Le ton des voeux du syndicat agricole la Coordination rurale 87 fait réagir

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Écrit par Isabelle Rio

La campagne d'affichage du syndicat agricole la Coordination rurale de la Haute-Vienne et l'éditorial de son président, Patrick Blanc, font réagir dans le milieu agricole. Un ton et des propos  jugés haineux et provoquants par des paysans qui tiennent à se démarquer.

L'éditorial du Président de la Coordination rurale, Patrick Blanc, dans le dernier exemplaire de la revue du syndicat agricole "100% paysans" n'est pas passé inaperçu et fait plutôt réagir.

Le nouveau président, qui se félicite d'avoir succédé en août 2020 à Emilie Pons, ne mâche pas ses mots et n'hésite pas à aller au delà d'un positionnement syndical.

"Lors du premier confinement, soyons honnêtes, nous étions bien ; les administrations sont restées en standby, pas de contrôles, pas de commerciaux, peu de voitures sur les routes... on pouvait bosser sereinement, arracher, creuser, drainer... Personne pour nous faire chier sur nos fermes !"

extrait de l'édito de Patrick Blanc, agriculteur et Président de la Coordination rurale 87

 

Et de poursuivre son éditorial en regrettant la reprise des contrôles et de fait, le risque de contamination à la covid-19 que ces visites font encourir aux exploitants agricoles.

Les "écolos nouvelle race d'emmerdeurs" en prennent aussi largement pour leur grade.

Des propos repris par la campagne d'affichage du même syndicat sur l'ensemble de la Haute-Vienne, à l'instar de celui-ci "Respecte les paysans ou fous le camp". Des affiches spécifiquement haut-viennoises, dont les slogans ont été décidés par le Conseil d’administration de ce syndicat agricole.

Un ton qui se veut représentatif pour défendre la profession mais qui fait grincer des dents des paysans.

Philippe Babaudou, ancien président de Saveurs fermières, paysan à Saint Genest sur Roselle et secrétaire de la Confédération paysanne de la Haute-Vienne, a été le premier à réagir. 

Prétendre défendre les paysans et appeler à les respecter tout en proférant en leur nom des menaces et des incitations à la haine est non seulement délirant mais ne s'inscrit dans aucune tradition ni paysanne ni syndicale de ce département. 

Philippe Babaudou, paysan à Saint Genest sur Roselle

Il regrette cette stigmatisation de professionnels ou d'opposants qui est contre-productive et donne une mauvaise image de l'agriculture. Il y a à ses yeux suffisamment de tensions pour ne pas rajouter de mots qu'il qualifie de caniveau. Le changement du climat, la baisse de consommation, les traités de libre échange, la répartition des marges au sein de la filière sont les vrais sujets de discussion qui méritent toute l'attention de la profession.

Pour le porte-parole Nouvelle-Aquitaine de la Confédération paysanne, Frédéric Lascaux, le problème essentiel des éleveurs est de ne pas pouvoir vivre de leur métier. Il rappelle notamment que la loi Egalim n'est suivie d'aucun effet tant que l'Etat ne joue pas son rôle de régulateur. Il souligne que le Limousin a tout ce qu'il faut pour une vraie filière de qualité, en valorisant la richesse du territoire et en réactivant le maillage local de distribution que sont notamment les boucheries.

Nous regrettons le positionnement agressif de la Coordination rurale. Cela fait des années que ce syndicat joue sur ce terrain, il n'y a rien de constructif et de solidaire, il n'y a que de la dénonciation et de l'animosité polémique qui divise. Il nous faudrait au contraire nous serrer les coudes sur les sujets essentiels, c'est le rôle de la chambre d'agriculture" 

Fredéric Lascaux Porte-parole de la confédération paysanne Nouvelle-Aquitaine

 

La coordination rurale affirme avoir 240 adhérents en Haute-Vienne. Ce syndicat a gagné les élections consulaires à la chambre d’agriculture de la Haute-Vienne en mars 2019. Il y a ravi la place que s’était forgée depuis des décennies la FDSEA, syndicat majoritaire en France. La coordination rurale dirige depuis mars 2020 les chambres d’agriculture de trois départements en France (tous en Nouvelle-Aquitaine) : la Vienne, le Lot-et-Garonne et donc la Haute-Vienne avec la présidence de Bertrand Venteau.