Violences conjugales : les gendarmes de Tonneins pionniers dans l'accueil des victimes

Depuis octobre 2020, la gendarmerie de Tonneins a mis en place une cellule de lutte contre les violences intra-familiales. Grâce à une prise en charge spécialisée des victimes par des militaires formés, les interventions ont doublé et la récidive est faible. Un dispositif unique en France.

"Aimer ne doit pas détruire." C'est le slogan de l'affiche de la CELVIF ( Cellule de lutte contre les violences intra-familiales) qui a été créée le 5 octobre 2020 pour face à la recrudescence des violences dans le secteur de Tonneins, commune de l'ouest du Lot-et-Garonne (47). Cette cellule compte sept militaires qui ont reçu une formation spécialisée pour apprendre à mieux prendre en charge les victimes. Les premiers résultats sont très positifs.

Accueillir, enquêter et protéger

Cette cellule de gendarmerie a trois objectifs : améliorer l'accueil des victimes avec la prise en charge immédiate, réduire le délai de traitement des dossiers et mieux protéger la victime.

Améliorer l'accueil des victimes, pour moi, c'est la clé dans les affaires de violences intra-familiales.

Lieutenant Fabien Joussemet, brigade de Tonneins

Le lieutenant Fabien Joussemet est à l'initiative de la CELVIF . "J'ai eu l'occasion de traiter de nombreuses affaires de violences intra-familiales avec des enfants victimes, on ne peut pas rester sans rien faire, il faut agir contre ces violences", explique le militaire un peu ému.

La brigade de Tonneins compte 35 militaires dont sept d'entre eux (cinq femmes et deux hommes) se sont portés volontaires pour travailler en particulier sur les violences au sein de la famille.
"Depuis octobre 2020, on est passé de 50 à 100 affaires de violences conjugales, cela veut dire que l'on identifie mieux la victime et que l'on agit plus vite pour arrêter l'auteur. Aujourd'hui, une simple gifle, c'est la garde à vue automatique pour l'auteur. Et en cas de flagrance le parquet réagit très vite. On constate qu'il y a peu de récidive. On évite peut-être le pire (ndlr le meurtre) dans certains cas", selon le lieutenant Fabien Joussemet.

Libérer la parole

Maltraitance, harcèlement moral par conjoint, violences intra-familiales, violences sexuelles, violences sur mineur, tension au sein du couple, des faits dont vous êtes peut-être victime au quotidien et qui sont graves.
La gendarmerie de Tonneins a une ligne téléphonique pour prendre en charge ces violences au 05 53 88 30 20 et elle vient de créer une adresse mail car "ce ne n'est pas évident de franchir la porte de la gendarmerie, si la victime ne peut/veut pas se déplacer ou appeler, elle peut écrire ses difficultés aux gendarmes qui prendront contact avec elle", précise l'adjudant Bruno Pandolfi, l'un des sept gendarmes de la CELVIF..

Il faut que les victimes viennent témoigner. Elles ne sont pas obligées de déposer une plainte. A partir du moment où une personne nous signale des violences, nous pouvons enquêter et aller chercher l'auteur au domicile.

Adjudant Bruno Pandolfi

Pour faciliter la démarche des victimes, même l'accueil physique de la brigade de Tonneins a été organisé de manière à mieux recevoir les personnes.
Sur le comptoir de l'accueil, pas besoin de parler, il suffit de montrer du doigt la raison de sa venue. Des vignettes de couleurs indiquent des motifs cambriolage, escroquerie et violences conjugales. "Dès que la personne indique ce motif, elle est prise en charge immédiatement dans un bureau à part et entendue par l'un des gendarme de la cellule spécialisée. Nous posons des questions à la victime, on cherche à savoir de quel type de violence il s'agit. Certaines personnes ne pensent pas à nous parler des violences sexuelles par exemple, car elles sont mariés et ne pensent pas que ces violences sont réelles et peuvent constituer un viol de la part du conjoint", raconte Justine, une des cinq femmes gendarmes de la cellule spécialisée. "Il faut être attentif et à l'écoute".

Les violences peuvent être physiques (les plus visibles),  mais il y a aussi les violences psychologiques et matérielles. "Par exemple la victime n'a pas accès à son compte en banque, à ses pièces d'identité, elle est enfermée dans la maison par le conjoint sans le droit de sortir de chez elle", détaillent les gendarmes.
Les personnes témoins de violences, voisins, amis, parents, sont également invitées à prendre contact avec la gendarmerie de Tonneins. 

Quand une victime pousse la porte de la gendarmerie, c'est un acte fort et elle doit être prise en charge comme il se doit, on va pouvoir la mettre en confiance et on va pouvoir l'aider. Une personne mal accueillie, on peut la perdre car elle part.

Lieutenant Fabien Joussemet, brigade de Tonneins

Associer l'école, les commerçants et les médecins

Le lieutenant Joussemet a commandé une série d'affiches où les violences intra-familiales sont énumérées et des cartes de visite avec les contacts de la gendarmerie pour faire connaître la CELVIF le plus largement possible. 
"C'est un travail en partenariat avec les habitants, les gendarmes seuls ne peuvent rien faire, c'est l'affaire de tous", explique le lieutenant Joussemet.

Ainsi, les gendarmes ont fait la tournée des commerçants pour les informer. Dans ce salon de coiffure du centre-ville de Tonneins, 10 000 habitants, la démarche de prévention et d'information de la gendarmerie est très bien accueillie et fait l'unanimité.

Christelle, la gérante du salon, a souvent l'occasion d'entendre des clientes se confier sur leurs problèmes. "Là, au moins, on peut leur donner la carte de gendarmes discrètement et leur dire qu'il y a une issue pour sortir des violences", commente la coiffeuse.
Une cliente ajoute : "les violences conjugales nous concernent tous. Tous ces féminicides, c'est affreux. C'est bien de voir que les gendarmes sont là aussi pour la prévention et l'aide aux personnes, et pas que pour la répression". 

Les gendarmes ont aussi associé l'école Jules Ferry de Tonneins. En ce jour de rentrée des enseignants mercredi 1er septembre, l'adjudant Pandolfi et la gendarme Justine, sont du côté du tableau pour expliquer leur démarche.
L'école est un lieu où l'on constate régulièrement des violences intra-familiales, notamment des violences sur mineurs. "Il arrive que des mamans d'élèves se confient à demi-mot, des enfants aussi. Mais qu'est-ce qu'on fait ? Ce n'est pas notre métier. J'ai déjà fait des signalements à l'inspection académique, mais les délais sont énormes, souvent plusieurs mois avant d'obtenir une réponse. Cette cellule d'action des gendarmes va être très utile car Tonneins est en zone d'éducation prioritaire, alors oui, c'est vraiment une très bonne initiative pour lutter contre les violences", témoigne Fabrice Tarillon, le directeur de l'école qui est aussi le référent de la zone d'éducation priorité de Tonneins.

La maison de santé et les médecins de la ville sont dans la boucle également. "Les patients se confient plus facilement à leur docteur qui peut donner l'alerte". Ce sont aussi ces médecins qui prennent en charge les victimes blessées. "Ici, à Tonneins, les violences conjugales, on connaît", dit pudiquement le docteur Denis Bertolaso qui travaille régulièrement avec les gendarmes de Tonneins. Cela permet de désamorcer une situation de suite, avant qu'elle dégénère. Plus on agit vite et mieux on peut protéger la victime.

La CELVIF est en contact étroit avec le parquet d'Agen, connu pour être un des plus sévères de France, selon le lieutenant Joussemet.
En un an à peine, la cellule a obtenu des résultats très encourageants. Le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, a annoncé le 8 août dernier que des services scpécialisés seraient mis en place dans les commissariat et les gendarmeries de France pour lutter contre la recrudescence des violences conjugales et éviter les couacs comme dans le fémicide de Chahinez Daoud, jeune mère de famille brûlée vive en plein rue par son ex-mari le 4 mai 2021 à Mérignac en Gironde.

La cellule de gendarmerie de Tonneins a envie de faire connaître son existence localement, mais aussi plus largement. Pour améliorer la lutte contre les violences intra-familiales et les violences conjugales, "c'est une question d'organisation des services, et de volonté aussi des équipes car il faut être volontaire pour suivre ces dossiers car les faits sont graves et humainement difficiles surtout quand il y a des enfants en jeu", explique le lieutenant Joussement. 

A Tonneins, les faits de violences intra-familiales sont en augmenation depuis le premier confinement en mars 2020, souvent aggravées par l'alcool et les stupéfiants.

►Reportage de France 3 Aquitaine sur la brigade de Tonneins spécialisée dans la lutte contre les violences intra-familiales :

Marius Blénet et David Grosclaude ©France 3 Occitanie - Viure al País

 

Contacter la gendarmerie de Tonneins ►

Vous pouvez joindre la gendarmerie Tonneins ainsi :

  • 05 53 88 30 20
  • ou par mail cob.tonneins+celvif@gendarmerie.interieur.gouv.fr
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