Justice : la cour d'appel de Poitiers confirme la peine de 18 ans de réclusion à l'encontre de Christophe Mercadal

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Écrit par Yann Salaün

Dans le cadre du procès dit "des SDF", le Niortais Christophe Mercadal comparaissait avec quatre autres prévenus en novembre 2020 pour le meurtre de Damien Porcher. Dans cette affaire, Mercadal continue de clamer son innocence mais la cour d'appel à confirmé la peine prononcée en première instance.

Le 19 juillet 2016, le cadavre de Damien Porcher, 39 ans, est découvert dans la cave d'un immeuble squatté du centre-ville de Niort. Trois jours plus tard, les corps de trois autres victimes refont surface dans différents sites de la préfecture deux-sévrienne. Meurtre, viol, torture et actes de barbarie, à l'automne dernier, cinq SDF sont jugés en première instance dans un procès hors normes qui allait frapper les esprits. 

Les deux principaux instigateurs de cette folie meurtrière, Thierry Nicollas et son bras droit, Loan Malécot, sont condamnés à la réclusion criminelle à perpétuité. Mercadal alias "Titi la canne", impliqué dans le meurtre de ce père de deux enfants,  écope, alors, de 18 ans de réclusion. Depuis, il continue de clamer son innocence, ce qui l'a amené cette semaine à comparaître en appel devant les assises de la Vienne.

"J’ai la conviction intime qu’il est innocent"

"Damien Porcher a été exécuté sans procès, de manière parfaitement répugnante, enterré comme on a du mal à le faire pour un animal", déclarait Frédéric Clot, l'avocat général devant la cour d'appel, selon nos confrères de La Nouvelle République. "La culpabilité des trois est clairement établie, renchérissait Me Julien Sevet, l'avocat des parties civiles, "et Titi la canne, quoi qu’il en dise, c’est un pilier de la bande". L'accusé, lui, maintenait sa première version des faits qu'il résumait à "deux claques et deux coups de poings pour tenter de le réveiller". Les deux marginaux se connaissaient et un vieux contentieux autour de la perte d'un chien électrisait leurs rapports. Mais "Titi" conteste l'intention de tuer.

Au lendemain du verdict, Me Alain Fouquet, l'avocat de Mercadal ne peut qu'exprimer son amertume. "La justice des pauvres est une justice difficile", explique-t-il. "J’ai la conviction intime qu’il est innocent. La cour d’appel de Poitiers l’a écouté, ce qui n’avait pas été le cas à Niort où  il n’avait pas pu exister. Mais il y a un doute qui subsiste sur sa responsabilité pénale dans le meurtre, au niveau des éléments matériels et des coups portés et surtout un doute immense en ce qui concerne l’intentionnalité."

En première instance, Mercadal se comparait dans son enfance à une poche poubelle que l’on trimbale. "Ma vie, j’en ai fait un gâchis, surtout à cause de l’alcool", déclarait-il alors. "C’est moi qui lui ai donné le surnom Titi à sa naissance", déclarait sa mère à la barre. "Quand mon mari buvait, il me frappait dessus, il frappait les gosses, donc, quand le divorce a été prononcé, j’ai préféré placer les enfants pour les protéger." Suite à une chute en état d'ébriété, le marginal claudiquera à vie et, dans le milieu de la zone niortaise, on le surnommera donc "Titi la canne". 

Selon Me Fouquet, dans cette tragique histoire, c'est le leadership du monde de la rue à Niort qui était en jeu et son client s'était très vite désolidarisé de la bande. Un contexte social complexe qui n'a été retenu ni par l'avocat général et surtout pas par les trois magistrats professionnels et les neuf jurés de ce procès. "Clochard un jour, clochard toujours", résume l'avocat de l'accusé. "Devant une cour, le clochard, il fait la manche de la justice et ce qu’il en a, c’est une piécette. Effectivement, on ne lui a pas collé deux ans de plus, mais ce type a des vraies qualités humaines. Et aujourd’hui, il est dévasté. Il se nourrit chichement d’espoir et celui-là, c’était son dernier."