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La ville de Belfort souhaite donner le nom d'un ancien milicien de Limoges à l'une de ses rues

André Tisserand / © Assemblée Nationale
André Tisserand / © Assemblée Nationale

Le Tribunal Administratif de Besançon examinait hier le recours de deux anciens déportés de Limoges arrêtés par la Milice. Ils demandent la suspension de la décision du conseil municipal de Belfort de donner un nom de rue à André Tisserand qui en était l'un des dirigeants.

Par Pascal Coussy

André Tisserand a été député UDR de Belfort de 1968 à 1973. Il y est décédé en 1997.

Mais durant la seconde guerre mondiale, il s'était d'abord illustré de sinistre manière à Limoges, où il était né en 1919, en devenant un des membres les plus actifs de la Milice locale

Devant le tribunal, les avocats des plaignants ont évoque la trajectoire d'un jeune homme idéologiquement engagé dans la Milice et qui s'est retrouvé aux côtés des allemands jusqu'au bout de la guerre.
A Limoges il aurait aussi été l'un des fondateurs des "Corps Francs", des groupes para-militaires qui aideront la Gestapo dans ses exactions.

Jean Borgo, l'un des deux plaignants, avait été arrêté puis déporté par la Milice.
Michel Blum, lui, a perdu seize membres de sa famille dans les camps nazis. Sept ont été arrêtés par la Milice de Limoges. « La plus jeune avait à peine deux ans », glisse-t-il en précisant bien que les faits se sont produits à une époque où le futur député de Belfort était milicien à Limoges.

En 1946, tout en reconnaissant qu'il avait été milicien, André Tisserand a fait annuler sa peine d'indignité nationale par la Cour Civique de Pau en affirmant qu'il avait sauvé trois juifs à Limoges.

un jeune homme idéologiquement engagé dans la Milice et qui s'est retrouvé aux côtés des allemands jusqu'au bout de la guerre



Mais devant le Tribunal Administratif, Nadia Hoffnung de l'association "Judaïque Culture" a expliqué que ses recherches menées en France et en Israël ces dernières l'avaient amenée à une autre conclusion. 
Elle a retrouvé la famille juive de l’immeuble Tisserand, dont l’appartement avait été réquisitionné pour qu’André Tisserand y installe des bureaux de la Milice. Pensant être à l’abri au dernier étage, elle y avait finalement été arrêtée par la Milice, ne devant son salut qu’à l’avancée des Maquisards.

Elle ajoute qu'à Limoges, il n'existe aucun cas connu de milicien qui soit devenu résistant et en conclut qu'André Tisserand avait bénéficié de témoignages de complaisance.

Pour l'avocat de la LICRA, donner le nom d'André Tisserand à une rue est "un affront à l'honneur des déportés et des victimes".

une "polémique malsaine" pour l'avocat de la ville de Belfort






L'avocat de la ville de Belfort évoque de son côté une "polémique malsaine" affirmant que " le procès fait à la mémoire d’André Tisserand depuis plusieurs semaines est uniquement à charge, sans qu’il soit défendu". 

Il estime enfin que le procès n'était pas utile puisque la rue en question est en train de sortir de terre et n'aura pas de plaque avant plusieurs mois.

D'ailleurs le Conseil Municipal de Belfort devrait revenir sur ce point lors de sa séance du 29 septembre prochain.

Saisi en réfferé, le Tribunal Administratif de Besançon rendra sa décision jeudi 22 septembre dans l'après-midi.




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