"Les dames sont de plus en plus amochées, c'est malheureux." A Marmande, cette association met à l'abri les victimes de violences conjugales

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Écrit par Marine Cardot .

Pour "exfiltrer" les femmes en danger, l'association SOS accueil mamans enfants dispose de quatre appartements d'urgence dans la région de Marmande. Depuis la crise sanitaire, sa présidente note une augmentation des violences, physiques et psychologiques.

A l'extérieur, elle a toujours fait semblant. Mais une fois passés les murs de la maison, personne ne savait ce que Nathalie (le prénom a été modifié) subissait. Pas de bleus, pas d'ecchymose ou de dents cassées. Les violences subies étaient psychologiques. 

Au début de leur mariage, il y a trente ans, tout allait bien. Aujourd'hui encore, la cinquantenaire ne sait pas dire quand les violences ont commencé. Elles sont venues petit à petit, sans qu'elle ne s'en rende compte. "On voit pas que ça vient, puisqu'on vit ça au quotidien", explique-t-elle aujourd'hui. 

Si je ne faisais pas le repas qu'il voulait, il devenait agressif, méchant, il me menaçait, si je n'étais pas rentrée à l'heure, c'était pareil.

Nathalie

à France 3 Aquitaine rédaction web

L'alcoolisme de son mari ne fait qu'empirer la situation. "Quand il ne buvait pas beaucoup, il n'avait pas sa dose, il n'était pas bien. Quand il buvait trop, c'était pareil, c'était un cercle infernal", se souvient-elle.

Contrôle des dépenses 

Petit à petit, son mari se met à contrôler tous les aspects de sa vie. "Il regardait toutes les opérations sur mon compte en banque", relate-t-elle. Toujours accusée d'être trop dépensière, Nathalie doit subvenir seule aux besoins de la famille avec son faible revenu.

"Je payais tout : la nourriture, l'école des enfants, l'électricité, le gaz, les cadeaux d'anniversaire, il ne me donnait pas un centime, raconte la mère de famille. Avec son salaire, il payait uniquement le crédit de la maison et l'assurance."

A force d'humiliations, de jugements, de rabaissements, Nathalie développe des crises d'angoisse. "Je n'arrivais plus à sortir dans mon jardin pour aller étendre le linge, j'avais peur de tout." Plus son mari crie sur elle et sur ses enfants, plus elle perd confiance en elle.

Quand il rentrait du travail, on ne savait pas à quelle sauce on allait être mangés.

Nathalie

à France 3 Aquitaine rédaction web

Il y a quelques mois, son aînée, qui ne supporte plus la situation, l'amène à SOS accueil mamans enfants. L'association marmandaise aide les femmes victimes de violences conjugales. Annick Cornaggia, la présidente, confirme que les violences psychologiques sont plus difficiles à prouver. 

Pour les violences physiques, on va chez le médecin pour les faire reconnaitre, mais une violence psychologique, ça ne se voit pas, il n'y pas de preuves.

Annick Cornaggia

à France 3 Aquitaine rédaction web

La présidente de l'association parle dans certains cas de violences économiques, plus méconnues. "Leur bourreau coupe le chauffage, il surveille toutes les dépenses, les prive de travailler, et ne leur donne pas d'argent, explique Annick Cornaggia. Parfois le frigo est vide. C'est lui qui fait les courses pour leur montrer que sans lui, elles ne sont rien. Il n'a pas besoin de frapper dans ces cas-là, elles ont peur."

"Sans Annick et l'association, je serais encore là-bas"

Nathalie a enduré des violences psychologiques pendant quinze ans, jusqu'à un matin, où Annick est venue la chercher. Elle avait été prévenue deux semaines auparavant, et avait préparé ses affaires en secret. 

Alors que son mari est au travail, Annick vient la prendre en voiture : direction un appartement d'urgence loin de sa maison, où la mère de famille se cachera pendant un mois et demi. 

"Combien de fois j'ai eu l'idée de fuir… Mais quand on a des enfants, on ne sait pas comment faire, et puis je n'avais personne, pas de famille. Si j'avais su que cette association existait, il y a longtemps que je serais partie. 

Nathalie

à France 3 Aquitaine rédaction web

"Sans Annick et l'association, je serais encore là-bas...", continue Nathalie. Annick Cornaggia l'assure, souvent les femmes veulent partir, mais ne savent pas comment faire financièrement. C'est pourquoi, depuis quatre ans, son association propose un accompagnement aux femmes victimes de violences conjugales.

Mettre à l'abri à tout prix

Le téléphone de cette femme de 67 ans, fondatrice de l'association, peut sonner jour et nuit. La semaine dernière, c'est à 23 heures qu'elle reçoit un appel : une dame a été mise dehors avec ses enfants. "A ce moment-là, peu importe l'heure, il faut partir de chez soi et aller la mettre à l'abri." 

Pour "exfiltrer" ces femmes, comme elle dit, l'association dispose de quatre "abris d'urgence" situés dans la région de Marmande. Ils peuvent accueillir les femmes victimes et leurs enfants. Annick Cornaggia parle de "sauvetage"

C'est vraiment en cas d'urgence, on réserve ces abris aux personnes pour lesquelles la descente aux enfers est déjà bien entamée, aux femmes en danger.

Annick Cornaggia

à France 3 Aquitaine rédaction web

Un temps pour souffler en sécurité

Les femmes - auxquelles l'association demande de porter plainte - y restent généralement entre 3 et 6 semaines. "Elles sont rassurées, ça leur permet de se poser, de réfléchir à leur situation, de savoir ce qu'elles veulent vraiment", explique Annick Cornaggia. 

Ces logements sont gratuits, grâce à un partenariat avec Habitalys. Le bailleur social du Lot-et-Garonne met ces appartements meublés à disposition de l'association. "Ce sont de véritables petits cocons, il y a des plantes, et tout est compris : le chauffage, l'eau, etc", se réjouit la présidente de SOS Accueil mamans enfants.

L'association fournit également une aide alimentaire et de puériculture aux mamans, afin qu'elles n'aient rien à débourser. "Quand elles fuient le domicile familial, on leur demande juste de prendre leurs papiers, leur téléphone et leurs affaires personnelles." 

Douze bénévoles

Après leur passage dans l'appartement d'urgence, les victimes sont accompagnées pour retrouver un logement. L'association organise aussi des groupes de paroles, des ateliers de jardinage ou de cuisine, des cours de self défense, et des séances de coiffures pour retrouver l'estime de soi. 

En tout, 12 bénévoles participent à cet accompagnement. Éducatrice spécialisée, hypnothérapeute, coiffeuse, toutes travaillent la journée, et viennent donner de leur temps pour l'association le soir ou le weekend. Des séances avec une psychologue sont également proposées aux femmes accompagnées tous les samedis. 

Des violences qui augmentent

En 2021, SOS Accueil mamans enfants a accompagné 52 femmes et 54 enfants de tous les milieux sociaux. Depuis le début de la crise sanitaire, l'association a vu le nombre d'appels augmenter drastiquement. 

"Ce qui a été exponentiel c'est surtout la violence, les dames sont de plus en plus amochées, c'est malheureux. Avant il y avait aussi des cas graves, mais pas autant." 

Annick Cornaggia

à France 3 Aquitaine rédaction web

Selon Annick, l'augmentation des addictions est en partie en cause. "Les gens n'ont pas travaillé pendant le confinement, ils sont restés chez eux, l'alcool a augmenté nettement et depuis, ils ont pris des mauvaises habitudes." 

Le développement d'outils comme le violentomètre, qui détaille le spectre des violences, peut aussi aider les femmes victimes à se rendre compte de leur situation, selon la directrice. "Elles se voient dans l'orange, donc déjà, elles s'interrogent et puis un jour, elles arrivent dans le rouge, et elles réagissent."

L'association est aussi plus connue, ce qui pourrait expliquer la multiplication des appels. En 2022, SOS accueil mamans enfants a déjà accompagné plus de 65 femmes, et l'année n'est pas finie. Depuis la création de l'association il y a quatre ans, aucune femme hébergée n'est retournée au domicile conjugal.

Annick Cornaggia est également responsable du comité local Nous Toutes du bassin marmandais. Ce vendredi 25 novembre marque la journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes.

Contacter SOS Accueil maman enfants 

Si vous êtes victimes de violences conjugales, composez le 3919

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