Une intersyndicale appelle à la grève ce jeudi 13 janvier pour protester notamment contre les suppressions de poste dans l’Académie de Limoges

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Écrit par Nassuf Djailani
La dotation académique ne crée aucun poste supplémentaire dans l'Académie de Limoges, ce qui provoque la colère des syndicats enseignants.
La dotation académique ne crée aucun poste supplémentaire dans l'Académie de Limoges, ce qui provoque la colère des syndicats enseignants. © DR

Les organisations syndicales des enseignants sont vent debout contre les récentes annonces gouvernementales notamment sur les dotations académiques. En clair, zéro poste créé dans l’Académie de Limoges alors que nous sommes dans une période tendue à cause de la crise sanitaire.

« Le rectorat parle d’une dotation neutre, un euphémisme pour dire qu’il y a zéro poste pour l’académie ». Inadmissible pour Fleur Bidon, directrice d’école et membre du SNUIPP87. Les informations viennent de tomber concernant ce que l’on appelle les dotations académiques, et les nouvelles ne « sont pas bonnes pour l’académie », s’indigne la syndicaliste. Les dotations académiques, correspondent en fait à l’enveloppe budgétaire allouée par le ministère de l’éducation nationale à l’Académie. Ce lundi, un groupe de travail comprenant l’administration et les syndicats représentatifs (FSU, UNSA éducation, Sgen CFDT et FO) se réunit en visio-conférence, crise sanitaire oblige pour parler de cette dotation. Ce groupe discute ce lundi 10 janvier des moyens à allouer au premier et au second degré. Ce qui est certain à ce jour, c’est qu’il n’y aura pas de création de poste équivalent temps plein pour la rentrée de septembre 2022. Mais il faut avoir à l’esprit qu’avec la carte scolaire dans le premier degré, il peut y avoir des créations ou des suppressions de poste.

« Aujourd’hui, on va parler de la clé de répartition : on va décliner sur tout le département. Il est possible que le rectorat enlève des postes en Creuse ou en Corrèze pour les confier à la Haute-Vienne, prévient Boris Duniau, secrétaire régional adjoint académique de l’UNSA éducation Nouvelle Aquitaine. Après les départements auront leur enveloppe budgétaire pour répartir les postes en fonction de la carte scolaire ». 

Arbitrage

« Le ministère a regardé les prévisions des effectifs à la rentrée 2022, et le ministre a estimé qu’il n’allait pas donner de moyens supplémentaires à l’Académie de Limoges pour le 1er degré. C’est aussi simple que cela, s’exaspère le syndicaliste de l’UNSA. Et on ne sait pas comment cette stabilité des moyens va être répartie entre les trois départements ». Sachant que la tendance en limousin, c’est la baisse des effectifs, car on est sur une baisse démographique en limousin depuis quelques années.

Pour rappel, et si l’on se fie aux informations du rectorat,  à la rentrée 2021, dans l’Académie de Limoges, il y avait 51 714 élèves dans le premier degré. A la rentrée 2022, il est prévu 50 731, un peu moins de 1000 élèves perdus en cours d’année. « Pour mieux comprendre, ces chiffres, il y a la mobilité géographique, et la démographie : il y a moins d’enfants qui rentrent en maternelle que d’élèves qui passent au collège » détaille Boris Duniau. 

Pour le second degré, les moyens sont divisés en deux parties, il y a ce qu’on appelle les « heures postes, et les heures supplémentaires » dans le jargon de l’Education nationale. En gros, chaque enseignant a un certain nombre d’heures réglementaires devant élèves : 20h pour les professeur.es d’EPS, 18h pour les professeur.es certifié.es, et 15h pour les professeur.es agrégé.es, et 36h pour les professeur.es documentalistes. 

Détails

Dans le détail, cette dotation du ministère pour l’Académie de Limoges, c’est moins 15 équivalents temps plein en heures postes. Sur le papier on va supprimer 15 personnes, moins 5 en équivalent temps plein en heures supplémentaires. « A cela le ministère ajoute 20 postes d’enseignants stagiaires. Ce qui veut dire que l’Académie de Limoges va perdre 20 postes en collège et lycée ! », s’étrangle le syndicaliste.

Le constat, c’est qu’à la rentrée 2021, l’Académie avait accueilli 48450 élèves et en 2022, 48198 élèves. La prévision fait état d’une perte de 250 élèves à peu près. Les pertes de poste d’enseignants dans le secondaire s’expliquent en partie par cette baisse d’effectif. Il va y avoir un arbitrage après la rencontre avec les syndicats enseignants ce lundi, sachant que ce mercredi 12 janvier, dans le cadre du comité technique, un vote des organisations syndicales aura lieu pour savoir quelle sera la répartition des moyens au sein de l’Académie de Limoges. Si toutes les organisations syndicales rejettent la proposition de la rectrice, l’administration sera obligée de convoquer un nouveau comité technique pour trancher. 

Verre à moitié vide ou à moitié plein ?

 

Pour être tout à fait complet, et juste, il faut aussi signaler que la dotation concerne aussi les personnels administratifs et de laboratoires. Et on apprend qu’il y a « 3 emplois supprimés dans l’Académie. Mais, il y a par ailleurs 7 créations de postes de CPE, une création d’emploi d’assistante sociale, et un poste d’infirmier » reconnait le syndicaliste. 

Cela dit, ces créations ne doivent pas masquer le reste. « Au niveau des moyens du premier degré, nous sommes opposés à déshabiller la Corrèze ou la Creuse pour habiller la haute vienne, prévient Boris Duniau. La situation en Haute vienne n’est pas acceptable, car elle est plus préoccupante que dans les autres départements. Il faut des moyens supplémentaires pour rattraper le manque de professeur des écoles en Haute-Vienne. Par exemple, en Corrèze, vendredi dernier, on a eu 13 classes fermées, par manque de remplacement. On n'a plus le vivier nécessaire pour remplacer les enseignants malades » complète le secrétaire régional. 

Sur le second degré, insiste Bruno Duniau : "il est inadmissible de supprimer des postes alors qu’on est en pleine en crise sanitaire et au cours duquel les élèves ont un enseignement dégradé. Les élèves ont besoin d’aide personnalisée, et cela ne peut pas se faire avec moins de moyens. » 

L’autre élément à retenir, c’est que ce sont « les lycées qui risquent de perdre des postes alors qu’on est en plein milieu de la réforme du lycée et du baccalauréat qui a déjà dégradé les conditions de travail des enseignants. Supprimer des postes à ce moment-là est insensé » s’indigne le syndicaliste. 

Sa collègue du SNUIPP 87, est plus tranchée et fait des propositions. « Nous on appelle à la grève jeudi 13 janvier, parce qu’on demande des recrutements massifs d’enseignants immédiatement, explique Fleur Bidon. « Il faut aller recruter sur les listes complémentaires, c’est-à-dire les étudiants qui n’ont pas été pris au concours et qui du coup pourront être envoyés sur le terrain et qui pourraient bénéficier du concours » suggère-t-elle. « La deuxième chose qu’on demande, c’est le recrutement de titulaires pour la rentrée de septembre », complète la syndicaliste. « La semaine dernière, il y avait plein de classes fermées à cause du non remplacement d’enseignants malades. La situation n’était pas tenable avant la crise covid, avec la pandémie c’est encore pire, car ingérable, dans le premier degré » s’alarme Fleur Bidon qui est aussi directrice d’école à Saint Sylvestre. Reste à savoir si la rectrice sera réceptive à leurs doléances ou pas. Le piquet de grève c’est ce jeudi 13 janvier. Date à laquelle le rectorat annonce d’ailleurs une conférence de presse.

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