Météo. Dans la Vienne, la douceur hivernale inquiète les producteurs

Cette année, l'hiver est particulièrement doux. Conséquence, la végétation reprend déjà vie. Horticulteurs et maraîchers s'inquiétent d'un phénomène devenu trop fréquent.
30 % des abricotiers de François Beneteau, pépiniériste, sont en période de floraison.
30 % des abricotiers de François Beneteau, pépiniériste, sont en période de floraison. © Christina Chiron - France 3 Poitou-Charentes
Vous l’avez sûrement constaté, cet hiver est particulièrement doux, avec des températures d’environ 2,5 degrés au-dessus des moyennes de saison. "C’est l’hiver le plus doux qu’on ait eu. La dernière fois, c’était en 2016", constate Emmanuel Moreau, météorologue.

On ne suit pas le modèle calendaire. L’hiver en météorologie s'étend du 1er décembre et se termine fin février.
- Emmanuel Moreau, métérologue

Ces températures s’expliquent par un courant d’ouest avec des perturbations océaniques. "Il n’y a rien d’anormal à avoir un hiver doux. Ce qui l’est, c'est que ce phénomène soit de plus en plus fréquent, tout comme les étés caniculaires", précise Emmanuel Moreau.

Météo France a mesuré seulement trois périodes de froid très relatives. A Niort, seulement sept gelées ont été comptabilisées contre 27 habituellement. A Poitiers, c’est une quinzaine contre 35 normalement.
 

En-dehors de ces périodes, on est systématiquement au-dessus des moyennes. L’océan est de plus en plus chaud, et les températures sur le globe de plus en plus élevées.
- Emmanuel Moreau, météorologue

La nature bourgeonne… un peu trop tôt

Chez François Beneteau, pépiniériste à Bonnes (Vienne), les arbres fruitiers sortent leurs premiers bourgeons et boutons, avec une dizaine de jours d’avance. "D’habitude, on met certains arbres sous serre, mais on a pas eu besoin cette année".

Sur les abricotiers, 30 % sont en floraison. A ce stade, on aurait des dégâts s’il faisait  -2 degrés. Mais quand le fruit grossit, il ne faut pas descendre sous les 0 degrés.
- François Beneteau, pépiniériste

Les rosiers de François Beneteau sont en feuilles 10 à 15 jours en avance.
Les rosiers de François Beneteau sont en feuilles 10 à 15 jours en avance. © Christina Chiron - France 3 Poitou-Charentes

Du côté des fleurs, le constat est identique. Ses rosiers sont en pleine feuilles. "C’est plus facile à vendre, c’est sûr, mais un coup de gel et les jeunes pousses noircissent. Même si ça repart, les gens n’achèteront pas".

La peur du gel

Sa crainte, devenue habituelle chaque année, le gel. Plus on avance dans le temps, plus les plantes poussent elles aussi. Une gelée pourrait tout arrêter. "S’il gèle aujourd’hui, je perds 10 % de mes produits, en avril, ce serait la moitié et si c’est le 3 mai, alors on arrive à 100 % puisque tout aura déjà fleuri".

Avec 10 hectares de vergers et 3.000 mètres carrés de serre, mieux vaut anticiper les mauvaises surprises. Le pépiniériste suit la météo à 15 jours et ce jusqu’aux Saints de glace (du 11 au 13 mai 2020).
 
Les abeilles viennent déjà butiner.
Les abeilles viennent déjà butiner. © Christina Chiron - France 3 Poitou-Charentes
 
Une gelée pourrait faire des dégâts sur les abricotiers de François Beneteau.
Une gelée pourrait faire des dégâts sur les abricotiers de François Beneteau. © Christina Chiron - France 3 Poitou-Charentes

Comme il n’y a pas de vrai froid cet hiver, on a peur que la nature nous amène du froid au mauvais moment, comme pour les précipitations. Quand une gelée est annoncée, on met des seaux de paraffine, comme des petites bougies, tous les deux arbres.
- François Beneteau, pépiniériste

Les parasites prolifèrent

Autre conséquence de l’absence de froid, la prolifération des parasites et maladies.

La phase de dormance des végétaux est ralentie. Ils ne peuvent pas se reposer, donc deviennent moins résistants.
- Emmanuel Moreau, météorologiste

Un constat partagé par Alexandre Melin, maraîcher bio depuis huit ans à Quinçay. "Les plantes se renforcent par le froid. Ça fait deux ans qu’on a des problèmes avec les pucerons. Ils arrivent beaucoup trop tôt. Les journées douces et les nuits fraîches leur sont profitables".
 
Alexandre Melin, maraîcher bio, veille sur ses semis plantés tout récemment.
Alexandre Melin, maraîcher bio, veille sur ses semis plantés tout récemment. © Christina Chiron - France 3 Poitou-Charentes

Depuis plusieurs années, Alexandre est un adepte de la protection biologique intégrée. Il insère par exemple certains types d’insectes qui vont naturellement détruire les parasites.

On se ronge les sangs quand on est très amoureux de notre culture.
- Alexandre Melin, maraîcher

Mais le maraîcher bio de 30 ans reste positif. "Les conditions de travail sont plus agréables. Un poireau est impossible à ramasser et à préparer s’il est gelé. Mais il faut quand même de vrais hivers et que les saisons soient respectées".
La salade (ici de la mâche), fait partie des légumes les plus fragiles en hiver.
La salade (ici de la mâche), fait partie des légumes les plus fragiles en hiver. © Christina Chiron - France 3 Poitou-Charentes
Alexandre Melin s'est installé avec son épouse il y a huit ans à Quinçay (Vienne).
Alexandre Melin s'est installé avec son épouse il y a huit ans à Quinçay (Vienne). © Christina Chiron - France 3 Poitou-Charentes

On est sur des changements trop brutaux, avec des écarts de température aujourd’hui beaucoup trop violents, notamment sur la saison estivale.
- Alexandre Melin, maraîcher

Tributaires des aléas météorologiques, les producteurs ont appris à s’adapter. Pour combien de temps ?
 
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Dans votre jardin ou potager, vous pouvez aussi prendre soin de vos fleurs, fruits et légumes. 

Les conseils de François Beneteau, pépiniériste : "Il faut être surtout vigilant pour les plantes méditérranéennes. Si vous avez des géraniums, en cas de gelée blanche annoncée, le mieux est de les rentrer chez soi. Pour les lauriers roses ou les agrumes par exemple, on peut mettre un voile d'hivernage en cas de gel, ça permet de gagner entre deux et trois degrés. Ca concerne surtout les plantes sensibles à -2 degrés jusqu'aux saints de glace".

Les conseils d'Alexandre Melin, maraîcher : "Le meilleur engrais, c'est l'ombre du jardinier. Il faut être très présent dans son jardin. S'il y a beaucoup de précipitations, il n'y aura pas grand chose à faire malheureusement. Il faut se tenir au courant des nouveautés, mais ne pas oublier ce que les anciens faisaient. Mieux vaut des temps secs qu'humides. En cas de forte chaleur, on peut placer des tuiles en terre cuite au-dessus des plantations pour les protéger".  


 
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