Procès Séréna : cas d'école ou spirale du mensonge ?

Lundi 14 octobre, Rosa Maria Da Cruz, la mère de Séréna, est interrogée pour la dernière fois dans ce procès. / © Joris le Bois
Lundi 14 octobre, Rosa Maria Da Cruz, la mère de Séréna, est interrogée pour la dernière fois dans ce procès. / © Joris le Bois

Le procès Séréna se poursuit. Ce lundi, la Cour d'assises de Limoges a pu constater l'infirmité permanente de Séréna, âgée de 8 ans aujourd'hui. La Cour a ensuite débattu pour savoir si Rosa Maria Da Cruz avait conscience de ses actes en laissant sa petite de 2 ans dans le coffre de sa voiture.

Par Emma Derome, Isabelle Rio

Sixième jour du procès Séréna. Après avoir découvert des extraits du quotidien de la jeune enfant, aujourd'hui âgée de 8 ans et suivie dans un institut médico-éducatif pour soigner son important retard cognitif, la Cour d'assises de la Haute-Vienne a procédé, cet après-midi, au dernier interrogatoire de sa mère, Rosa Maria Da Cruz.

Cette mère de trois enfants est accusée d'avoir commis des violences volontaires ayant entraîné une infirmité permanente sur sa fille, Séréna, pendant les 23 premiers mois de sa naissance cachée, du 24 novembre 2011 au 25 octobre 2013, jour où des garagistes ont découvert le bébé dans un coffre de voiture. 

Tout l'enjeu de cet interrogatoire tient dans cette question : Rosa Maria avait-elle conscience que Séréna était un enfant ? La qualification retenue par la cour d'assises de Limoges ne tient que si la Cour juge que c'est le cas.

En effet, suite à son déni de grossesse et à la dissimulation de l'existence de Séréna à sa famille, Rosa Maria a soutenu qu'elle ne considérait pas Séréna comme un bébé. "Quand on me dit tout ce que j’ai fait, je ne comprends pas... pour moi ce n’était pas un bébé, je m’en suis pas occupée comme un bébé normal" avait-elle expliqué au troisième jour du procès, mercredi dernier.

En 2018, l'accusée avait été jugée en première instance par la Cour d'assises de Corrèze pour le motif de "défaut de soin". Elle avait été condamnée à cinq ans de prison, dont deux fermes. Aujourd'hui, elle encourt 20 ans de réclusion criminelle.

Retour sur l'accouchement

Ce lundi, Rosa Maria Da Cruz a affirmé, une nouvelle fois, qu'elle ne se savait pas enceinte à l'époque. La Présidente a lu ses premières déclarations : "Je m'étais levée pour faire une machine ce 24 novembre 2011, j'ai senti une douleur comme une contraction, j'ai mis au monde une petite fille..."

La Présidente poursuit la lecture : "Il n'y avait pas beaucoup de sang, je suis remontée lever les enfants, j'ai vu mon compagnon qui ne s'est douté de rien, je n'ai rien montré, je suis revenue 3 heures plus tard..."

La Présidente : Qu'avez-vous fait du placenta ?
Rosa Maria Da Cruz : Je ne sais plus



La Présidente lui a ensuite demandé à quel moment l'accusée a commencé à mettre le bébé dans le coffre de la voiture. Réponse de Rosa Maria : 

Quand le plombier a commencé à faire les travaux dans la pièce, le premier matin, je l'avais montée, et l'après-midi, je l'ai mise dans le coffre de la voiture. Les jours après aussi, ça ne durait pas longtemps, une journée...

Silence saisissant dans la salle. La Présidente, stupéfaite : "Vous vous rendez compte de ce vous dîtes ?" Sans recevoir de réponse de l'accusée.
 
 

 

Ses autres enfants ont-ils vu la petite Séréna ?


La Présidente a interrogé l'accusée sur le fait que E... (le 3ème enfant de Rosa Maria Da Cruz, qui a 24 mois de plus que la petite Séréna) ait vu le bébé dans la voiture ou la maison. L'accusée a nié cette affirmation.

- Non je ne pense pas qu'elle l'ait vue
- Bien sûr que si elle l'a vue. Elle a dit qu'elle avait passé un jour un jouet au bébé
- Je ne sais pas pourquoi elle a dit ça, je ne pense pas qu'elle l'ait vue, elle en aurait parlé.

 Au tour de l'avocat général de poser une question à l'accusée. Il lui demande pourquoi elle a demandé à ses deux fils aînés de "ne jamais mettre leurs sacs d'école et de sport dans le coffre". Pour Rosa Maria Da Cruz, "le coffre n'était pas assez grand".

Or, la petite Séréna était parfois dans le coffre lorsque Rosa Maria Da Cruz conduit ses autres enfants à l'école. Les deux garçons, âgés aujourd'hui de 17 et 16 ans, avaient donc 9 et 8 ans au moment des faits. Ils disent n'avoir jamais rien vu. On soupçonne un lourd secret.
 
 

Spirale vertigineuse de mensonges ?


Suite à ces réponses, qui diffèrent de ses premières déclarations dans l'enquête, le ton monte dans la salle. L'avocat général multiplie les demandes de précisions, de détails qui remontent à présent à 6 et 8 ans. Rosa Maria Da Cruz se dit perdu. Elle a du mal à suivre.

Par moments vous n'avez plus de mémoire, et à d'autres moments, vous êtes d'une précision déroutante.


Rosa Maria Da Cruz avait auparavant déclaré qu'elle "lui faisait des câlins, l'embrassait, la prenait dans les bras pour la rassurer", ce qu'elle nie aujourd'hui.

L'accusée explique à présent que ses premières déclarations correspondaient à ce qu'elle aurait aimé faire à la petite, mais qu'en réalité, elle n'a rien fait de tout ça. Pour elle, c'était "une chose".

- Il fallait qu'elle soit découverte. Je la voyais bouger. Je ne me suis pas trop posée de questions.
Ce n'est pas plutôt parce que vous aviez de plus en plus de mal à assumer votre vie officielle et votre vie officieuse avec Séréna ? demande la Présidente.
- Non, répond l'accusée.


La Cour cherche à savoir s'il y a bien eu oui ou non une stratégie de la part de Rosa Maria Da Cruz. Pour l'accusation et les parties civiles, il y a bien eu des violences volontaires.

On est bien face à des violences volontaires qui vont au delà du défaut de soin, en ce sens qu'il y a une volonté de cette mère de cacher l'enfant et de faire en sorte qu'elle ne soit jamais découverte.
- Isabelle Faure Roche, avocate du Conseil départemental de la Corrèze


Selon l'accusation, la mère n'est pas sincère, et tenterait aujourd'hui de rentrer dans la case du "déni d'enfant".
 


Les plaidoiries des parties civiles sont attendues demain, mardi 15 octobre. Suivra le réquisitoire de l'avocat général. Les réquisitions du premier procès, à Tulle, étaient de 8 ans de réclusion criminelle.
 

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