Viguié, extrait de Damages, éditions Rougerie.

Entre Eluard et Neruda, philosophie, poésie, littérature, entre des millions de pages lues, cet instituteur fraîchement retraité passe du temps dans son antre, le sous-sol de sa maison à Condat. C'est là qu'il a écrit la plupart de ses ouvrages. Et pour la poésie, c'est toujours sur des petits papiers ou des carnets. Quand on lui demande, qu'elle est la définition de la poésie pour lui ? Sa réponse fuse, comme un poème.

« La poésie est une émotion têtue. La poésie nous permet de perdurer avec cette émotion-là. Et l’émotion est toujours intelligente. »

Quand ils se rencontrent avec son éditeur, ils tombent dans les bras l’un l’autre, une joie d’autant plus grande que le lauréat a tenu à la partager avec son éditeur.

Christian Viguié est publié aux éditions Rougerie, à Mortemart, un des plus prestigieux éditeurs français de poésie. Depuis que le nom du prix Mallarmé 2021 est connu, Olivier Rougerie ne chôme pas. L'éditeur sait qu'il va devoir refaire des tirages.

Avec la remise du Prix Mallarmé à l'occasion de la Foire de Brive, il confie : « On va trouver des curieux, des gens lettrés, des gens qui s’intéressent à la poésie, qui vont y être sensibles et qui seraient peut-être passés à côté de ce livre-là, et le prix va donner un peu de notoriété, et ça c’est formidable ».

Olivier Rougerie qui a pris la suite de son père, René sur ces subjuguantes machines anciennes, à commencer par exemple par sa vieille rotative avec du plomb qui laisse sa trace dans chaque page, donne du corps à la poésie vivante. Celle que défend depuis 61 ans Christian Viguié, l'enfant d'ouvriers né à Decazeville.