Procès du crash du Rio-Paris : "c'était mon seul frère et, en un instant, on devient fils unique" : le frère d'une victime de Haute-Vienne témoigne

Publié le Mis à jour le
Écrit par Isabelle Rio

Le procès du crash du vol Rio-Paris en 2009 se poursuit au tribunal judiciaire de Paris. Après six semaines de procès, la parole est enfin donnée aux proches des victimes. Ce 24 novembre 2022, Philippe Linguet a témoigné, au nom des siens, du manque laissé par son frère, Pascal, depuis le 1er juin 2009. Une douleur toujours vive, au coeur de laquelle s'est immiscée la colère contre les représentants d'Airbus et d'Air France.

Ce jeudi, le procès d’Air France et d’Airbus pour "homicides involontaires" se poursuit au tribunal correctionnel de Paris. Plus de treize années après l’accident du vol Rio-Paris, qui a fait 228 victimes, la blessure est toujours ouverte dans le cœur des familles. Des destins brisés que viennent raconter à la barre les proches des femmes, des hommes, des enfants morts dans la carlingue du vol AF 447, quand il s'est abîmé en mer vers 2h du matin ce 1er juin 2009.

A son tour, Philippe Linguet est venu confier tout le vide laissé par son frère aîné, Pascal, qui était aussi un fils et un père. 

Au micro de notre équipe, Isabelle Rio et Capucine Laulanet, il détaille ses attentes et ses appréhensions vis-à-vis de ce procès. 

Un instant et tout bascule...

Pascal Linguet venait d'avoir 48 ans. Les deux frères n'avaient que 17 mois d'écart. Leur enfance heureuse à Reims, en Champagne, avait tissé ce lien fraternel, autour duquel la vie se fait douce et insouciante. Après une première carrière dans la banque, il était arrivé en Limousin, au service de la société d'équipements électriques CGED à Limoges. Installé à Rilhac-Rancon, en Haute-Vienne, avec son épouse et leurs deux fils, il encadrait les groupes de commerciaux de la société. Après un séjour à RIO, il embarque ainsi ce 1er juin 2009 avec neuf d'entre eux, accompagnés de leurs conjoints, pour le vol retour RIO-PARIS. 

Mais quelques heures après le décollage, l'avion traverse des turbulences dues à un orage. Le gel à cette altitude fait givrer un instant les trois sondes pitot à l'extérieur. Une situation qui provoque une panne des instruments de mesure notamment de vitesse. Les deux boîtes noires retrouvées à 3900m au fond de l'atlantique ont permis l'analyse des paramètres de vol et l'écoute des 4mn 30 d'échanges entre les copilotes et le commandant de bord avant de sombrer. Une réalité remplie d'effroi et d'incompréhension face à six alarmes qui se sont déclenchées, à un pilote automatique désengagé et des mesures qui leur arrivent erronées.

"Pour trois sondes pitot non changées, 228 vies ont été sacrifiées. Pour trois sondes pitot non changées, mes parents ont connu le pire, perdre un enfant. Pour trois sondes pitot non changées, mes neveux, Florian et Thibault, ont dû grandir sans leur guide, leur pilier, leur père" confie Philippe Linguet à la Présidente du tribunal, la voix étreinte par l'émotion.

C'est l'accident le plus meurtrier de l'histoire de la compagnie aérienne.

228 victimes... oubliées

"Aujourd'hui, il faut mettre de l'humain au cours de ce procès", témoigne Philippe Linguet. Devenu vice-président de l'association "Entraide et solidarité AF 447", il souligne que depuis l'ouverture du procès le 10 octobre dernier, tous dans la salle d'audience ont assisté aux batailles d'experts, des échanges techniques au jargon aéronautique, souvent difficilement compréhensible pour les familles.

"Il ne faut pas oublier que, dans cet avion, il y avait 228 hommes, femmes, enfants, nous sommes là désormais pour parler de ces 228 oubliés", souligne t-il."On est là pour parler d'eux, de leur histoire, pourquoi ils étaient dans cet avion et pourquoi ils nous manquent aujourd'hui".

Un besoin de témoigner mais également de faire entendre la colère ressentie aujourd'hui par toutes les familles, à l'encontre des représentants du constructeur et de la compagnie aérienne : "Leur absence, leur silence, leur manque d'empathie, leur arrogance, pour nous c'est quelque chose de difficile à vivre."

"C'était mon seul frère et en un instant, on devient fils unique"

"Je viens parler au nom de mes parents, au nom de mes deux neveux et bien sûr de mon frère disparu".

Il est venu évoquer la vie de son frère et tout ce qu'il a fait avant cet accident : sa vie professionnelle, ses passions, quelques anecdotes ... "Je vais parler de l'avant et de l'après 1er juin 2009. Ce que l'on faisait avant cette date et ce que l'on ne fait plus. C'était mon seul frère et en un instant, on devient fils unique", raconte avec pudeur Philippe Linguet.

À la barre, l'homme demande au tribunal que ce procès soit équitable, digne, transparent, pour comprendre pourquoi toutes ces familles sont endeuillées. Un devoir de mémoire et de vérité que celles et ceux qui y sont restés sont en droit d'attendre. Aujourd'hui, ce procès s'inscrit dans un combat pour la sécurité aérienne "dans le monde, par an, il y a trois milliards de personnes qui prennent l'avion. Alors si on peut, malheureusement à cause de cet accident, améliorer la sécurité aérienne, nous aurons fait quelque chose d'utile", exprime le frère de la victime Pascal Linguet.

Les sociétés Airbus et Air France encourent chacune une peine d'amende si elles sont reconnues coupables d'homicides involontaires, d'un montant de 225.000€. Les réquisitions du Procureur de la République sont attendues le 7 décembre prochain, les plaidoiries de leurs avocats suivront. La fin du procès est prévue le 8 décembre. Le jugement sera mis en délibéré plusieurs semaines.

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