Prisons en Limousin : une surpopulation carcérale chronique et alarmante

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Écrit par Charles Lemercier
La maison d'arrêt de Limoges est engorgée. 14 détenus dorment sur un matelas à même le sol.
La maison d'arrêt de Limoges est engorgée. 14 détenus dorment sur un matelas à même le sol. © France 3 Limousin

La crise sanitaire laisse à penser que les prisons ont été soulagées. Mais la surpopulation carcérale est toujours d'actualité. Limoges et Tulle font partie des maisons d’arrêts les plus engorgées de Nouvelle-Aquitaine.

En Limousin, il y a trois maisons d’arrêt : Limoges, Tulle et Guéret. Elles comptent à elles trois 162 places, hommes et femmes confondus. Pour les peines supérieures à deux ans, les détenus sont incarcérés à Uzerche. Sa capacité réelle est actuellement de 414 places, selon le ministère de la Justice.

La crise sanitaire, un trompe l’œil

Si les prisons ont été un peu soulagées avec des remises de peine pendant les confinements, la surpopulation carcérale n’a pas disparu. Elle retrouve son niveau d’avant crise sanitaire, s’inquiète l’Observatoire international des prisons (OPI). Un niveau plus que critique et alarmant.

Nous sommes là car nous avons fait des bêtises, on assume. Mais on pourrait avoir de meilleures conditions de vie.

Un détenu de la maison d’arrêt de Limoges

Limoges affiche l’un des taux d’occupation les plus élevés de la Nouvelle-Aquitaine. En octobre dernier, 147 personnes étaient détenues pour 83 places (177 % d'occupation), hommes et femmes confondus. Chez les hommes, il y a un régulièrement deux détenus pour une place. Or, pendant la crise sanitaire, en juillet 2020, il y avait environ 1,5 détenu pour une place.

Toutefois, la baisse de la population carcérale décidée par l’exécutif lors du premier confinement a permis d’éviter la création de trop nombreux foyers de contamination, rappelle le contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL).

Lorsqu’on regarde dans le rétro, la CPLGL note déjà en 2011 une "surpopulation chronique" à Limoges mais elle n’est pas au niveau actuel. Selon les syndicats, des cellules étaient inoccupées il y a dix ans. Aujourd’hui, elles peuvent accueillir – ou plutôt contenir - trois détenus dans 7,5 mètres carrés. 14 personnes dorment sur un matelas par terre. Des conditions évidemment propices aux violences entre détenus et envers les gardiens. Un infirmier de la maison d’arrêt alerte avant tout sur l’état psychique de certains détenus. Un détenu sur deux a un traitement psychiatrique. "Cela va du simple somnifère à des traitements beaucoup plus lourd", précise-t-il.

"Face à l’insalubrité, face à la surpopulation carcérale et avec la volonté des élus locaux", la députée haut-viennoise, Marie-Ange Magne (LREM) pousse pour faire sortir de terre une nouvelle prison à Limoges.

Le 6 avril dernier, elle a alerté le ministre de la Justice le 6 avril 2021 sur l’état de la maison d’arrêt, datant de 1856. La ministre Brigitte Klinkert lui répondait en l’absence d’Eric Dupont-Moretti :

Le ministère de la Justice n’a pas identifié de priorité dans la Haute-Vienne à moyen terme mais des travaux ont été réalisés : la cuisine a été rénovée en 2015, les douches en 2016, 2018 et 2020 et les fenêtres du quartier disciplinaire en 2020. En tout, depuis 2018, ce sont 130 000 euros de travaux qui ont été réalisés.

Brigitte Klinkert, ministre, à l’Assemblée, le 6 avril 2021

La volonté ne fait pas tout. Plutôt que de construire un nouvel établissement à Limoges, le ministère de la Justice souhaite transférer les détenus limougeauds à partir de 2023 dans la nouvelle prison de Bordeaux-Gradignan. "Si Limoges devait être délocalisée, le maintien des liens familiaux deviendrait problématique", s’inquiète l’antenne sud-ouest de l’OIP.

D’autant que c’est l’avantage des prisons comme Limoges et Guéret. Parce qu’elles sont anciennes, elles sont situées en centre-ville et sont accessibles. "Le revers, c’est que les prisons anciennes sont souvent vétustes", constate l’OIP.

Quelles solutions face à la surpopulation carcérale ?

Pour mettre fin aux conditions inhumaines de détention, pour lesquelles la France a été condamnée par la Cour européenne des Droits de l’Homme début 2020, le directeur de l’administration pénitentiaire, Laurent Ridel avance plusieurs pistes :

  • Construire de nouveaux établissements pénitentiaires
  • Remplir les quartiers de semi-liberté et les centres de détention

Les centres de détention sont rarement occupés. A Uzerche par exemple, le taux d’occupation varie autour de 90 %. Si cette proposition devenait réalité, "il faudrait mettre des lits superposés car les chambres sont individuelles jusqu’ici et à l’évidence, cela amènerait des tensions, estime Raphaël Paulin, responsable syndical SPF. Je ne me vois pas annoncer à un détenu habitué à être seul qu’il partagera sa chambre."

Deux tiers de récidive en milieu fermé

L’Observatoire international des prisons, lui, rejette cette vision. L’organisme plaide pour des peines en milieu ouvert : "Le budget du ministère de l’Intérieur est phagocyté par la construction de nouvelles prisons. Cet argent devrait être consacré à la rénovation des établissements existants et au développement des peines en milieu ouvert."

Même le ministre de la Justice soulignait en 2014 que les peines en milieu ouvert réduisaient le risque de récidive. En effet, 63 % des personnes condamnées à une peine de prison ferme sont recondamnés dans les cinq ans, d’après une enquête parue dans les Cahiers d’Études Pénitentiaires et Criminologiques en 2011. Un constat ressenti sur le terrain. « Les détenus sont libérés pendant le covid mais nous revoyons les mêmes têtes revenir », déplore le syndicat SPF.

Uzerche panse ses plaies

La crise sanitaire a été révélatrice du quotidien des détenus français. Lors du premier confinement, une violente mutinerie a éclaté le 22 mars 2020 au centre de détention d’Uzerche. Depuis, il retrouve peu à peu ses anciens locaux. Des deux bâtiments saccagés, le plus grand a été remis en service au printemps, l’autre a rouvert partiellement. Il ne reste que deux étages en travaux. Le montant des dégâts s’élevait à 2,7 millions d’euros.

Nous aurions pu repartir plus forts après la mutinerie. Mais la direction a rempli les bâtiments en se disant qu’elle verrait plus tard. Le problème, c’est que les détenus ne sont pas répartis comme il faut.

Raphaël Paulin, responsable syndical SPF

En clair, le grand bâtiment remis à neuf permet, selon les syndicats, aux détenus les plus virulents de circuler tandis que les plus vulnérables sont enfermés au premier niveau, pour leur sécurité. Or, les syndicats proposaient l’inverse. Sollicitée, la direction n’a pu répondre à nos questions. De son côté, le personnel pénitentiaire ne se sent écouté "qu’à moitié" et a "le moral en berne", face aux changements de planning depuis un an.

Si la surpopulation carcérale ne touche pas le centre de détention, la situation s’est toutefois tendue en février à cause des inondations en Charente-Maritime. 70 détenus de la prison de Saintes ont été transférés au centre corrézien. Il a donc dépassé sa capacité de remplissage car certains bâtiments étaient encore en travaux.

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