Procès Séréna : des images du quotidien de l'enfant montrent ses séquelles

La Cour d'Assises de la Haute-Vienne découvre pour la première fois des images récentes de la jeune Séréna, âgée de 8 ans. (Photo du 7.10.2019) / © Maxppp / Stephane Lefèvre
La Cour d'Assises de la Haute-Vienne découvre pour la première fois des images récentes de la jeune Séréna, âgée de 8 ans. (Photo du 7.10.2019) / © Maxppp / Stephane Lefèvre

Au sixième jour du procès en appel de Rosa Maria Da Cruz, jugée par les assises de la Haute Vienne, l'attention de la cour a été portée sur des images récentes de Séréna, aujourd'hui âgée de 8 ans, qui montrent les séquelles de son confinement par sa mère pendant deux ans, entre 2011 et 2013. 

Par Emma Derome et Isabelle Rio

L'affaire Séréna se poursuit devant les Assises de la Haute-Vienne, ce lundi 14 octobre.

Au sixième jour du procès de Rosa Maria Da Cruz, jugée pour violences volontaires ayant entraîné une infirmité permanente sur sa fille Séréna, retrouvée dans un coffre de voiture en 2013 alors qu'elle avait 2 ans, les jurés découvrent des photos et vidéos récentes de l'enfant âgée de 8 ans aujourd'hui.

Ces images ont été réalisées par un enquêteur de la brigade de recherche de Brive, qui a rencontré Séréna à huit ou neuf reprises pendant quatre ou cinq jours à chaque fois, cet été. Il l'a suivie dans sa famille d'accueil et à l'institut médico-éducatif (IME) où elle se rend dans la journée.

Ces extraits de son quotidien montrent les séquelles de son confinement par sa mère pendant 23 mois, entre 2011 et 2013. En apparence, c'est une petite fille normale, mais ses lacunes se dévoilent petit à petit.
 


Séréna ne répond qu'à son surnom "Nana"

La Cour d’Assises découvre la petite Séréna, avec de longues nattes brunes et des lunettes. La petite Séréna ne répondait pas à son prénom, trop long. L'enquêteur précise qu'on a dû l'appeler "Nana". On la voit autonome. Elle marche et se déplace avec assurance.

Elle peut manger seule depuis ses 6 ans. Elle fait du vélo. Son apparence physique est normale, mais ces images montrent également son isolement.

La première séquence se passe dans le jardin de la famille d'accueil, elle est seule dans une pataugeoire, tranquille, elle joue, en faisant de petits bruits. L'enquêteur commente chaque séquence à la Cour.

Dans tous les cas de figure, il faut qu'elle ait quelque chose dans la main. J'ai été marqué par son isolement, elle s'isole, elle est toujours seule. Elle n'entre pas en relation avec les quatre autres enfants de la famille d'accueil. Pas plus avec le petit chien de la famille. Il la suit mais elle ne s'occupe pas de lui.

 L'enquêteur a commencé par lui rendre visite trois fois avant de commencer à travailler, pour se faire accepter d'elle. 
 

À 8 ans, le développement intellectuel d'un enfant de 3 ans

D'un point de vue intellectuel, dans la relation avec l'autre, avec son environnement, la jeune Séréna a le développement d'un enfant de 2 ou 3 ans.

Le mode de communication de la petite est limité à des exclamations ou des bruits de bouche. Elle n'aurait qu'une dizaine de mots de vocabulaire spontané, une cinquantaine en répétant, précise l'enquêteur.

Le vocabulaire moyen pour un enfant de 2 ans est estimé à 250 mots, selon des documents pédagogiques officiels.
 


À l'IME, elle pique de grosses colères

Sur ces images, on la voit à l'IME, avec d'autres enfants, chacun avec son handicap. Elle manifeste une sur-activité. L'enquêteur explique qu'elle ne tient pas en place

À 8 ans, ses capacités d'apprentissage sont celles d'un enfant de 3 ans. Il lui faut une hyper concentration pour qu'elle arrive au résultat. Elle s'intéresse ou elle ne s'intéresse pas. Elle est autonome mais ne fait que reproduire. Elle peut se bloquer en cours d'action et repartir dans son monde.

L'enquêteur souligne également qu'elle a des tocs. Elle se met notamment souvent le doigt dans l'oreille. Et elle est "toujours en train de ranger".

La petite fille peut piquer de grosses colères, d'après les dires des éducateurs. On assiste à une scène d'agacement où elle remue la table. Les éducateurs ont raconté à l'enquêteur qu'il lui est arrivé de lancer une chaise dans la salle.


Incapacités irréversibles

Un expert est intervenu par visioconférence depuis la Cour d'appel de Paris. Le Dr Dubec parle d'une incapacité permanente, devenue définitive par privations sensorielles et privations de stimulis, en lien direct avec le confinement qu'a subi Séréna dans le noir d'une pièce au sous-sol de la maison, et dans le coffre de la voiture où elle a été découverte.


- Elle aurait pu être aveugle ? demande la Présidente
- Complètement, répond l'Expert

Pour l'expert, il y a des stades dans son évolution qu'elle n'atteindra pas. À la question de savoir si elle pourra vivre dans un appartement toute seule un jour, l'expert répond "jamais".

Dans le box vitré, sa mère, Rosa Maria Da Cruz, découvre pour la première fois la petite fille qu'est devenue Séréna. La Présidente lui demande alors son sentiment.


- Qu'avez-vous à dire Madame ?
- Je vois bien qu'elle n'est pas comme les autres... Je vois bien qu'elle a un autisme.
- Qu'est ce que ça vous inspire ?
- Ben... que je lui ai fait du mal...

 


Aujourd'hui, l'accusée dit être la maman de Séréna. Elle aurait demandé à voir sa fille et à récupérer l'autorité parentale.
 

Rosa Maria Da Cruz affirme qu'elle sait maintenant qu'elle a un quatrième enfant depuis qu'elle a "fait tout un travail avec un psychiatre" .

Reprise de l'audience à 14h.

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