Langues régionales : promotion de l’occitan dans un contexte de polémique

En pleine polémique sur le sort des langues régionales après la censure du Conseil Constitutionnel, l’Office public de la langue occitane (OPLO) débute sa campagne de communication sur la langue occitane à destination du grand public.

© MaxPPP

Ce dispositif de sensibilisation des populations à l’occitan est déployé sur le territoire interrégional (Nouvelle-Aquitaine et Occitanie) depuis le 24 mai et va se poursuivre jusqu'à la fin de l'année. Une promotion qui arrive alors que les langues régionales sont actuellement sur le devant de la scène après le retoquage de la Loi Molac. 

En pleine tempête

Le Conseil constitutionnel a retoqué partiellement le 21 mai 2021 la proposition de loi  (Loi Molac) “relative à la protection patrimoniale des langues régionales et à leur promotion” du député Paul Molac (groupe Libertés et territoires) en faveur des langues régionales en censurant la méthode immersive à l’école c’est-à-dire l’enseignement dans une langue autre que le français sur une partie du temps scolaire.

Le 26 mai, Emmanuel Macron a réagi à cette décision du Conseil constitutionnel : “Les langues de France sont un trésor national […] En tant que Président de la République, je suis tout à la fois protecteur de la langue française et gardien de la richesse que constituent nos langues régionales. J’ai demandé au gouvernement de trouver les moyens de garantir la transmission de cette diversité linguistique” […]. 

 

 

Le premier ministre Jean Castex a annoncé qu’il missionnait 2 députés pour travailler sur le sujet. En local, l'inquiétude est grande chez les élus de plusieurs régions et à l’Office public de la langue occitane.

Qu’est-ce qu’une langue régionale ? 

L’Office public de la langue occitane (OPLO), créé en 2015, est un groupe d’intérêt public qui réunit les partenaires publics des deux régions, et l’État à travers le Ministère de l’Éducation Nationale et le Ministère de la Culture. Avec comme mission principale la transmission de la langue occitane et sa socialisation c’est-à-dire qu’elle soit plus utilisée dans les espaces publics.

L’OPLO lance pour la première fois une grande campagne de communication sur la langue occitane.

En Nouvelle-Aquitaine, 7 % de la population parle l'Occitan aujourd’hui

Charline Claveau, présidente de l’Office public de la langue occitane (OPLO)

 

Une campagne pour sauvegarder la langue. “L'Occitan est une langue en danger, pour la sauver, dit l’Unesco, il faut qu’il y ait 30 % de personnes qui la parle au sein d’un territoire, aujourd’hui nous sommes à  7 % et le chiffre ne cesse de chuter donc il faut aller chercher au moins 23 % de personnes pour parler la langue occitane” explique Charline Claveau, présidente de l’Office public de la langue occitane (OPLO)

L’Occitan s’affiche

En Nouvelle-Aquitaine et en Occitanie, la campagne d’affichage de l’OPLO est visible dans les gares et les abris-bus, sur internet et les réseaux sociaux ainsi que sur un mini-site internet (jemejettealoc.com) créé pour l'événement promotionnel.

Cinquante-deux gares sont concernées, 1,25 million d’affichages dans les magazines et sur internet, des moyens sont déployés pour redonner ses lettres de noblesse à l’Occitan.

Aller agir auprès du grand public pour changer l’image qu’il a de la langue occitane qui peut parfois souffrir d’une image un peu désuète, folklorique et poussiéreuse

Charline Claveau, présidente de l’OPLO.

Affiches de la campagne promotionnelle de la langue occitane
Affiches de la campagne promotionnelle de la langue occitane © OPLO

Les gares sont privilégiées car elles sont un lieu de passage important qui touchera un maximum de personnes précise-t-on à l’office. Les affiches y sont peu à peu déployées.

La langue basque jouit d’une plus grande notoriété

Charline Claveau, présidente de l’OPLO

La campagne s’appuie sur des mots français d’origine occitane avec un visuel volontairement contraire au texte. Un choix délibéré pour toucher les jeunes (15/45 ans) et gagner en popularité.

Pour être convaincant auprès du public des vingt-deux départements concernés, l’office public personnalise sa communication. “Des visuels seront édités en proposant des mots et expressions spécifiques aux différents territoires” précise Charline Claveau, présidente de l’OPLO.

Les jeunes en local

En local, il existe une école à Limoges, la Calandreta, en enseignement immersif associatif. “Il y un projet d’ouverture d’une Calandreta en Creuse à Tarnac” selon la présidente de l’OPLO.

Il n’y a aucune école primaire qui offre cet enseignement

Charline Claveau, présidente de l’OPLO

 

Des collèges et lycées proposent la langue occitane en option comme à Tulle et à Brive. “Nous avons signé une convention académique avec Limoges pour développer l’enseignement occitan” précise Charline Claveau.

Convaincre les collectivités locales

Nous privilégions les zones où les collectivités n’étaient pas encore engagées

Charline Claveau, présidente de l’OPLO

Des établissements scolaires se mettent à la langue occitane en Limousin et l'OPLO soutien les collectivités locales dans leurs démarches. "Nous allons être sur des territoires où il y a une accroche sociale avec un peu d’activités associatives, d’enseignements mais où il y a des trous dans la raquette du point de vue de l’investissement des collectivités comme les zones de Tulle et Brive en Corrèze” ajoute la présidente de l’OPLO. "Nous avons un enseignement qui commence à se mettre en place à Brive, en collège et lycée à Tulle, mais les politiques publiques sont encore insuffisantes.  Les collectivités locales confrontées parfois à un manque d’information.”Les collectivités ne savent pas vers qui se tourner (pour les langues régionales ndlr), où sont les ressources et ce qu’elles peuvent faire”.

Pourtant, par rapport à la moyenne interrégionale qui est de 7 %, en Limousin le pourcentage de personnes parlant l’Occitan oscille entre 11 et 13 % selon les chiffres de l’OPLO.

Selon l'Office et suite à un sondage auprès de 8.000 habitants, 7 % de personnes parlent la langue occitane, 37 % déclarent comprendre quelques mots et expressions et 92 % sont favorables à son maintien.

Une communication ciblée

Des chiffres qui confortent l'Office public dans sa démarche de promotion. Le développement de la langue régionale passe par une communication avec les différents acteurs locaux “pas facile à mettre en place sur un territoire occitan qui est immense” précise la présidente de l’OPLO.

Le simple fait de formaliser une politique publique est un grand pas

Charline Claveau, présidente de l’OPLO

Alors l’Office public va aller au plus près des collectivités locales pour combler le manque d’information qui parfois est le premier obstacle à la mise en œuvre d’un projet linguistique, en y apportant des supports sous formes de "kits linguisitques".

La campagne de promotion à grande échelle pour la sensibilisation et l’accompagnement à la langue occitane va se poursuivre pendant 6 mois en virtuel et physiquement. 

La fin des écoles immersives ?

Une pléthore de mesures pour la langue régionale occitane menacée de censure alors qu’une loi avait été adoptée pour la promouvoir. La décision du Conseil constitutionnel a eu l’effet d’une douche froide.

 

Je m’attendais pas à me sentir aussi humiliée

Charline Claveau, présidente de l’OPLO

Elle évoque une “peur qui est totalement irrationnelle” avant d’ajouter : “Il a dit (Jean-Michel Blanquer, Ministre de l’éducation, ndlr) que l’enseignement immersif était de nature à nourrir le séparatisme et c’est là où c’est une humiliation dans nos territoires car cela fait cinquante ans que l’enseignement immersif est développé” [...]. “Où sont les faits qui nourrissent cette idée que l’enseignement immersif pourrait nourrir le séparatisme ?”.

Ce qui incite l’Office public à réagir c’est aussi un sentiment d’être accusé. “C’est infantilisant car on dit : vous n’avez pas conscience du risque que vous faites prendre à la France” dit sa présidente.

 

Le risque est dans sa tête et irrationnel

Charline Claveau, présidente de l’OPLO

 

Ce n’est pas la revalorisation de l’option au lycée (même coëfficient que pour les langues de l’antiquité), qui va calmer les esprits, la nouvelle est ressentie comme une “compensation”.

Pour montrer leur colère, les défenseurs de la langue occitane iront manifester samedi 29 mai à Pau, Bayonne, Montpellier ou encore Toulouse.

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