Limousin : toujours dans l'incertitude, les forains ne sont pas à la fête

Pas un mot pour eux, dans l'allocution du chef de l'Etat, mardi 24 novembre. Les forains, condamnés à l'inactivité, se sentent oubliés et peinent à retrouver espoir au milieu de l'incertitude ambiance : y aura-t-il une fête foraine à Limoge en décembre? Leur activité pourra-t-elle reprendre en 2021?
À Saint-Priest-Taurion en Haute-Vienne, le camion confiserie de Laurent Cholet est à l'arrêt
À Saint-Priest-Taurion en Haute-Vienne, le camion confiserie de Laurent Cholet est à l'arrêt © Martial Codet-Boisse / FTV
Lapin, pêche au canard, queue de Mickey ont été remisés. Depuis plus de 30 ans, leur manège pour enfants était installé à demeure, à Limoges. Il y a un mois, Florence et Marc Méry ont dû le démonter une nouvelle fois. Aujourd'hui, reste l'entretien de la structure, mais plus aucune rentrée d'argent.

"Ça va être compliqué, on a des aides de l’Etat, mais l’Ursaff, etc. Tout s’accumule, comment on va payer ?" se demande Florence Méry. Comment payer alors que depuis huit mois, fêtes foraines, comités d'entreprises, arbres de Noël s'annulent en cascade ? Le coup de pouce de l'Etat, Florence n'en veut pas. Elle veut juste continuer à travailler, et elle reste convaincue que c'est possible.  
 

Quand on a ouvert au mois de mai, on nous a dit 10 personnes, nettoyage à chaque descente, on lavait les mains des enfants, j’ai fait ça jusqu’en juillet. La queue de Mickey a été enlevée, et remplacée par une queue en plastique, que je nettoyais. J’ai dû trouver un système parce que c’était trop important pour les enfants, c’est le trophée du manège.

Florence Méry, foraine


L'inactivité forcée devient pesante à la longue : "On attend, c’est lourd, il faut être bien entourés. On nous empêche de travailler, mais nous on ne sait faire que ça." Un sentiment partagé par beaucoup de ses collègues, fébriles à l'idée de ne rien pouvoir faire.
 

Je viens de payer 15.000 euros d’assurance pour mon manège, l’Etat m’a fait un prêt, mais il faudra que je rembourse l’année prochaine, plus mes charges qui ont été repoussées aussi.

Jefferson Bouillon, fédération des forains de France

Peu d'espoirs pour la fête foraine de Limoges


À Saint-Priest-Taurion, en Haute-Vienne, le camion confiserie de Laurent Cholet est lui aussi à l'arrêt. Cette activité familiale transmise de père en fils depuis 1865 a pu limiter la casse pendant la crise sanitaire, contrairement à d'autres forains. "Les municipalités m’ont permis de m’installer sur les places publiques pour ouvrir comme un magasin. Ce que mes collègues ne peuvent pas faire avec des manèges et des pêches aux canards", raconte-t-il.

Cet été, certains forains ont en effet pu travailler, note Jefferson Bouillon, responsable à la fédération des forains de France. "Mais beaucoup de petites fêtes foraines ont été fermées par les communes, parce que ça coûte de l’argent de les maintenir avec un protocole sanitaire".

Dans son allocution, mardi 24 novembre, Emmanuel Macron a annoncé que les parcs d'attraction resteront fermés pour les fêtes. Peu d'espoir pour les fêtes foraines, mais la profession espère quand même que celle de Limoges aura lieu mi-décembre, sans se faire trop d'illusion. "On a proposé un protocole sanitaire stricte avec à l’entrée un comptage, du gel hydroalcoolique, avec une entrée et deux sorties, un sas de désinfection, et une prise de température, pour assurer une sécurité sanitaire maximum sur cette fête foraine, et pour qu’elle puisse avoir lieu", explique Jefferson Bouillon.
 
Les forains ont demandé un rendez-vous au préfet afin d'éclaircir leur situation, alors qu'ils sont toujours dans l'incertitude.
 

On n’a pas été reçu par l’Etat, contrairement aux commerçants et aux stations de ski, pour savoir si et quand on allait pouvoir retravailler. Le mois de décembre et les fêtes de Noël, c'est précieux pour nous. Ce qu’on demande c’est qu’on nous concerte pour trouver des solutions. On ne peut pas repasser une année comme celle-là, ça serait une catastrophe économique pour nos entreprises, et surtout la perte de nos entreprises.

Jefferson Bouillon, fédération des forains de France

Continuer de vendre du rêve


De son côté, Florence Méry espère juste que son manège enchanté et les autres attractions, vrais témoins de notre culture populaire, pourront bientôt pouvoir s'illuminer de nouveau. "Mon fils, c'est la sixième génération de forains de la famille. Et on a des gens qui reviennent sur plusieurs générations dans nos manèges. Dans chaque famille, il y a quelqu’un qui se souvient d’un manège, le manège de son enfance, et ça, c’est gravé à vie dans la tête. C’est la vie, c'est notre vie."
 
Laurent Cholet ne sait pas quand ses néons pourront briller de nouveau
Laurent Cholet ne sait pas quand ses néons pourront briller de nouveau © FTV

Pour elle, les forains sont les oubliés de la crise : "On parle du cinéma qui est fermé, du théâtre, mais on fait partie d’un patrimoine aussi, qu’on le veuille ou non. Si vous avez très peu d’argent, rien que de vous promener dans une fête, vous yeux brillent. Un tour de manège ça fait plaisir à tout le monde, c’est du rêve. Le rêve aujourd’hui, c’est travail-maison."

Rouvrir oui, mais rouvrir et travailler normalement, afin de compenser les pertes économiques, c'est autre chose, ajoute le représentant de la FFF. "On ne sait pas quand on pourra recommencer à travailler normalement. Je fais les férias de Dax, Bayonne... C’est un million de personnes en cinq jours, donc on sait que ça va être compliqué d'arriver à ces chiffres en 2021." Laurent Cholet voit déjà des fêtes et des carnavasl qui s’annulent en 2021. "On se demande ce qu’on va devenir", souffle-t-il, à deux doigts de perdre son "éternel optimisme". 
 
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