Ostensions Limousines : du Limousin à New-York, l'incroyable histoire du buste d'Aredius

durée de la vidéo : 00h01mn52s
Dimanche 7 mai 2023, les Arédiens fêtent les ostensions de leur commune. L'occasion de se pencher sur la rocambolesque histoire du buste reliquaire de leur Saint-Patron. ©Gwenola Bériou ; Nassuf Djailani ; Chantal Cogne

Ce 7 mai 2023, Saint-Yrieix-la-Perche célèbre ses 73e ostensions septennales. Celles-ci ont pour objet d'honorer les saints protecteurs de la ville, notamment Aredius, dont les reliques sont contenues dans un buste sculpté. Oui, mais voilà, ce buste, n'est pas l'original : le vrai est depuis plus d'un siècle à New York, au MET l'un des plus prestigieux musée du monde.

Aredius, Arède d'Attane, ou encore Yrieix du Limousin, était un évangélisateur chrétien du VIe siècle. Né à Attane, l'ancien nom de Saint-Yrieix-la-Perche (Haute-Vienne), où il fonda une abbaye prospère. Il est le Saint-Patron des Arédiens. C'est lui, au côté de Saint Férreol, Saint-Patron de Nexon qui est fêté ce 7 mai 2023, à l'occasion des 73e ostensions septennales, en présence de l'évêque de Limoges et devant un public venu nombreux.

Comme dans toutes les villes du Limousin lors d'un tel évènement, les reliques (les restes du corps du saint, ossements, petits objets), sont sorties et montrées, ostensiblement, à toute la population. Les reliques des saints sont contenues dans des châsses. Celle de Saint-Yrieix a la forme de son buste. Un magnifique buste sculpté dans un métal précieux.

Trafic d'objets religieux

Depuis plus de dix siècles, ce buste reliquaire est sorti tous les sept ans. Toujours aussi beau, toujours aussi impressionnant. Sauf que, depuis le début du 20e siècle, ce n'est plus le même buste. C'est une copie qui est présentée à la population.

En effet, selon les travaux de recherche des historiens Philippe Grandcoing et Vincent Brousse, le buste d'Aredius aurait disparu de Saint-Yrieix depuis 1907, deux ans après la séparation de l'Eglise et de l'Etat. Une période floue au cours de laquelle certains biens de l'Église se sont volatilisés.

L'enquête des deux historiens les a mis sur la piste d'un certain JP Morgan, un Américain qui l'aurait acheté à un antiquaire pour 300 000 francs-or en 1907. Pour vous donner une idée du prix, à l'époque, un instituteur gagnait 2000 francs-or par an.

"Ce qui s'est probablement passé, c'est qu'un curé de Saint-Yrieix a été démarché par un antiquaire parisien, qui lui a proposé une copie et lui, il lui a acheté l'original. Et cet antiquaire a ensuite revendu le buste à JP Morgan le milliardaire américain," confirme Philippe Grandcoing.

En 1917, le milliardaire américain en a tout simplement fait cadeau au MET, le Métropolitain Museum of Art de New York où il est, depuis, exposé

Le retour d'Arédius à Saint-Yrieix ?

Le plus incroyable, c’est peut-être qu’il a fallu attendre près de 60 ans pour s’apercevoir de la supercherie.

Dans les années 60, le buste d’Arédius est prêté pour être présenté lors de la grande foire exposition de Paris. Il va passer entre les mains de spécialistes qui l’expertisent et s’aperçoivent qu'il s'agit d'une copie.

Depuis 2015, la ville de Saint-Yrieix-la-Perche a engagé des démarches pour récupérer le buste de son Saint-Patron, le vrai. Mais cela paraît très compliqué. La communication est bien difficile entre l'un des plus prestigieux musée du monde et le maire de Saint-Yrieix-la-Perche. Alors, celui-ci se dit que, finalement, Arédius n'est pas si mal à New-York où il pourrait-être un ambassadeur du pays Arédien aux Etats-Unis.

"Vous savez, le MET, c'est une grande maison qui a plein de choses et une renommée internationale. Le buste est très, très bien placé au musée de New-York, et par conséquent, on pourrait en profiter pour faire aussi la promotion de nos richesses archéologiques, de notre tourisme et de notre culture," se console Daniel Boisserie. 

Pour en savoir plus sur l'histoire du buste de Saint Yrieix et pour découvrir bien d'autres histoires de trésors limousins pillés, plongez-vous dans l'ouvrage de Philippe Grandcoing et Vincent Brousse, paru en 2019 aux Ardents Éditeurs : La belle époque des pilleurs d'églises.