Saint-Junien : les écologistes font plier la mairie devant le tribunal administratif sur un projet immobilier

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Écrit par Nassuf Djailani avec Margot Blanloeil

Le tribunal administratif de Limoges, saisi par une association saint-juniaude vient de faire retoquer un projet d’implantation d’un lotissement sur un espace naturel porté par la mairie de Saint-Junien. Une première victoire pour les défenseurs de l’environnement.

Quand on le retrouve sur l’espace naturel du lieu-dit Les Goulas, ce jour-là, en bord d’autoroute à l’entrée de Saint-Junien, Daniel Jarrige est intarissable sur les raisons qui le motivent dans sa bataille contre le projet immobilier encouragé par la mairie de Saint-Junien. « Ici, sur ce terrain, vous avez un côté qui fait zone humide, prairie, affleurement rocheux derrière moi », autant de richesse à protéger, à conserver, argumente le défenseur de l’environnement.

 

Ces huit hectares de verdure auraient pu être transformés en zone pavillonnaire, mais le tribunal administratif de Limoges en a décidé autrement. Le 9 juin dernier, il annule la délibération du Conseil Municipal qui prévoyait la vente ces parcelles à un promoteur immobilier. Une décision satisfaisante pour Saint-Junien Environnement.

 

« Avec les excès climatiques que nous connaissons, c’est important de conserver des zones naturelles en cœur de ville, réaffirme Daniel Jarrige, le président de l’association Saint-Junien Environnement. C’est un terrain qui reçoit toutes les eaux pluviales des lotissements alentours. Il fait zone tampon quand il y a des évènements pluvieux importants ».

 

L’association Saint-Junien Environnement a demandé au tribunal administratif « d’annuler pour excès de pouvoir la délibération du 26 juin 2019, par laquelle le conseil municipal a approuvé la mise en vente du terrain communal des Goulas ». Pour l’association, la délibération est « insuffisamment motivée et elle ne respecte pas l’avis du service des domaines alors que cela est prévu par le code des collectivités territoriales ». Et surtout « les parcelles présentent un intérêt écologique indéniable car elles comportent notamment des zones humides, boisées, de prairies riches, un espace naturel riche rare et protégé, abritant une biodiversité particulière ». Or, la vente des parcelles risque de créer « une augmentation de l’artificialisation des sols (…) une aberration écologique qui menace directement la richesse environnementale du lieu », détaille les conclusions du tribunal administratif de Limoges.

Cependant, la décision du tribunal retoque seulement les conditions de vente, ce qui retarde le projet mais ne l’empêchera pas.

 

« Nous avons travaillé avec un nouvel aménageur qui a un projet plus cohérent pour l’environnement avec la préservation des espaces boisés, ou encore la récupération des eaux, donc cette décision du tribunal, elle ne fait que nous préciser ce qu’on doit mettre dans une délibération et qu’on avait omis cette fois-là », reconnaît pragmatique Pierre Allard, le Maire de Saint-Junien.

 

Avant la fin de l’année, la municipalité pourrait voter une nouvelle délibération. Ce qui inquiète l’association locale qui tente de protéger cette zone depuis trois ans. Pour l’avocat de la mairie de Saint-Junien, les demandes de l’association sont « irrecevables et inopérantes ». Pire, l’argument selon laquelle, la commune aurait bradé le prix du terrain ne tient pas. Car le terrain est estimé à 300 000 euros et la commune le propose à 290 000 euros ». Le maire rappelle d’ailleurs que « les parcelles concernées sont bien en zone constructible du plan local d’urbanisme (PLU) ».

 

Pas assez pour convaincre les membres de l’association Saint-Junien Environnement.  « Des lotissements y en a partout, réitère Marie-Odile Humbert, vice-présidente de l’association Saint-Junien Environnement. On est à une époque où on essaie de mettre moins de béton. On ne va pas démolir ce qu’on a construit, autant préserver ce qu’on a encore. Evidemment si on pouvait le déclarer en zone protégée ce serait bien ».

 

L’association n’a donc pas dit son dernier mot. Elle veut continuer à se battre pour éviter la construction d’un futur ensemble immobilier sur la zone des Goulas.