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Le terroriste assigné à résidence en fuite avait vécu à Saint-Pierre d'Oléron

© PHOTOPQR/LE TELEGRAMME
© PHOTOPQR/LE TELEGRAMME

Merouane Benahmed a pris la fuite. Cet Algérien condamné pour terrorisme est, depuis sa sortie de prison, l'homme que les maires redoutent de voir surgir. Interdit de séjour en France, il ne peut être expulsé vers son pays d'origine. Durant son tour de France, il a vécu en Charente-Maritime.

Par Hugo Lemonier

Merouane Benahmed, l'assigné à résidence en fuite, a fait le tour de France depuis sa sortie de prison. Ballotté de ville en ville par le ministère de l'Intérieur pour éviter que se reconstitue un réseau autour de lui, l'ex-membre du Groupe islamique armé (GIA) algérien avait posé ses valises en Charente-Maritime en décembre 2013.

En 2006, ce djihadiste est condamné à dix ans de réclusion pour "association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste". Interdit de séjour, il échappe néanmoins à l’expulsion, à sa sortie de prison en 2012, grâce à la Cour européenne des droits de l’homme : elle refuse de l'extrader en Algérie où Merouane Benahmed est condamné à mort par contumace pour son activité au sein du GIA durant la "décennie noire", dans les années 1990. A l'époque, le groupe terroriste met le pays à feu et à sang. Ses membres enchaînent les attentats et les exactions, avant de se réfugier pour une grande part en France où ils essaimeront et formeront la nouvelle génération de terroristes.

L'assigné à résidence sans domicile fixe, l'expulsé inexpulsable... Depuis cette décision de la justice européenne, Merouane Benahmed est l'homme de tous les paradoxes. Privé de son passeport, il est placé en résidence surveillée, mesure administrative réservée aux "étrangers en instance d’éloignement" qui concernait en 2015, selon le ministère de l’Intérieur, sept personnes condamnées pour terrorisme, non expulsables et régulièrement déplacées.

"Menacé de mort"

En plus de ses quatre pointages quotidiens, Merouane Benahmed n’a pas le droit de travailler et a l’obligation de chercher un lieu de résidence hors de France. D’'abord placé à Aiguebelle en Savoie puis à Condom dans le Gers, où il est soupçonné de faire du prosélytisme, le quadragénaire atterrit à Saint-Pierre d'Oléron. Patrick Mocquay, alors maire de la ville, reçoit un coup de téléphone de la préfecture : elle l'informe de l'arrivée d'un nouveau concitoyen. Malaise, comme partout où s'invite cet hôte encombrant.

Indésirable mais nourri et logé au frais de l'Etat en l'absence de moyens pour assurer sa subsistance, Merouane Benahmed s'installe dans l'hôtel Les Jardins d'Oléron. Entre deux visites à la gendarmerie, il sillonne les routes de l'île à vélo et fréquente la salle de musculation. Mais son passé terroriste ne tarde pas à s'ébruiter. Le 23 décembre 2013, il dépose une main-courante pour menaces et injures à caractère racial. Une quinzaine de jours plus tard, il retourne dans le bureau de l'officier de police judicaire pour dénoncer deux "tentatives d'assassinat", comme les qualifira son avocate dans une lettre au ministre de l'Intérieur.

Paranoïaque ou réellement "menacé de mort", Merouane Benahmed décrit la scène en ces termes extraits de son PV d'audition, le 8 janvier 2014 :

"C'est kafkaïen"

Merouane Benahmed tient quelques mois à Saint-Pierre d'Oléron puis direction Marennes. Le maire, Mickaël Vallet, "ne souhaite pas s'exprimer à ce sujet", indique la communication de la municipalité. "Ce n'est pas une décision qu'il a prise, cela dépend de la préfecture : il était obligé d'accepter."  Toujours le même embarras. Après Marennes, ce sera le Finistère, le Maine-et-Loire, l'Aveyron et enfin la Mayenne. A chaque étape, il exhale un parfum de scandale : des journalistes alléchés par l’affaire écrivent que l’ex-membre du GIA n’a rien renié de son passé, des courriers s'amassent sur le bureau du maire, l'élu craque... Et retour à la case départ.

S'est-il lassé de ce ronron quotidien ? Merouane Benhamed a mis les voiles. Assigné à résidence à Evron (Mayenne) depuis décembre 2015, il ne s'est pas présenté à la gendarmerie ce jeudi matin et a disparu sans laisser de traces. "Je n'ai pas de ses nouvelles et j'espère bien ne pas en avoir", déclare son avocate, Me Isabelle Coutant-Peyre. "Que le gouvernement l'oblige à rester en France, c'est illégal. Il n'a pas à justifier où il va." "C'est quelqu'un qu'on empêche de vivre normalement pour des raisons complètement illégitimes. C'est kafkaïen."

En juillet 2015, Benahmed avait été condamné à quatre mois de prison pour non-respect de son assignation à résidence à Quimper (Finistère).

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