Une décision de la Laiterie des Fayes critiquée par la Coordination rurale

Pour tout achat d'une bouteille en verre réutilisable pour être remplie de lait en vrac, la Laiterie des Fayes s'engage à reverser 50 centimes à l'association Limousin Nature Environnement. Une action sociale et solidaire qui n'est pas du goût du syndicat agricole la Coordination rurale 87.

 

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Illustration © Pixabay

C'est le grand retour de la bouteille de lait en verre ! celle qu'on vide et qu'on remplit à nouveau, évitant une surconsommation d'emballages au quotidien. Une tendance qui n'a pas échappé à la Laiterie des Fayes, qui souhaite coller aux nouveaux modes de consommation. La boutique d'usine de la coopérative propose donc à la vente du lait en vrac. Les clients viennent avec leur propre contenant mais s'ils n'en ont pas, ils peuvent acheter ce contenant en verre siglé au nom de la Laiterie des Fayes "laiterie des limousins depuis 1942".

Et dans son rôle de coopérative qui se doit de faire de l'économie sociale et solidaire, la direction a décidé de reverser 50c d'euros du prix d'achat de ces bouteilles en verre à une association du territoire. Cela représente une somme avoisinant les 50€ à l'année, pour une centaine de bouteilles en verre vendues à la boutique. Le personnel de la laiterie a choisi l'association Limousin Nature Environnement. Une convention a été signée en octobre dernier avec l'association, celle-ci proposant en contre-partie aux salariés qui le souhaitent des sorties dans la nature.

Mais ce n'est pas du goût du syndicat agricole la Coordination rurale, qui réagit sur les réseaux sociaux en associant ce don aux difficultés financières vécues par la filière laitière en ce moment. "Pour l'année 2020, le prix de base du litre de lait a été de 0,325 cts/litre, alors que pour une rémunération juste et en adéquation avec les coûts de production il faudrait que les éleveurs soient payés 0,40 cts /litre (prix de base). ‼ Laiterie Les Fayes : Rémunérez les éleveurs, plutôt que l'écologie punitive ! "

Le syndicat interpelle une nouvelle fois sur la loi EGalim (loi agriculture et Alimentation) qui devait leur garantir une plus juste rémunération de leur travail mais qui n'est pas appliquée. La coordination rurale sort à peine d'une semaine d'opérations coup de poing dans les grandes villes de Nouvelle-Aquitaine, visant principalement la grande distribution qui ne joue pas le jeu, flouant à la fois les producteurs et les consommateurs.

La direction de la Laiterie des Fayes tombe des nues et ne comprend pas la réaction du syndicat agricole. "Loin de nous l'idée de nuire aux agriculteurs et à la filière laitière, alors qu'au contraire, nous oeuvrons au quotidien pour valoriser le travail des éleveurs de la coopérative, nous les associons à notre transformation à toutes les occasions que nous pouvons, par exemple lorsque nous avons exposé l'un de nos produits à Philippe Etchebest dans l'une des émissions Top Chef, ou lorsque le président de région, Alain Rousset, a organisé une visite de la laiterie lors d'un déplacement en Haute-Vienne. Nous avions souhaité que plusieurs des éleveurs de la coopérative soient présents pour que la discussion porte sur toute la filière de production" souligne Fabien Vaurs, le responsable industriel de la Laiterie des Fayes.

La co-direction de la Laiterie des Fayes souligne que la coopérative dépend du groupe Terra Lacta, première coopérative laitière de la région Nouvelle-Aquitaine. Sur 18 départements, ce sont près de 800 millions de litres de lait de vaches et de chèvres qui sont collectés par an. C'est elle qui fixe les rémunérations des éleveurs et le groupe ne fait pas l'objet de contestations de ses éleveurs.

"Nos patrons sont agriculteurs, moi-même je le suis, nous avons à coeur de valoriser la production laitière du Limousin et de la charente limousine, de valoriser la qualité de ces territoires auprès de nos clients. Dans une démarche d'économie solidaire, nous avons souhaité un engagement symbolique auprès de cette association qu'on ne perçoit pas comme anti-agriculteur et qui a des actions positives sur le territoire limousin. C'est aussi avec le même esprit que nous oeuvrons actuellement pour une reconnaissance AOP de notre fromage blanc, dossier pour lequel nous travaillons tous ensemble avec les éleveurs. Notre médaille d'or obtenue au salon de l'agriculture en 2020 est aussi le fruit du travail de nos éleveurs, donc nous ne comprenons pas le message de Patrick Blanc. Nous aurions préféré un appel téléphonique pour s'en expliquer s'il voit un problème".

Le Président de la Chambre d'Agriculture de la Haute-Vienne, Bertrand Venteau, que nous avons questionné sur le communiqué de presse du syndicat agricole, souligne l'excellent travail de transformation du lait récolté par la coopérative, la qualité des produits et la pertinence de sa communication marketing. Mais il apporte une réserve.

"La démarche commerciale de la Laiterie des Fayes n'est pas critiquable, elle est une vitrine du territoire limousin, leurs produits sont très bons, la démarche du vrac est très bonne, ils sont très bons, leur communication est très bien faite. En revanche, qu'ils financent une association qui accuse l'agriculture de façon incessante, qui bloque systématiquement tous les projets agricoles, ce n'est pas acceptable" nuance Bertrand Venteau, président de la Chambre d'Agriculture 87, qui aurait préféré que ce geste soit destiné à une autre association.

Interrogée, l'association Limousin Nature Environnement s'étonne de la réaction du syndicat agricole. Jean-Jacques Rabache, Directeur de FNE, confirme avoir été contacté par la coopérative.

"Nous nous sommes alors renseignés sur le sens de sa démarche commerciale et nous avons constaté que la laiterie n'utilisait plus de bouteilles en plastique, mais uniquement que des briques en carton, ce qui s'inscrivait déjà dans une démarche écologique. Cette volonté supplémentaire de faire du vrac et de distribuer son lait avec un emballage en verre réutilisable confirmait le cap pris par cette coopérative. Nous avons donc signé une convention par laquelle, en échange du reversement de cette contribution au soutien des actions d'intérêt général de l'association, les salariés qui le souhaitent participeront à des sorties pleine nature" poursuit Jean-Jacques Rabache.

Quant au grief fait par le Président de la Chambre d'agriculture de la Haute-Vienne, Limousin Nature Environnement se défend d'être systématiquement contre les agriculteurs. "Nous intervenons régulièrement à la demande d'agriculteurs pour les conseiller et les aider dans leurs pratiques. Nous nous opposons en revanche à tout projet contraire à l'intérêt général, qu'il soit particulier, conseil départemental pour un projet routier contestable par exemple ou agriculteur, dès lors qu'une pratique ne respecte pas l'environnement, l'intérêt général et l'intérêt des générations futures"

 

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