Témoignage. "La musique a ce pouvoir de me faire me lever le matin" : André Manoukian se confie avant Lire à Limoges

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Publié le Écrit par Sarah Boana

L'auteur-compositeur et pianiste André Manoukian sera à l'Opéra de Limoges, le samedi 22 juin, à 20h, pour présenter son œuvre "Un ange à la fenêtre de l'Orient". Il animera, le lendemain, une conférence intitulée "La magie de la musique", pour le salon Lire à Limoges. Il nous parle de son rapport à la musique et à la lecture. Entretien.

André Manoukian est un grand amoureux de la musique. Il aime en découvrir tous ses aspects : l'histoire, la technique, la sociologie ou encore sa composition. C'est dans son livre "les pouvoirs extraordinaires de la musique" qu'il dévoile son décryptage.  

France 3 Limousin : Vous vous intéressez à la musicothérapie, la musique vous guérit-elle ? 

André Manoukian : La musique a ce pouvoir de me faire me lever le matin, de ranger mes pensées. Même si j'ai des soucis, tout s'évanouit. Mettre de la musique, c'est mon premier geste du matin. Ça met de l'ordre dans mes pensées, mes sentiments, mes émotions. Ça me procure une sorte de paix. Ça met les choses à plat et me met devant une réalité majestueuse.

Qu'est-ce qui vous plaît dans le fait de décortiquer, analyser la musique ? 

Ça reste un mystère tous les jours. Je suis confronté à l'acte musical tous les jours. Donc, c'est un moyen de revenir à l'essentiel. La musique telle que je la pratique, moi, c'est un agencement de sons, c'est une fabrication, c'est une recette. Le son dégage une fréquence, une vibration, or en nous, tout vibre. J'avais envie de revenir à cet acte fondamental.

Quand vous manipulez quelque chose tous les jours, au fond, vous vous posez des questions sur la nature de cette chose. C'est pour ça que j'ai essayé d'aller plus profondément pour comprendre ce qu'est la vibration. Mes recherches m'ont amené à voir que les organes répondaient à certaines fréquences. Si on stimulait ces organes "affaiblies", on pourrait arriver vers une forme de guérison.

Vous allez jouer à l'Opéra de Limoges, l'Ange à la fenêtre de l'Orient. Vous dites que "la géographie musicale du monde change. Désormais, le futur des musiques improvisées est retourné dans son berceau, au Moyen-Orient", qu'est-ce qui vous fait dire ça ?

Ce qui me fait dire ça, c’est l’état du jazz aux États-Unis. C'est Wynton Marsalis, l'héritier de Miles Davis qui a dit : "Le jazz ne peut pas aller plus loin." Maintenant, on revisite les standards, on rejoue les Beatles, Bach.

Au Moyen-Orient, il y a beaucoup de musiciens qui ont été éduqués à la musique classique et qui sont allés au jazz et qui, là, rajoute les épices de leur pays. C'est là, qu'on est dans de la vraie création. Une musique est vivante tant qu'elle reçoit des apports de nouveaux éléments. Le jazz est en train de se revivifier par l'Orient, parce qu'il a des nouveaux sons. Regardez Ibrahim Maalouf, les frères Chemirani. C'est là que ça se passe aujourd'hui.

Vous avez toujours un attrait pour les chants folkloriques, avec notamment  votre participation à l'émission "Quel sera le meilleur chant folklorique de France", en quoi ces musiques sont-elles si précieuses ? 

C’est l’expression d’un territoire. Finalement, la musique, c'est l'expression d'un peuple. Il y a une géographie des sons. Les polyphonies corses sont nées dans les montagnes, de même que les chants basques alors que ce sont deux langues qui n'ont rien à voir. Le chant polyphonique est né en Europe à partir du moment où on a construit des cathédrales tellement sonores qu'elles renvoyaient l'écho. Donc, il y a toujours cette pratique d'un son, qui résonne dans une nature. C'est important de lui rendre hommage.  

Écrire un livre et composer de la musique, est-ce la même la chose pour vous ? 

Pour composer, il ne faut pas réfléchir. Il ne faut pas penser, c’est vraiment un acte de laisser-aller. C’est le son qui nous guide. Vous gagnez quand ce que vous écrivez devient la chose qui vous guide. C'est pour ça que l'exercice d'agencer ce qui nous passe par la tête doit être quotidien. Il faudrait presque écrire avec ce qui nous passe par le corps.

C'est une forme de langage que tout le monde peut comprendre. Et puis, il y a cette interaction entre celui qui joue et celui qui lit. Maintenant, quand vous écrivez, c'est pour ceux qui n'ont pas de voix, vous écrivez pour quelqu'un, vous écrivez à la place de et pas pour. C'est là, la grosse différence.

Qu'est-ce que la lecture vous procure, que la musique ne fait pas ? 

D'être dans un monde qu'on a peint pour moi et être presque un personnage de ce monde. Ce monde est précis, et me donne des sensations de joie. Parfois, je ris, parfois, j'ai une petite larme qui coule. Quant à la musique, elle me déconnecte le cerveau et me procure des émotions sans passer par ma tête. Je ne sais pas où je suis, je ne suis pas dans un paysage précis, mais dans un état. C'est comme si j'étais déconnecté de la terre. 

On le voit aujourd'hui, la France semble fracturée, divisée, la musique a-t-elle le devoir de rassembler ? 

Elle n'a pas le devoir, elle le fait. Une foule de mille individus devient une seule personne, habitée d'une seule âme. On ne s'adresse pas à une multitude quand on joue, le public, c'est une entité, c'est une seule âme. Et c'est la vibration musicale qui met tout le monde à l'unisson.

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