Grippe aviaire : Il faut aller plus vite pour le ministre de l’agriculture Julien Denormandie

Julien Denormandie vient soutenir les acteurs de la filière, ce vendredi 8 janvier, à Mont-de-Marsan dans les Landes. Le ministre de l’agriculture annonce un dépeuplement massif qui passe de 3 à 5 km autour des foyers contaminés.

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Face à l’explosion des cas de grippe aviaire, le ministre de l’agriculture a décidé de renforcer le protocole sanitaire et annonce un dépeuplement massif qui passe de 3 à 5 km autour des foyers contaminés. Les  capacités d’abattage des animaux vont être augmentées et des abattoirs réquisitionnés. C’est une course contre la montre qui est engagée pour endiguer l’épizootie. Depuis début décembre, et la découverte d'un premier foyer dans un élevage de Bénesse-Maremne, la grippe aviaire ne cesse de gagner du terrain.

Elevage vidé de ses canards chez Eric Dumas, vice président du CIFOG
Elevage vidé de ses canards chez Eric Dumas, vice président du CIFOG © F3NA

Plusieurs centaines de milliers canards abattus, c'est déjà "colossal, mais malheureusement ce n'est pas encore assez",  a estimé Julien Denormandie sur France Bleu Gascogne ce vendredi matin. "Force est de constater qu'on n'est pas allé assez vite",  a-t-il reconnu. 
"Pour aller plus vite, il faut accroître les capacités d'abattage et c'est ce que nous avons mis en place aujourd'hui avec notamment des réquisitions d'abattoirs,la constitution de plate-formes techniques ad hoc que nous crééons pour l'occasion, avec de grosses capacités d'abattage", a-t-il poursuivi.

Le ministre a aussi mis en garde:  "abattre un élevage de canards, ça ne se fait pas en un claquement de doigts, c'est un protocole sanitaire, c'est s'assurer que dans le transfert de canards il n'y ait pas le transfert possible du virus, c'est un protocole au moment ou on euthanasie les volailles".

Dans les Landes, où 119 foyers d’infection ont déjà été identifiés, 400 000 canards ont été abattus. Ils seront plus d’un million dans les jours qui viennent. "Moi, je suis témoin chez moi d’un virus qui en 36 heures a fait six kilomètres et n’a épargné aucun élevage de canards sur sa route "  précise le patron de FDSEA des Landes.

Il faut aller plus loin pour les éleveurs

Le principal syndicat agricole du département estime la mesure insuffisante. Son président, François Lesparre, plaide toujours pour une solution radicale dans les élevages: le dépeuplement total pour les palmipèdes. " Cela ne suffit pas. C’est trop tard. On n’est plus dans le match. Le virus s’étale tellement vite que les zones vont se rejoindre. Je me demande même comment on va protéger nos départements voisins" ajoute t-il. Le syndicat dénonce une perte du temps. Pour lui, le vide sanitaire, comme en 2016 et 2017, est maintenant incontournable.

Coup de gueule de la FDSEA ce vendredi midi "On est victime et en colère, on ne maîtrise plus rien"

Réaction dans les Landes

Même sentiment chez le président du Mouvement de défense des exploitants familiaux (Modef) des Landes. Serge Mora est dépité. " C’est malheureux de parler comme ça mais c’est insuffisant. En dix jours le virus a fait 50 kilomètres !"Lui aussi plaide pour un vide sanitaire complet et insiste sur le fait ne plus avoir le choix. "Dans notre secteur à Mugron, ça claque, c’est écœurant pour l’éleveur. C’est la négation de notre travail. On ramasse les cadavres. On aurait eu la possibilité d’abattre par nous même au début de la crise, on en serait pas là !" 

Serge Mora élève des canards depuis 37 ans et c’est la troisième crise sanitaire qu’il subie. Il le sait, dans quelques jours, lui aussi verra ses 2400 animaux euthanasiés. Comme d’autres producteurs, il réclame des aides pour les éleveurs concernés pour compenser les pertes liés aux abattages.

Des mesures d’abattage mais aussi d’indemnisations

"Il y aura des indemnisations qui portent sur la valeur marchande des canards", lui a répondu ce vendredi matin Julien Denormandie sur France Bleu Gascogne. “Ces indemnisations fonctionneront avec un système d'acomptes, dont les premiers seront versés dès la semaine prochaine aux éleveurs lorsque les dossiers seront transmis aux services de l’État ».

Serge Mora acquiesce. "Pour avoir déjà vécu ça, c’est catatastrophique au niveau des trésoreries. Il nous est même arrivés, une année, de faire payer les courses aux enfants car on a avait plus un radis! "

Le Cifog (Comité Interprofessionnel des Palmipèdes à Foie Gras) demande de réactiver le système d'aides mis en place en 2017, comprenant des aides pour les couvoirs, les éleveurs, mais aussi les entreprises de transformation qui vont être en manque de matière première.

Mais pourquoi ne vaccine t-on pas les animaux ?

Sur la question de la vaccination, Julien Denormandie reste prudent et rappelle qu’il n’y a pas de vaccins aujourd’hui homologués. Et le ministre de préciser les contraintes à l’export de cette éventuelle solution. "Un certain nombre de pays à l’export refusent d’acheter de la volaille vaccinée" redoutant qu'elle "soit porteuse saine du virus, et qu’elle puisse contaminer des volailles localement."

Ce retour de la grippe aviaire réveille le traumatisme des hivers 2015-16 et 2016-17, des épisodes qui avaient entraîné l'abattage de millions de canards et des arrêts prolongés de production. Un bilan qui s'était élevé à 350 millions d'euros de pertes pour l'ensemble du secteur.

 

 

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