Procès Séréna : l'avocat général requiert 10 ans d’emprisonnement

Dernier jour du procès en appel Séréna ce mercredi matin aux Assises de la Haute-Vienne / © Isabelle Rio- France 3 Limousin
Dernier jour du procès en appel Séréna ce mercredi matin aux Assises de la Haute-Vienne / © Isabelle Rio- France 3 Limousin

Ce mercredi 16 octobre est le 8e et dernier jour du procès de Rosa Maria Da Cruz pour avoir dissimulé et privé de soins son enfant depuis sa naissance pendant 23 mois, la petite Séréna. L'avocat général, Claude Derens, a requis "pas moins de 10 ans" d'emprisonnement.

Par Emma Derome, Isabelle Rio

Dix ans d'emprisonnement dont cinq avec obligation de soins. Telles sont les réquisitions de l'avocat général dans le procès en appel de la mère de la petite Séréna, Rosa Maria Da Cruz.

Ce mercredi 16 octobre, la salle de la Cour d'assises de la Haute-Vienne était bondée pour entendre la prise de parole du magistrat et assister à l'ultime journée de ce procès hors normes.

Mme Da Cruz est jugée pour violences volontaires ayant entraîné une infirmité permanente sur sa fille Séréna, retrouvée par des garagistes dans le coffre de la voiture familiale en 2013, son existence ayant été cachée pendant les 23 premiers mois de sa naissance.

La Cour d'assises de la Corrèze avait condamné l'accusée en première instance à 5 ans d'emprisonnement dont 3 ans avec sursis, en 2018. Le parquet général, qui avait requis 8 ans d'emprisonnement, avait fait appel de ce verdict.

L'avocat général, Claude Derens, a commencé son réquisitoire en s'adressant aux jurés :

Une peine demande l'exemplarité. Une peine doit avoir du sens, si elle n'est qu'un succédané de peine, elle n'a pas de sens.


Il a invité la Cour à sanctionner "plus lourdement" qu'en première instance, "parce que Séréna est détruite, vous ne pouvez pas la (sa mère) laisser repartir avec un blanc-seing", a-t-il asséné. Selon lui, Mme Da Cruz a utilisé des "stratégies d'évitement" tout le long du procès, et "se retranche derrière son impossibilité à nommer les choses".

Une enfant "sauvage", "infirme"

Il a par ailleurs souligné à quel point la privation sensorielle imposée par sa mère avait affecté Séréna, reprenant les éléments présentés lundi matin, notamment les images de la petite fille d'aujourd'hui 8 ans, qui présente un développement cognitif d'une enfant de 3 ans. "Séréna est handicapée à vie, elle est infirme, définitivement emmurée dans son silence", a-t-il insisté.

Je suis, au nom de la société (...) davantage sensibilisé par l'enfant sauvage que par celui qui l'a rendu sauvage. 

Il a dénoncé la violence qui représentait l'enfermement de l'enfant, estimant qu'il ne fallait pas cantonner ce dossier "à la notion déresponsabilisante du déni de grossesse", rappelant qu'aucun trouble du comportement n'avait été détecté par les experts chez Mme Da Cruz.

La Cour s'est en effet penchée longuement sur la notion de déni de grossesse et du vide scientifique qui l'accompagne, en invitant à la barre un expert gynécologue-obstétricien au deuxième jour du procès, et avec la comparution comme témoin d'un psychiatre en périnatalité venu de Suisse à l'avant-dernier jour du procès.

Pour l'avocat général et les parties civiles qui ont longuement plaidé, mardi après-midi, en soutien aux intérêts de l'enfant, s'il peut y avoir déni de grossesse, il ne peut pas y avoir "déni d'enfant" pendant 23 mois. 
 

L'acquittement plaidé par la défense

L'avocate de Rosa Maria Da Cruz, Me Chassagne-Delpech, a insisté tout au long de la semaine sur l'impossibilité de sa cliente d'assumer pleinement un enfant né d'un "déni de grossesse total". La défense plaide en cette fin de matinée pour l'acquittement de Rosa Maria Da Cruz. Elle avait fait de même au procès en première instance.
 

L'avocate a raconté comment, elle aussi, elle avait eu du mal à admettre comment une femme pouvait avoir trois dénis de grossesse dans sa vie, mais qu'elle avait pu "comprendre la souffrance de ces femmes" grâce à des médecins et psychiatres qui travaillent là-dessus depuis des années.

J'ai compris que Rosa Maria Da Cruz ne mentait pas. J'ai compris que la petite Séréna était bien l'enfant d'un déni. Il n'y avait chez Rosa Maria Da Cruz la volonté de lui infliger la moindre violence.

Me Chassagne-Delpech a tenté de contre-balancer le portrait que l'avocat général a fait de sa cliente, qu'elle juge "délétère". "C'est une belle personne, généreuse, travailleuse, honnête, droite", a-t-elle poursuivit. "Mais sa vie, elle est foutue. Elle est comme vous, comme moi. Elle a un honneur, un coeur, c'est un être humain Mme Da Cruz. Qu'est-ce qu'elle va devenir Mme Da Cruz?".
 

Le jury, composé de 8 femmes et d'un homme, s'est retiré. Le verdict est attendu dans l'après-midi.
 

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