Urgences saturées au CHU de Limoges : le personnel lance un droit d’alerte

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Ce lundi 10 janvier 2022, la CFDT Santé a déposé, au nom du personnel des urgences, un droit d’alerte sur la situation intenable dans le service. Cette procédure dégage la responsabilité des professionnels en cas d’accident.

« Ce week-end, nous avons recueilli 55 signatures sur les 93 personnels non-soignants des urgences du CHU de Limoges, infirmiers et aides soignants. Et nous en attendons d’autres dans la journée », annonce David Bonnet de la CFDT Santé.

La procédure du droit d’alerte est lancée. Elle vise à alerter la direction sur les conditions de travail dans le service des urgences, qui ne permettent plus d’assurer la sécurité des professionnels et des patients.
« Le droit d’alerte dégage la responsabilité des professionnels en cas d’accident, si un patient se retourne contre l’hôpital », précise David Bonnet.

Le syndicat estime que le personnel des urgences n’est plus en état d’accomplir correctement sa mission. « L’engorgement des urgences est un problème chronique, mais qui est majoré par la crise du Covid », explique le syndicaliste.

5-6 jours sur un brancard

Le service des urgences fait face ces dernières semaines à un afflux massif de patients. Un record de 160 passages aux urgences a été enregistré lundi dernier. Le nombre de patients se présentant avec des symptômes du Covid est passé de 2 à 3 en décembre à une quinzaine par jour en ce début janvier.

Mais le problème est surtout l’impossibilité de trouver des lits dans les autres services pour les patients qui nécessitent une hospitalisation. De nombreux lits sont fermés pour cause de manque de personnel (aggravé par l’épidémie) et des secteurs réservés aux patients Covid.
Résultat : les patients s’entassent aux urgences.

« Ces derniers temps, on a souvent une soixantaine de personnes en même temps aux urgences [alors que le service est configuré pour en accueillir une trentaine, NDLR]. Ils restent parfois 5-6 jours sur un brancard dans le couloir. Ce sont souvent des personnes très âgées, parfois démentes, à qui nous sommes obligés de passer des contentions. On est obligé de les changer, malheureusement, dans des utilités. On n’a pas assez de matériel. On travaille dans des conditions qui ne sont plus sécuritaires » décrit un infirmier des urgences qui souhaite conserver l’anonymat.

Les réponses de la direction

La procédure de droit d’alerte devrait rapidement déclencher une réunion avec la direction.
La CFDT attend que des mesures concrètes soient proposées pour pallier à cette situation. « Il faut absolument des réouvertures de lits dans les étages. Nous savons que la direction fait appel à l’intérim pour pallier au manque de personnel. Nous pensons que ces moyens financiers pourraient être utilisés pour rémunérer en heures sup majorées le personnel qui est rappelé sur ses congés », avance David Bonnet de la CFDT.
Le syndicat a sollicité la DRH pour des embauches d'agents afin de renforcer les équipes en place épuisées, notamment dans la filière gériatrique.

La direction, que vous avions contactée jeudi dernier à ce sujet, est tout à fait consciente du problème et affirme mettre en œuvre des solutions : « Ces derniers jours, nous avons fait bougé le curseur entre les hospitalisations programmées et les patients des urgences, en privilégiant réellement les urgences. Nous accélérons la déprogrammation, et le transfert de patients vers d’autres structures comme la Polyclinique et les hôpitaux du département. Nous sommes également parvenus à faire de la place dans le secteur Covid, ce qui nous a permis de rouvrir 7 lits en urologie », détaille Jean-Christophe Rousseau, le directeur général adjoint du CHU.

En juin dernier, un précédent droit d’alerte avait déjà été déposé par la CFDT Santé, signé par l’ensemble du personnel des urgences.
Il avait été levé au bout d’une quinzaine de jours, la direction ayant annoncé des réouvertures de lits dans plusieurs services, l’acquisition de matériel pour les urgences (brancards, matelas), et assuré un renfort de personnel en cas de situation tendue.

Six mois après, les mêmes problèmes se posent. A une différence près : cette fois, la vague épidémique est en pleine ascension.