Coronavirus : Restez chez vous… mais allez aux champs !

© Clément Alet France 3
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Dans le monde agricole, les propos du ministre de l’Agriculture invitant les Français à rejoindre « la grande armée de l’agriculture » en ont surpris plus d’un à commencer par les responsables syndicaux. Dans les Landes, la FDSEA et le MODEF réagissent à cette annonce.

Par Clément Alet

A la tête de la FDSEA dans les Landes, François Lesparre s’étonne avant tout d’une chose essentielle : « Cette crise et ces propos mettent en évidence une chose : comment fait-on pour manger ? Cela recentre tout d’un coup la place des agriculteurs dans la société ».

Mais pour le reste, difficile de savoir si l’invitation du ministre a réellement du sens. « C’est un peu tape à l’œil. C’est positif mais qui va réellement répondre à ce vrai défi ? ».
Sans attendre la sortie de Didier Guillaume, François Lesparre a « secoué son réseau dans les départements voisins pour voir comment s’organiser face à la situation ». Dans les Landes, il n’y a pas pénurie de main d’œuvre selon lui. Les travailleurs saisonniers qui ramassent les asperges sont là mais l’activité est ralentie, la filière est en grande difficulté depuis le début du confinement. Alors permettre que cette main d’œuvre saisonnière qualifiée puisse aller travailler dans le Lot-et-Garonne par exemple pourrait être une solution. « C’est une main d’œuvre étrangère, sans forcément de moyens de locomotion. Et puis une fois sur place, se posent aussi les questions d’hébergements. Tout cela dans le cadre du confinement, c’est complexe ».

Au-delà de la question des « bras », se pose aussi la question du savoir-faire. Les différents secteurs agricoles demandent plus ou moins de technicité.

Une collègue du Lot-et-Garonne m’expliquait qu’il fallait une semaine de formation pour bien cueillir des fraises. Pour castrer du maïs en revanche, il faut une ou deux journées d’apprentissage. Là où nous sommes vigilants, c’est concernant la main d’œuvre dans les abattoirs et les équipes d’attrapeurs de volailles.
François Lesparre

" Car le marché se tend. Depuis le début du confinement, la demande de volailles augmente fortement en France, bien plus que le canard," selon le syndicaliste.

 
Agriculteur au travail dans la campagne chalossaise au printemps 2020 / © Clément Alet France 3
Agriculteur au travail dans la campagne chalossaise au printemps 2020 / © Clément Alet France 3


« J’en ai des milliers sur les bras depuis que mon revendeur à Toulouse a fermé ses onze marchés. Je ne sais pas ce qu’il faut faire pour les canards », déplore Serge Mora, président du MODEF de Landes, lorsqu’on lui demande comment il se porte en ces temps de confinement.
Alors les belles invitations à l’entraide citoyenne du ministre de l’agriculture, il n’y croit pas.

Ces gens-là n’ont pas les pieds sur terre. On va les trouver où ces gens qui voudraient venir bosser ? On fait des métiers physiques, pénibles, techniques et on vit dans une société où on fait croire qu’on peut gagner sa vie sans forcer ou presque. Alors cet appel du ministre, c’est bien gentil mais c’est trop tard et ce n’est pas possible. Et puis quelle contradiction encore une fois : comment peut-on demander aux gens de rester chez eux, mais en même temps, d’aller filer un coup de main aux champs ?


Pour le responsable syndical du MODEF, la priorité devrait plutôt se concentrer sur la réouverture d’un maximum de marchés pour permettre aux producteurs de vendre directement leurs produits. « Puisque les marchés ne peuvent désormais accueillir que de l’alimentaire, cela veut dire qu’il y a suffisamment de place pour respecter les distances entre stands. On est capables d’organiser et de juguler des flux, de faire respecter les règles de distanciation et sanitaires avec du gel à l’entrée et à la sortie, de faire un sens de circulation. Les exposants sont tous équipés de gants et il n’y a qu’eux qui touchent les produits, à la différence de ce qui se passe dans les étals de légumes ou de fruits des supermarchés par exemple ».

Excédé par les fermetures des marchés, Serge Mora espère désormais que les maires vont avoir le courage de prendre des dérogations pour sauver les producteurs. Mais pour l’heure, il va devoir trouver une solution pour ses canards qu’il ne peut plus vendre. « A l’issue de cette crise, quand nous serons sortis de tout ça, va vraiment falloir changer de logiciel. J’espère juste qu’il ne sera pas trop tard ».
 
© Clément Alet France 3
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