Qui pour ramasser les fraises du Lot-et-Garonne à l'heure du confinement ?

Des fraises qui poussent sous la lumière artificielle / © Laurence Couvrand, France Télévisions
Des fraises qui poussent sous la lumière artificielle / © Laurence Couvrand, France Télévisions

En Lot-et-Garonne, premier département producteur de fraises en France, la filière  est inquiète. La fermeture de plusieurs frontières européennes complique le recrutement des saisonniers, tandis que les clients boudent les fruits frais pour se ruer sur les produits de première nécessité. 

Par Ingrid Gallou avec Hélène Chauwin

Des gariguettes, des mariquettes et des siflorettes…
Voici ce que les soignants des hôpitaux du Lot et Garonne ont eu la surprise de retrouver à la fin de leur service. 8.000 barquettes de fraises ont été offertes aux hôpitaux d’Agen, de Marmande, Nérac et Villeneuve sur Lot par les Paysans de Rougeline. Manière pour la coopérative de Marmande de témoigner de sa gratitude vis à vis du personnel soignant.
 


Pour Bruno Vila, Président des Paysans de Rougeline et secrétaire général des Producteurs de légumes de France, c'est un geste de soutien  : 

Nous disposons d’un volume de fraises supérieur à ce que le marché peut absorber. Plutôt que de vendre à bas prix, on souhaitait faire un geste et en faire profiter les soignants.
 

 Une belle action pour alerter. Car en Lot-et-Garonne, premier département producteur de fraises, la filière est inquiète et les 450 producteurs locaux se mobilisent pour médiatiser leurs difficultés.

Les stocks de fraises s’accumulent. La récolte a déjà débuté depuis trois semaines et va crescendo. Son pic est attendu dès la semaine prochaine. Mais l’arrivée du coronavirus sur le continent européen a sérieusement compromis le recrutement des saisonniers comme l'explique Myriam Carmentran, conseillère agricole de la filière fraise à la Chambre d’agriculture 47 : 

Notre main d’oeuvre européenne vient d’Espagne, du Portugal, de Pologne. Hors Europe, elle nous arrive d’Afrique du Nord ou d’Ukraine. Et là, avec les frontières qui se ferment, nous n’avons plus le personnel nécessaire.

Difficile en effet de ne compter que sur un recrutement local ; le ramassage des fraises, qui s’effectue désormais à hauteur d’homme, demande des mains de fées, de la délicatesse et beaucoup de patience. 
 

Quinze mille tonnes de fraises à récolter

 
Le département compte 530 hectares de fraises. Cette année encore, 15 000 tonnes de fruits sont à ramasser. En cette période de crise. 180 emplois de saisonniers cherchent preneurs. 10 ont été pourvus relève Myriam Carmentran 
 

La chambre d'Agriculture a lancé une bourse de travail pour mettre en relation les producteurs du territoire français qui auraient trop de main d’oeuvre pour les aiguiller vers ceux du Lot-et-Garonne. 10 personnes ont déjà été placées.

 En matière de sécurité, Bruno Vila, comme tous les employeurs se veut rassurant.

Avec douze travailleurs seulement par serre, chacun dans son rang de fraises, cela fait 1.000 m2 d’espace par personne. Nous avons en plus aménagé des moments de pause échelonnés pour permettre à chacun de déjeuner ou goûter en petit comité.

Mais ce travail en serre est peu propice à attirer des travailleurs locaux, échaudés par les risques de contagion du Coronavirus. Myriam Carmentran insiste 

Toutes les mesures de profilaxies sont mises en place dans les serres avec les mesures barrières et les distances de sécurité.

Pour pallier ces difficultés de recrutement, le Mouvement de défense des producteurs familiaux (Modef) va plus loin. Dans une lettre ouverte adressée au Premier Ministre, et aux Ministres du Travail, et de l’Agriculture,   Raymond Girardi, Vice-Président du syndicat national réclame "une dérogation exceptionnelle pour pouvoir embaucher provisoirement les salariés au chômage technique. Ces personnes doivent pouvoir cumuler leurs indemnités chômage et le salaire lié à leur emploi ponctuel sur l’exploitation agricole ou sur une autre partie de la filière de production"
 
Un traitement de choc pour éviter des pertes conséquentes et la faillite de nombreuses entreprises de la filière fruits et légumes.
 Car les difficultés pourraient aller au delà de la récolte. Moins de clients et des marchés qui ferment partout en France en cette période de confinement, c’est autant de ventes en moins alerte Bruno Vila : 
 

La fraise, c’est un produit « plaisir », presque de l’achat compulsif ! Dans la période que nous traversons, le client ne va pas spontanément se diriger vers ces achats.


« On va jeter », prévient la filière et certains ne s’en relèveront pas.
 

les producteurs lancent un appel à la solidarité 


Pourtant, il suffirait que chaque foyer achète une barquette de fraises par semaine estime Myriam CarmentranEn cette période particulière, les producteurs en appellent à la solidarité nationale. Et ça vaut, aussi, pour les distributeurs explique Bruno Vila

Malgré les tarifs peu élevés que nous pratiquons en ce moment, on trouve encore trop de fraises d’importation dans les rayons.

Un numéro de téléphone est à la disposition des volontaires intéressés : le 05.53.77.83.83
Informations pratiques également sur le site de la chambre d'agriculture.  

 
 

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