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La rose fanée du socialisme haut-viennois

© Pascal Coussy
© Pascal Coussy

Cette fois-ci difficile de nier la réalité : avec 8,7% des suffrages obtenus à l’occasion des élections européennes le Parti Socialiste de Haute-Vienne n’en finit plus de chuter dans un département qui fut historiquement un berceau puis un bastion du socialisme français.

Par Pascal Coussy

« Le crépuscule des socialistes de Haute-Vienne » : en 2016 le titre fit grand bruit à Limoges. Dans cet ouvrage en forme de testament l’ancien patron des socialistes de Haute-Vienne Robert Savy décrivait cruellement la chronique d’une mort annoncée.

Deux ans plus tôt, le maire de Limoges Alain Rodet avait livré les clés de Limoges à la droite après un siècle de domination de la ville par les socialistes si l’on excepte les années de guerre et de Libération. Le début de la chute.

« Le Parti socialiste est un astre mort, et la Région Limousin n’existe plus» annonçait Robert Savy, décrivant comment en Haute-Vienne l'autoritarisme des dirigeants du Parti Socialiste vis-à-vis des voix internes dissonantes et de ses partenaires de la gauche avaient fini par être contre-productifs.

Robert Savy évoquait aussi la disparition de la région Limousin qu'il avait présidée pendant dix-huit ans : "Cette réforme territoriale n’était ni annoncée, ni attendue … elle a été faite dans la précipitation, sans qu’on en connaisse ni les raisons, ni les objectifs"… Sur cette réforme territoriale effectuée par le socialiste limousin François Hollande "la Fédération socialiste est restée muette ; il n’y a pas eu le moindre débat dans les sections ».

Un an plus tard la courbe descendante des scores socialistes limousins s’accordait avec le déclin du PS au niveau national.
 

La fin d’une époque, celle de la « Rome du socialisme », un titre que la militante socialiste Pauline Roland avait décerné à Limoges au XIXème siècle.

Car l’héritage remonte à plus d’un siècle : la révolution de 1848 avec Denis Dussoubs et Théodore Bac, les socialistes utopiques et la coopérative ouvrière de l’Union crée en 1881, la CGT qui naquit à Limoges en 1895, les émeutes ouvrières de 1905, le Front Populaire puis la Résistance qui marquèrent la « ville rouge » avant que trois maires socialistes seulement se transmettent la mairie entre 1947 et 2014.

Mairies, assemblée nationale, sénat, conseil général, conseil régional, longtemps ce fut carton plein pour le PS et ses élus au point que cela semblait être dans l’ordre des choses et que l’on avait du mal à imaginer qu’il puisse en être autrement.

A cette époque Alain Marsaud, limougeaud pur sucre devenu l’un des rares députés de la droite locale, aimait raconter qu’il ne briguerait jamais la mairie car « il avait plus de chances d’être élu évêque de Limoges que maire de Limoges ».
 

Limoges "Rome du socialisme"


Cette époque semble révolue. Ce dimanche soir 26 mai, au siège de la fédération socialiste de Haute-Vienne boulevard de la Corderie les mines sont tristes. Même le buffet qui en a vu d’autres fait pâle figure.

Allié à Raphaël Glucksmann le PS n’a recueilli que 8,7% des suffrages dans le département. Une claque. Un désaveu qui passe mal.

On recompte, on cherche des explications, des excuses, des raisons de se rassurer. Mais les faits sont têtus : les socialistes habitués à diriger la gauche ont fait le même score que la France Insoumise et moitié moins que les écologistes.
Désormais il va falloir négocier sur un pied d’égalité, voire pire, avec les « partenaires » de la gauche que l’on voyait surtout jusqu’ici comme des forces d’appoint ou un simple slogan sur les affiches électorales.

Nécessité aussi de revoir un logiciel parfois obsolète faute d'y avoir intégré au delà du slogan de campagne des paramètres comme l'écologie.

Ce soir Gulsen Yildirim, la patronne des socialistes haut-viennois, n’a pas la tâche facile. Elle choisit la voie de la lucidité : « les gens ne veulent plus d’égo, de division au sein de la gauche »… « pour l’avenir il faudra que l’on se mette autour d’une table et qu’on arrive à construire une alternative à gauche » … « cet avenir ne pourra pas se construire uniquement avec le Parti Socialiste ».

En 2016 le socialiste limousin Robert Savy concluait ainsi son ouvrage : « la fonction d’un parti politique n’est pas seulement de faire élire ses candidats aux diverses fonctions politiques, de les soutenir les yeux fermés après leur élection, ou de critiquer aveuglément ce que font les partis concurrents. Il devrait être l’inventeur et le promoteur d’un projet en accord avec les valeurs qu’il porte et les réalités du temps présent ».
 
Interview de Gulsen Yildirim

 

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