Musique : les organisateurs de concerts en Poitou-Charentes attendent des nouvelles du ministère de la Culture

Grands oubliés de la communication présidentielle et gouvernementale, de La Rochelle à Niort en passant par Rouillac, les acteurs culturels tirent la sonnette d’alarme et s’inquiètent sérieusement pour leur avenir.

Skip the use sur la scène de La Sirène à La Rochelle
Skip the use sur la scène de La Sirène à La Rochelle © La Sirène
C’était le samedi 7 mars 2020, peu après 21 h. Mat Bastard et ses acolytes de Skip The Use fêtaient leur dix ans de rock’n’roll sur la grande scène de La Sirène. Dans le public surchauffé, David Fourrier, le responsable de la Salle des Musiques Actuelles de La Rochelle, ne se doutait sûrement pas que c’était là le dernier concert qui se tiendrait en ces murs avant... un bon bout de temps.
Presque quatre mois plus tard, pas un riff de guitare, pas un roulement de caisse claire n’a résonné du côté de La Pallice et l’assourdissant silence des autorités fait mal à la tête des acteurs culturels de la région qui, à La Sirène comme ailleurs, ont dû annuler tous leurs concerts du printemps et se demandent s’ils pourront accueillir du public en septembre.

J’ai envie d’y croire, mais plus on avance dans le temps, plus on se dit que ça va être compliqué en terme de timing. On frôle la sortie de route. Il nous faut des réponses et rapidement.

David Fourrier, responsable de La Sirène à La Rochelle

Alors on préfère positiver. Les résidences d’artistes ont repris avec l’iconoclaste Thomas de Pourquery qui est de retour dans la cité huguenote avec ses comparses de Supersonic. Ce mardi 30 juin, les studios de répétitions sont de nouveau accessibles pour le plus grand plaisir des musiciens amateurs qui peuvent, à bonne distance et en utilisant leurs propres micros, rallumer les amplis.
 
Les répétitions, à l'image du groupe Kaagari, ont pu reprendre cette semaine à La Sirène à La Rochelle
Les répétitions, à l'image du groupe Kaagari, ont pu reprendre cette semaine à La Sirène à La Rochelle © Anthony Halpern/ France Télévisions
 On nous demande d’être créatifs et ça on sait faire, mais il nous faut une feuille de route.

David Fourrier, responsable de La Sirène à La Rochelle

Au CAMJI de Niort : "on fait comme si"

Même son de cloche au CAMJI de Niort et même migraine pour le programmateur Théophane Richard qui résume la situation en quatre mots : "On fait comme si". Comme si tout reviendra à la normale en septembre prochain, comme si les Américains de Jim Jones and The Righteous Mind pourront prendre l’avion pour le concert du 20 novembre prochain, comme si les gens qui peuvent désormais prendre le train, embarquer dans un avion, se faire un ciné ou faire leurs courses au supermarché du coin pourront également revenir en salle pour partager un bon concert à la rentrée.

Psychologiquement, c’est très dur de se projeter. On se sent un peu oublié.Ce qui fait très peur, c’est que jusqu’à maintenant, on avait l’impression qu’ils avaient, de leur côté, réglé le problème en imposant des contraintes telles que c’était pour nous inacceptable.

Théophane Richard, programmateur au CAMJI de Niort

D’après plusieurs témoignages, il apparaît effectivement que, dans les bureaux du ministère de la Culture, à la Direction Générale de la Création Artistique, on a, un moment, très sérieusement imaginé imposer un marquage au sol pour les concerts "debout" avec un espace de 4m2 par spectateur. Pas très rock’n’roll… "Pour le CAMJI", explique Théo Richard, "cela veut dire qu’on passe d’une jauge de 300 à 27 places". Inconcevable.

Les grèves des intermittents du spectacle qui avaient entraîné l’annulation des Francofolies à La Rochelle et du festival d’Avignon en 2003 avaient mis en lumière l’importance économique de la culture en France. Dix ans plus tard, un rapport ministériel montrait que festivals, concerts, théâtre, cinéma généraient un chiffre équivalent à plus de 3% du PIB, soit sept fois la valeur ajoutée de l’industrie automobile. Mais la crise du coronavirus a une fois de plus démontré que les saltimbanques ne sont toujours pas pris au sérieux.

Le festival des Sarabandes remis à 2021

Le week-end dernier, en Charente, dans le lieu-dit de Patreville sur la commune nouvelle de Val d’Auge devait se tenir l’incontournable festival des Sarabandes. La der des der pour Joël Breton, le responsable du centre culturel de La Palène à Rouillac, qui, après 40 ans de service, s’apprête à un ultime tour de piste. Le festival est forcément reporté à 2021 et lui aussi fait "comme si". À Rouillac, on attend pour la saison prochaine Pierre Perret, les Têtes Raides, l’humoriste Christophe Alévêque ou Grand Corps malade. "On nous dit : il faut vous réinventer", on parle "de virtuel, de digital", s’insurge ce militant de la culture en milieu rural, "mais on a nous une vision du monde à défendre".

Le concept même de "distanciation sociale" est à l’encontre de ce qu‘est la culture.

Joël Breton, responsable du centre culturel de La Palène à Rouillac ​

Alors toute l’équipe de La Palène travaille sur sa 24e saison avec la même énergie. «"Reste à savoir si les planètes seront suffisamment alignées, pour pouvoir ouvrir nos salles dans les meilleures conditions, pour vous, pour les artistes, pour nous et pour l’avenir de l’humanité".
Selon nos informations, de nouvelles préconisations gouvernementales devraient être communiquées avant la mi-juillet. Une étude publiée par le syndicat professionnel du spectacle vivant Prodiss évalue la perte pour le secteur des musiques actuelles entre 1,7 et 2 milliards d'euros cette année.
Poursuivre votre lecture sur ces sujets
musique culture
l’actualité de votre région, dans votre boîte mail
Recevez tous les jours les principales informations de votre région, en vous inscrivant à notre newsletter