Nouvelle école vétérinaire à Limoges : quels enjeux pour la région ?

L’annonce avait été faite en février par le président de région Alain Rousset. Alors qu’un nouveau campus dédié aux formations sanitaires va voir le jour à Limoges, une école vétérinaire pourrait bientôt s’y ajouter, alors que la profession perd des effectifs en Limousin.
 
La profession perd régulièrement des effectifs dans les campagnes du Limousin (illustration).
La profession perd régulièrement des effectifs dans les campagnes du Limousin (illustration). © PHOTOPQR/LA MONTAGNE/MAXPPP
"Je veux créer une école vétérinaire en Nouvelle-Aquitaine. Plus précisément à Limoges." Cette annonce d’Alain Rousset le 26 février dernier lors du salon de l’agriculture à Paris n’est pas passée inaperçue.

Le président de la Nouvelle-Aquitaine précise ensuite sa pensée : "Nous avons un vrai problème aujourd’hui devant le manque de vétérinaires pour les animaux de ferme. J’en ai informé le ministère de l’Agriculture. Je souhaite que cette école soit installée à Limoges ou au Pôle de Lanaud (à Boisseuil) pour qu’elle soit en adéquation avec le monde rural."
 

Où en est-on ?


Selon le cabinet du président Alain Rousset, le projet est en cours, mais il est encore trop tôt pour en dire plus. 

François Vincent, conseiller régional de la majorité, précise un peu : dans un premier temps, Limoges pourrait accueillir des étudiants de 3ème cycle, des élèves qui sont donc en spécialisation ou dans des démarches de recherche. Dans un second temps, avec un nouveau bâtiment, Limoges pourrait accueillir l'ensemble de la formation.
Mais selon l'élu, il faudra attendre un peu : "pour faire une école vétérinaire, il faut trouver des enseignants. Ce montage-là prend au moins deux ou trois ans."

Reste à obtenir le feu vert du ministère de l’Agriculture qui nous répond aujourd’hui : "Nous sommes effectivement au courant du projet porté par Alain Rousset. A ce stade, cette réflexion doit être intégrée dans une réflexion plus ample sur la formation vétérinaire en France, qui est en cours."
 

Est-ce qu’il y a un besoin ?


Selon l’Ordre des vétérinaires, en 2016, il y avait 317 vétérinaires en Limousin. En 2020, il y en a 327.
10 de plus, et seule la Creuse a connu une légère baisse.

Mais il y a des vétérinaires plutôt spécialisés dans les animaux de compagnie, et d’autres dans les animaux dits "de rente" ; c’est l’élevage.
Le problème vient de la seconde catégorie. En 2016, on est à 160 pour le Limousin. En 2020, c'est 142.
18 de moins, seule la Corrèze connaît une légère augmentation.

Le but d’une nouvelle école serait donc d’avoir plus de jeunes vétérinaires dans les campagnes.
 

Est-ce que ça va marcher ?


Les avis divergent…

Pour le député-agriculteur de Creuse Jean-Baptiste Moreau, une école vétérinaire en Limousin serait une solution : "Former d’avantage de vétérinaires ruraux pourrait permettre de les fixer sur le territoire."

Mais chez les vétérinaires, on sent un peu moins d'enthousiasme.

Matthieu Mouron, président régional de l'Ordre des vétérinaires, explique : "A mon sens, ce n’est pas parce-qu’on est à Limoges, à Tulle ou à Clermont qu’il y aura plus de vétérinaires en milieu rural."
Selon lui, les difficultés sont nombreuses et vont au delà de la formation : "Vous avez les problématiques du monde agricole, la baisse du nombre d'exploitations, les infrastructures routières en mauvais état, la question de l'activité des conjoints..." 

Yannick Boutin, du Syndicat national des vétérinaires d’exercice libéral, partage cette position : "Ce n’est pas parce qu’on forme plus de vétérinaires qu’il y a plus de vétérinaires dans les endroits désertés. C’est difficile de faire installer les jeunes, économiquement ce n’est pas viable. Il faut tout repenser."
 

Y a-t-il un autre enjeu ?


Oui, et c’est François Vincent qui le met en avant : il est aussi universitaire, et son vœu, c’est la création d'un véritable campus de la santé humaine, animale et environnementale. 

On l’a vu avec la crise de la Covid ou de la grippe aviaire, la santé animale et la santé de l’homme sont très liées. L’idée serait de mettre en commun des enseignements de base, mais aussi des programmes de recherche.

Avec un intérêt pour l’élevage, et pour l’homme.
 
Quatre écoles nationales forment actuellement des étudiants vétérinaires
- l’École nationale vétérinaire, agroalimentaire et de l’alimentation de Nantes-Atlantique (Oniris),
- l’École nationale vétérinaire d’Alfort,
- l’École nationale vétérinaire de Toulouse,
- l’Institut d’enseignement supérieur et de recherche en alimentation, santé animale, sciences agronomiques et de l’environnement (VetAgro Sup, à Lyon).
 
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