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Macron mardi à Agen pour lancer un plan global sur les prisons et les peines

Après une visite vendredi de la prison surpeuplée de Fresnes, Emmanuel Macron se rendra mardi à l'Ecole nationale d'administration pénitentiaire (Enap) d'Agen pour présenter un "plan global sur le sens et l'efficacité des peines", point fort de la future loi de programmation de la justice.
Au sortir du plus dur conflit social en un quart de siècle dans les prisons, le président devrait préciser comment développer des peines alternatives à la détention, comme le bracelet électronique et les travaux d'intérêt général (TIG). Il devrait aussi parler de la construction de prisons, détailler sa promesse de 15.000 places supplémentaires.

A Agen, où il se rend avec la garde des Sceaux Nicole Belloubet, Emmanuel Macron rencontrera des élèves surveillants, des conseillers d'insertion et de probation, des agents du corps d'élite de la pénitentiaire, avant de prononcer un discours sur les grands traits de sa réforme.
"Je veux distinguer entre une peine utile et une peine inutile", avait-il dit en janvier, fixant le cap: ne pas faire de la prison "l'alpha et l'oméga de la peine", favoriser la mise en place "massive" de peines alternatives, mais aussi rendre plus lisibles les condamnations.
"Avec moi, toute peine prononcée sera exécutée", avait-il promis, en particulier pendant le débat d'entre-deux-tours de la présidentielle face à la candidate FN Marine Le Pen.

L'équation était simple: une personne condamnée à de la prison doit aller en détention. Emmanuel Macron s'était donc engagé à "revenir sur la loi" offrant aux primo-délinquants une possibilité d'aménagement de peine pour toute condamnation inférieure ou égale à deux ans. Cet engagement personnel, selon son entourage, explique son choix de se saisir lui-même de la question de la peine, l'un des cinq chantiers prioritaires de la justice avec la transformation numérique, la simplification des procédures pénale
et civile et l'organisation territoriale.
Les axes retenus pour ces chantiers, qui aboutiront en avril à un projet de loi, devraient être présentés mercredi en conseil des ministres par la ministre de la Justice.

Surpopulation 

Le président avait par ailleurs annoncé mi-janvier un plan global pour les prisons françaises, alors en grande partie bloquées par les surveillants, en colère après une série d'agressions.
Ce "plan prison" portera sur l'immobilier pénitentiaire, les conditions de travail des surveillants mais aussi sur le "statut du détenu", selon l'entourage du chef de l'Etat.
Si les gardiens de prison ont déjà obtenu fin janvier 30 millions d'euros de revalorisation indemnitaire et la création de quartiers spécifiques pour les détenus radicalisés, les attentes restent immenses face au mal chronique de la détention, la surpopulation.
Avec des taux d'occupation de 200% en région parisienne et une moyenne nationale de 120%, la France est parmi les mauvais élèves en Europe, au niveau de la Roumanie et loin derrière les Pays-Bas ou la Suède (moins de 85%), selon les données d'Eurostat.
Emmanuel Macron l'a vu à Fresnes (Val-de-Marne): une cellule de 9m2 avec trois lits, un surveillant pour gérer 100 détenus sur une coursive, un bâtiment vétuste attirant rats et punaises de lit.
"La question de l'immobilier pénitentiaire n'a de sens que si on définit qui envoyer en prison", commente l'entourage du président, expliquant que c'est la réflexion sur la peine qui conditionnera la construction de prisons. En somme, une troisième voie entre une gauche dénoncée comme "laxiste" et une droite considérée comme "répressive".

Plusieurs pistes sont étudiées depuis mi-janvier à la Chancellerie à l'issue d'une vaste consultation sur les cinq chantiers: la création d'une "peine de probation", une agence nationale du TIG, une libération automatique aux deux-tiers de la peine sauf avis contraire du juge...
Par ailleurs, la contrôleuse générale des prisons, Adeline Hazan, plaide pour un traitement différent des malades et des "fous" - elle estimait en 2017 que 17.000 détenus auraient dû se trouver à l'hôpital plutôt qu'en prison - et un recours moindre à la détention provisoire - en 2016, le nombre de ces détenus en attente de jugement, donc "présumés innocents", a pour la première fois dépassé le seuil des 20.000.

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