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L'heure de vérité pour Jérôme Cahuzac, l'ancien ministre ira t-il en prison ?

Le tribunal correctionnel de Paris rendra son jugement dans la matinée. Le parquet national financier avait requis 3 ans de prison ferme et 5 années d'inéligibilité à l'encontre de l'ancien ministre du budget et ex maire de Villeneuve-sur-Lot poursuivi pour fraude fiscale.
L'ancien ministre du Budget, Jérôme Cahuzac, le 14 septembre 2016 à Paris.
L'ancien ministre du Budget, Jérôme Cahuzac, le 14 septembre 2016 à Paris. © PATRICE PIERROT / CITIZENSIDE / AFP
Des comptes en Suisse, à Singapour ou sur l'île de Man, le scandale a éclaté il y a quatre ans, alors que Jérôme Cahuzac, alors intraitable ministre du budget, semblait être l'étoile montante du PS.

Son procès en septembre dernier, dans lequel était également poursuivie son épouse Patricia, avait duré deux semaines. Le parquet avait requis 3 ans de prison ferme contre Jérôme et 2 ans ferme contre son ex épouse, pour "une vie familiale enracinée dans la fraude".

L'homme a "trahi tous ses serments" avait argumenté le procureur.

Les Cahuzac ont déjà payé leur dette au fisc d'un redressement majoré d'environ 2,5 millions d'euros. Reste la question de la prison.

Si elle est condamnée, la dermatologue n'ira sans doute pas en détention compte tenu des possibilités d'aménagement de peine. 

En revanche, le risque est réel pour Jérôme Cahuzac. Mais quel sens aurait la prison pour cet homme qui est déjà "un banni", ont plaidé ses avocats.

Le jugement sera scruté avec attention par d'autres illustres prévenus de fraude fiscale, comme les héritiers du marchand d'art Guy Wildenstein qui seront fixés en janvier ou la petite-fille de la couturière Nina Ricci dont le procès en appel est en cours.

Une part d'ombre


C'est l'histoire de la chute d'un homme qui avait "une part d'ombre". Un chirurgien de talent saisi du virus de la politique, un ministre brillant, selon collaborateurs et élus de tous bords.

Mais aussi, comme l'a crûment mis en lumière le procès, un fraudeur au nom de code "Birdie" qui se fait remettre dans la rue des liasses de billets provenant de ses comptes cachés.

Quand, en décembre 2012, le site d'informations Médiapart révèle que le ministre du Budget a un compte en Suisse, Jérôme Cahuzac nie et s'enferre dans le mensonge. Il finira par démissionner le 19 mars 2013 et par avouer le 2 avril.

Le procès a mis à nu les secrets bancaires d'un couple dans la tourmente. Dans les années 90, il fallait placer l'argent qui coulait à flot de la florissante clinique d'implants capillaires gérée par les époux.

"On était conscient de l'illégalité" de ses pratiques, a dit l'ex-épouse, une "femme trahie" qui révélera elle-même aux juges l'existence de comptes sur l'île de Man.

3,5 millions non déclarés


Leur patrimoine global dissimulé est estimé à 3,5 millions d'euros. L'argent s'est retrouvé à hauteur de 600.000 euros sur le compte suisse de Jérôme Cahuzac, transféré en 2009 de la banque genevoise Reyl vers la Julius Baer de Singapour, à hauteur de 2,7 millions d'euros sur le compte de l'île de Man géré par Patricia Cahuzac, et pour près de 240.000 euros de chèques versés sur les comptes de la mère de l'ex-chirurgien.

Contre le banquier suisse François Reyl et l'intermédiaire Philippe Houman, soupçonnés d'avoir "organisé l'opacité" des avoirs, le parquet a requis 18 mois d'emprisonnement avec sursis et 375.000 euros d'amende.

Contre la banque genevoise Reyl, a été demandé l'amende maximale (1,875 million d'euros) et l'interdiction d'exercer une activité bancaire en France pendant cinq ans.

Quatre ans après le séisme, Jérôme Cahuzac, 64 ans, a avancé l'explication surprise d'un financement politique, affirmant que le premier compte ouvert à l'Union des banques suisses (UBS) en 1992 était destiné à financer le courant de feu Michel Rocard.

Cette "hypothèse du trésor" des Rocardiens, balayée par l'accusation comme "un mirage" de plus, permet, pour la défense, d'expliquer "la faute originelle" et toutes les autres transgressions.

Le scandale Cahuzac restera comme le premier accroc à la "République exemplaire" voulue par François Hollande : depuis, la France a renforcé ses outils contre la fraude, avec la création d'une Haute autorité pour la transparence de la vie publique, un statut pour les lanceurs d'alerte, une agence anticorruption.

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L'affaire Cahuzac : le rappel des faits

 

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